Féminicide de Julie Douib: la perpétuité requise contre son ex-compagnon

Publié le à Bastia (AFP)

"La mort sociale": l'avocate générale a requis mercredi la "réclusion criminelle à perpétuité" contre Bruno Garcia-Cruciani, 44 ans, jugé aux assises de Bastia pour l'assassinat de son ex-compagne et mère de ses deux fils, Julie Douib, en 2019 à l'Ile-Rousse.

"Je vous demande de prononcer à son égard la réclusion criminelle à perpétuité", "une façon de requérir la mort sociale", a déclaré aux jurés Charlotte Beluet, l'avocate générale. Elle a requis également la "déchéance de l'autorité parentale" et, à la sortie de prison, un suivi judiciaire avec injonction de soins pendant 15 ans ainsi que l'interdiction de la détention d'une arme pendant 15 ans.

Pointant sa dangerosité et les menaces qu'il a proférées, elle a rappelé que de "nouvelles cibles existent" en la personne du père de Julie Douib et du professeur de sport avec qui elle était en relation au moment de sa mort, à 34 ans, le 3 mars 2019.

Estimant que, ce jour fatidique, Bruno Garcia-Cruciani n'a "à aucun moment perdu le contrôle", elle a assuré qu'il n'a pas eu "que la volonté de tuer" mais aussi "la volonté de faire mal", dénonçant "du sadisme" dans cette "exécution sommaire" et "une extrême jouissance de la tuer". Et avant de se livrer à la gendarmerie, Bruno Garcia-Cruciani est "d'abord rentré chez lui" pour "donner ses ordres à sa garde rapprochée".

"Il n'existe pas de meurtiers passionnés, seulement des assassins", a-t-elle dit, cinglante.

Elle a également rappelé l'analyse de l'expert-psychiatre qui avait indiqué que la "paranoïa" de l'accusé, qui le conduit à "inverser le champ de la culpabilité", allait "s'aggraver dans le temps".

Reconnaissant qu'il y avait "un individu cabossé dans le box", la magistrate a appelé à "impérativement protéger" les enfants du couple, en "retirant la main qu'il a sur eux": "Imaginez leur peine à eux, +papa, il a tué maman+", a-t-elle rappelé, s'indignant qu'il ait "transformé un domicile qui devrait être un refuge en véritable pénombre".

L'avocate générale a également demandé aux jurés que Julie "ne soit pas une statistique", rappelant que ce féminicide était le 30e sur 149 en 2019 en France. Electrochoc social, ce crime avait suscité une vague d'indignation dans le pays, entraînant l'organisation par le gouvernement d'un sommet sur les violences faites aux femmes.

- "Failles" -

"Dans ses silences, Julie Douib a crié des tas de choses et nous n'avons pas su l'écouter", a également admis Charlotte Beluet, estimant que "le danger n'a pas été correctement évalué" et regrettant l'absence "d'enquête d'environnement, une enquête de base que l'on fait dans tout dossier de violences conjugales".

Il faut "reconnaitre toutes ces failles pour permettre d'avancer sur ces sujets-là", a-t-elle appelé de ses voeux.

Pour Me Camille Radot, avocat de la défense de M. Garcia-Cruciani, cette perpétuité requise "n'est pas juste".

"C'est ça la réponse de la société ? Qu'il y a des hommes que l'on pense irrécupérables ? Ces réquisitions, c'est un échec total de notre société", s'est-il emporté, dénonçant une "peine de haine".

Rappelant "qu'une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son compagnon ou ex-compagnon", il a indiqué que "tous les jours, ce type de dossier est jugé sans journaliste", dénonçant dans ce cas précis une "médiatisation à outrance".

"Je vous demande de le ramener dans la communauté des hommes", de "lui laisser une chance", a-t-il plaidé, martelant que "Bruno Garcia n'est pas un animal, pas un monstre".

L'avocat a également assuré que "rien ne signe la préméditation" et a demandé aux jurés de "mettre à son crédit que ce n'était pas un si mauvais père que ça", mettant en avant la décision du juge des affaires familiales de lui confier la garde temporaire des enfants.

"Je tiens à dire que je regrette pour mes enfants, je leur demande pardon, je m'excuse pour mes enfants", a dit l'accusé avant que les jurés se retirent pour délibérer.

"J'aurais juste voulu qu'il dise la vérité pour ses enfants", a lâché de son côté Lucien Douib, le père de la victime.

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