Face à Orban, des primaires historiques de l'opposition en Hongrie

Publié le à Budapest (AFP)

Les Hongrois ont commencé à voter samedi pour départager lors de primaires inédites les candidats de l'opposition, qui fait front commun pour tenter de battre le chef du gouvernement sortant Viktor Orban aux législatives en avril prochain, mais le vote a été suspendu en raison d'une panne attribuée à une cyberattaque par les organisateurs.

Portés par des municipales prometteuses en 2019 et des sondages favorables, six partis allant de la gauche aux nationalistes ont décidé de s'allier.

Car "malgré les clivages idéologiques", le "tout sauf Orban" l'emporte sur les autres considérations, estime l'analyste Daniel Mikecz, du groupe de réflexion Republikon.

Les différentes formations sont unies par leur détestation du Premier ministre souverainiste de 58 ans, coutumier des bras de fer avec Bruxelles sur les migrants ou la question des LGBT+, qu'ils accusent de dérive autoritaire et de corruption.

Les primaires ont démarré samedi à 08H00 (06H00 GMT) à la fois en ligne et dans des stands installés sur des places publiques, dans des parcs ou des centres commerciaux, mais les opérations de vote ont été suspendues en raison d'une panne du système informatique que les organisateurs ont attribué à une cyberattaque. Le vote ne reprendra que lundi.

"Outre les masses d'électeurs souhaitant un changement, quelqu'un d'autre est intéressé par les primaires: des connexions massives d'origine inconnue ont atteint le système informatique des élections primaires", a indiqué dans un communiqué la commission électorale des primaires de l'opposition.

Le vote doit se dérouler jusqu'au 26 septembre puis si nécessaire, se tiendra un second tour du 4 au 10 octobre pour départager les trois prétendants au poste de Premier ministre arrivés en tête.

"L'opposition ne pourra concurrencer le Fidesz (de M. Orban) que si elle forme un seul bloc", a déclaré à l'AFP Antal Csardi, le candidat du parti des Verts LMP.

"Il y a des différences idéologiques entre tous les partis de l'opposition, les primaires sont donc le meilleur moyen de décider qui deviendra le candidat commun", a-t-il déclaré cette semaine lors d'un débat télévisé.

- Long cheminement -

Cinq candidats sont en lice pour le poste de futur Premier ministre et une centaine de représentants devront aussi être choisis dans chacune des circonscriptions de ce pays d'Europe centrale comptant 9,8 millions d'habitants, gouverné depuis 2010 par le Fidesz de M. Orban.

Peter Jakab (41 ans), le chef du Jobbik, un parti au passé d'extrême droite, Gergely Karacsony (46 ans), le maire libéral et écologiste de la capitale Budapest, et l'eurodéputée socialiste Klara Dobrev (49 ans) font figure de favoris.

Cette primaire est le fruit d'un long cheminement. Tout a commencé en décembre 2020. Qu'elles soient libérale, écologiste, socialiste ou issue de l'extrême droite, les formations représentées au Parlement ont signé une déclaration commune.

Elles se sont engagées sur un programme de gouvernement, alors qu'elles s'étaient présentées divisées face au Fidesz aux trois précédents scrutins, remportés haut la main par ce dernier.

Et c'était indispensable, car Viktor Orban "a changé la loi électorale" une fois au pouvoir. "Avant, nous avions un système à deux tours", rappelle Ferenc Gelencser, candidat du mouvement centriste Momentum.

- Mariage de raison -

L'alliance tient donc surtout du mariage de raison et pour affronter M. Orban, les six formations de l'opposition mettent volontiers de côté leurs différends.

Lutte contre la corruption, rétablissement de l'Etat de droit, hausse des salaires... "Pendant des semaines, l'opposition va faire parler de ses thèmes de prédilection", précise Daniel Mikecz.

Une union sacrée vigoureusement dénoncée par les fidèles de M. Orban comme étant artificielle et moralement discutable.

Zoltan Kovacs, le porte-parole du gouvernement, déplorait en 2019 une "alliance avec la droite antisémite", en référence au passé du Jobbik.

Jusqu'en 2013, cette formation nationaliste brûlait des drapeaux européens et suggérait d'établir des listes de juifs "à risque". Hier ostracisée, elle a ces dernières années opéré une tentative de recentrage.

"Quel que soit le vainqueur, je le soutiendrai", a lancé à l'AFP Gyorgy Abelovszky, un enthousiaste électeur de 67 ans, qui s'est déplacé pour assister à un des débats et salue "une idée formidable".

© 2021 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info