Face aux tempêtes politique et sanitaire, Castex intime les députés à accélérer sur le pass vaccinal

Publié le à Paris (AFP)

Le Premier ministre Jean Castex a appelé mercredi les députés à accélérer l'examen du texte instaurant un pass vaccinal, en assumant les propos controversés d'Emmanuel Macron qui s'est dit prêt à "emmerder" les non-vaccinés.

"Les non-vaccinés, j’ai très envie de les emmerder. Et donc on va continuer de le faire, jusqu’au bout. C'est ça, la stratégie", a clamé le chef de l'Etat dans un entretien au Parisien mardi. "Quand ma liberté vient menacer celle des autres, je deviens un irresponsable. Un irresponsable n’est plus un citoyen", a-t-il ajouté.

Sommé de s'expliquer, Jean Castex a d'abord confirmé devant le Sénat, lors des questions au gouvernement, sa volonté de mettre la pression sur les non-vaccinés. "Qui outrage la nation ? Qui fracture la nation ? Qui conduit les soignants dans nos urgences à faire des choix éthiques dramatiques ? Eh bien c'est une infime minorité", a-t-il tancé.

Puis devant les députés qui débattaient dans un climat tendu du projet de loi transformant le pass sanitaire en pass vaccinal, le Premier ministre les a exhortés à "débattre dans des délais rapides" du texte, compte tenu de la situation sanitaire.

Quelque 335.000 nouvelles contaminations au Covid-19 devraient être enregistrées mercredi, contre plus de 270.000 mardi, a dit le ministre de la Santé Olivier Véran à l'Assemblée. Un total de 66.000 personnes a été vaccinées pour la première fois mercredi, un record depuis le 1er octobre, a-t-il insisté semblant faire un lien avec la pression exercée par l'exécutif.

"Il y a une difficulté avec ceux de nos concitoyens qui refusent de se faire vacciner. Ce n'est insulter personne, c'est la réalité", a insisté M. Castex, en appelant à "la responsabilité individuelle de chaque citoyen de la République".

"Nous attendions des excuses et nous avons eu un alibi", a déploré le député LR Julien Aubert quand la patronne des députés PS, Valérie Rabault, a fait remarquer que le chef du gouvernement n'avait "pas prononcé une seule fois le nom du président de la République".

- "Populisme froid" -

Avant que le Premier ministre ne prenne la parole pendant une vingtaine de minutes, les présidents de groupes d'opposition l'ont tour à tour interpellé sur les propos d’Emmanuel Macron, "qui veulent fracturer toujours, encore, tout le temps, la société française uniquement à des buts politiciens" et témoignent d’un "populisme froid et calculateur", selon le patron des députés LR, Damien Abad.

"Assumez-vous ces propos ?", a demandé le communiste Pierre Dharréville. "Excusez-vous de ces propos indignes", a intimé la présidente des Insoumis à l’Assemblée, Mathilde Panot.

Christophe Castaner, patron des députés LREM, a appelé à retrouver "la sérénité" quand son homologue du Modem, Patrick Mignola, a égratigné les LR en ironisant sur leur souhait caché que le gouvernement ait recours au 49-3 pour "masquer des divisions" à l'intérieur de leur groupe. "Quand on a annoncé qu’on soutient un texte il faut aller jusqu’au bout", a-t-il tonné.

A la mi-journée, le porte-parole du gouvernement Gabriel Attal avait estimé que les propos d'Emmanuel Macron étaient "très en deçà de la colère d'une très grande majorité des Français".

Mais il avait exclu un recours à l'article 49-3 pour faire adopter le projet de loi étant donné qu'une "majorité est prête à le voter".

Les débats à l'Assemblée avancent lentement, dans un climat tendu, avec quelque 450 amendements encore au menu et plusieurs interruptions de séance à la demande de la gauche.

- Report au Sénat -

Après une suspension surprise dans la nuit de lundi à mardi sur un vote à main levée salué par les oppositions, les débats à l'Assemblée avaient finalement repris mardi soir.

Les députés étaient alors parvenus à s'accorder sur l'épineuse question du pass vaccinal pour les mineurs, repoussé de 12 à 16 ans pour les sorties scolaires et activités péri et extrascolaires.

Mais l'interview du chef de l'Etat a remis le feu aux poudres et les débats avaient de nouveaux été suspendus, après une demande, vaine, des oppositions de voir Jean Castex venir dans l'hémicycle.

Une entrée en vigueur du pass vaccinal au 15 janvier "reste un objectif", selon le ministre des Relations avec le Parlement, Marc Fesneau.

Toutefois, le calendrier est toujours menacé de dérailler. L'examen du texte au Sénat, qui devait initialement en débattre à partir de jeudi, devrait être reporté en début de semaine prochaine. Une conférence des présidents se réunira mercredi en fin d'après-midi pour revoir l’ordre du jour.

Le chef de file des sénateurs LR, majoritaires à la chambre haute, Bruno Retailleau, a jugé nécessaire, dans "un climat hystérisé", de "poser le jeu".

L'infectiologue Eric Caumes a lui dit qu'il "comprenait" en tant que médecin le "dérapage probablement contrôlé" d'Emmanuel Macron, soulignant l'"exaspération" des soignants face aux non-vaccinés.

ggy-parl-el-are/ib/dlm

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info