Face à la menace d'un défaut de paiement, Biden fait monter la pression

Publié le à Washington (AFP)

Le président américain fait monter la pression: à cause d'une opposition républicaine "irresponsable", Joe Biden a dit lundi qu'il ne pouvait "pas garantir" que les Etats-Unis ne feraient pas défaut sur leur dette le 18 octobre pour la première fois de leur histoire.

A deux semaines environ de la date butoir, le démocrate de 78 ans a déroulé un discours très pédagogique, et fort politique, à la Maison Blanche.

Le défaut de paiement, ce sont les taux d'intérêt qui montent, les retraites qui vacillent, les salaires de certains fonctionnaires qui sont menacés, les prestations sociales des vétérans qui sont remises en question, a dit Joe Biden, peignant une image aussi concrète que noire.

Et si cela arrive, a martelé le président, ce sera la faute d'une opposition républicaine "dangereuse" et "irresponsable".

"Ne vous mettez pas en travers du chemin", a-t-il réclamé, au moment où les démocrates essaient de faire passer un texte augmentant la capacité d'endettement du pays et écartant un défaut.

Le parti démocrate dispose d'une majorité trop mince pour pouvoir "relever le plafond de la dette" avec ses seules voix, si le parti républicain décide de faire obstruction au Sénat.

"Je ne peux pas croire" que cela arrive, a dit le président à propos d'un défaut de paiement, qui ne s'est jamais produit dans l'histoire des Etats-Unis.

"Est-ce que je peux le garantir? Je ne peux pas le garantir", a-t-il toutefois ajouté. "Cela dépend de Mitch McConnell", le patron des républicains au Sénat, a asséné le président.

Lundi, le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, a lui aussi envoyé un message très clair, à ses troupes comme à ses adversaires: "Nous devons avoir une loi sur le bureau du président avant la fin de la semaine. Point final".

Le président et ses partisans espèrent fléchir le camp adverse et lui faire porter sa part de responsabilité. La Maison Blanche ne rate pas une occasion de rappeler les trous budgétaires béants creusés par les généreuses baisses d'impôts du républicain Donald Trump.

- Récession -

Ce n'est pas la première fois que les Etats-Unis se voient engagés dans un tel compte à rebours. Les législateurs ont relevé ou suspendu pas moins de 78 fois ce "plafond de la dette" depuis 1960.

Il s'agit du seuil maximum légal accordé par le Congrès en matière d'emprunt. Actuellement fixé un peu au-dessus de 28.000 milliards de dollars, le Trésor estime qu'il sera atteint le 18 octobre.

S'il n'est pas relevé ou suspendu? Le gouvernement devra, du jour au lendemain, cesser de vivre à crédit et sabrer dans ses dépenses. Cela jetterait dans la récession un pays qui fonctionne avec des déficits depuis des décennies, comme un grand nombre d'économies avancées.

Sans compter les conséquences, imprévisibles, d'un défaut de paiement sur la finance et l'économie internationales, dominées par le dollar et irriguées de bons du Trésor américains.

Dans le passé, c'est le plus souvent une manoeuvre soutenue par les deux partis qui relevait le "plafond de la dette".

De cette opération somme toute routinière, les républicains ont commencé à faire un enjeu politique pendant la présidence Obama et persistent donc dans cette voie, après un mandat de Donald Trump qui a encore exacerbé les clivages partisans.

L'opinion publique américaine, en cas de défaut, prendra-t-elle en compte cet imbroglio parlementaire? Ou se retournera-t-elle contre Joe Biden?

Le président a en tout cas assuré lundi que relever le plafond de la dette n'avait "rien à voir avec de nouvelles dépenses", et donc avec le pharaonique programme d'investissements qu'il doit encore faire valider par le Congrès - son autre grand chantier de l'automne.

Mardi, Joe Biden sera d'ailleurs dans le Michigan pour vanter ses gigantesques réformes économiques et sociales.

Elles sont pour l'heure perdues dans des tractations parlementaires, internes au camp démocrate cette fois.

Le président, visiblement désireux de se montrer davantage, lui dont la cote de confiance a fortement baissé depuis le chaotique retrait d'Afghanistan, ira jeudi à Chicago.

Ce déplacement aura pour thème un autre grand enjeu de sa présidence, la lutte contre le Covid-19 et plus spécifiquement la vaccination.

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