Face au blocage républicain, les démocrates cherchent comment éviter le défaut des Etats-Unis

Publié le à Washington (AFP)

La pression s'accentuait mercredi sur le Congrès américain, où les républicains promettaient de bloquer un vote pour suspendre le plafond de la dette des Etats-Unis, malgré la menace d'un défaut de paiement inédit et potentiellement catastrophique.

Face à l'impasse parlementaire, le président Joe Biden est finalement entré dans la mêlée cette semaine.

Il recevra de grands dirigeants de banques et d'entreprises à 13H00 (17H00 GMT) afin de parler "de la nécessité urgente que le Congrès agisse" pour éviter "la catastrophe économique" que représenterait un défaut de la première puissance mondiale, selon la Maison Blanche.

Parmi les invités figurent les PDG des banques JPMorgan Chase, Citi ou encore Bank of America ainsi que les responsables du Nasdaq et des grands groupes Intel et Raytheon.

"Je ne peux pas croire qu'ils seront aussi irresponsables au final", a lancé le président démocrate à propos des républicains mardi soir, en promettant qu'il parlerait à leur chef au Sénat Mitch McConnell.

Ce dernier martèle depuis des mois que son camp ne votera en aucune façon avec les démocrates pour suspendre ou relever la limite d'endettement des Etats-Unis, car, affirme-t-il, cela reviendrait à donner carte blanche aux immenses plans d'investissements de Joe Biden.

Il les exhorte à voter seuls, en employant une manoeuvre parlementaire périlleuse et potentiellement longue.

La jugeant trop "risquée", les démocrates refusent. Et crient au scandale car non seulement les républicains refusent de voter en faveur de la suspension du plafond de la dette, mais ils les empêchent aussi tout bonnement de parvenir à un vote à la majorité simple, qui ne nécessiterait aucune voix républicaine.

Le plafond de la dette est le montant maximum d'endettement des Etats-Unis. Il est fixé à un peu plus de 28.000 milliards de dollars. Or cette limite sera atteinte le 18 octobre, selon le Trésor américain.

Cette date n'est toutefois pas rigide. Le Bipartisan Policy Center, un centre d'études indépendant, a ainsi estimé mercredi que le pays arrivera à court de liquidités entre le 19 octobre et 2 novembre.

Mais "le Congrès doit agir avant", a commenté Shai Akabas, directeur de la politique économique du BPC.

"Même avant le 19 octobre, le Trésor se retrouvera avec des niveaux de liquidités dangereusement bas. Un événement inattendu au cours de cette période pourrait dégénérer en crise financière."

Le chef du Pentagone Lloyd Austin a aussi donné de la voix mercredi, en alertant qu'un défaut des Etats-Unis affecterait "la sécurité" du pays et "frapperait aussi gravement nos militaires et leurs familles" car ils ne pourraient pas être payés à temps, ou complètement".

- "Roulette russe" -

Le "Sénat doit agir" d'ici la fin de la semaine, a martelé son chef démocrate Chuck Schumer dans l’hémicycle.

Il a prévu dans l'après-midi un vote sur un texte qui suspendrait la limite d'endettement jusqu'en décembre 2022.

Il ne s'agit que d'un vote de procédure pour parvenir ensuite au vote définitif à la majorité simple, que les démocrates détiennent.

Mais pour surmonter cet obstacle, ils ont besoin qu'au moins dix républicains s'unissent aux 50 démocrates.

Une perspective impossible à cette heure, ce qui condamne le vote de procédure à l'échec.

"L'entrave des républicains (...) ces dernières semaines a été irresponsable", s'est indigné M. Schumer, qui met en garde contre le risque que les agences de notations financières abaissent sous peu la note des Etats-Unis.

En face, Mitch McConnell dénonce la tenue de ce "vote spectacle".

"On ne sait pas si les chefs démocrates ont perdu deux mois et demi simplement parce qu'ils ne savent pas gouverner ou parce qu'ils jouent sciemment à la roulette ruse avec l'économie", a-t-il tonné.

Dans ce dialogue de sourds, aucune solution évidente n'apparaît.

Soit le chef républicain se ravise, ce qui n'est pas son habitude, et permet aux démocrates de voter à la majorité simple, soit les démocrates cèdent et optent pour la manoeuvre parlementaire compliquée ("réconciliation").

Ils espéreraient alors obtenir des républicains la promesse qu'ils ne freineraient pas cette procédure, connue pour ses nuits entières passées à voter sur une avalanche d'amendements proposés par l'opposition.

Les deux camps pourraient aussi parvenir à un accord sur une suspension temporaire, le temps de régler cette question à travers la longue manoeuvre parlementaire.

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