François Ozon touche la Berlinale avec son film sur la pédophilie dans l'Eglise

Publié le à Berlin (AFP)

Le réalisateur français François Ozon a touché la Berlinale vendredi avec "Grâce à Dieu", son film sur la pédophilie dans l'Eglise qui retrace l'histoire de victimes dans l'affaire Barbarin, un scandale en pleine actualité judiciaire en France.

Tourné en secret l'an dernier, "Grâce à Dieu", chaleureusement accueilli lors d'une projection de presse à Berlin, raconte la naissance de l'association de victimes "La Parole Libérée", fondée à Lyon en 2015 par d'anciens scouts abusés par un prêtre pédophile, Bernard Preynat.

Le film suit trois d'entre elles, incarnées à l'écran par les acteurs Melvil Poupaud, Denis Ménochet et Swann Arlaud.

Le sujet est en pleine actualité en France, au moment où s'est tenu début janvier à Lyon (centre-est) le procès du cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, et de cinq autres personnes pour non dénonciation d'agressions sexuelles pédophiles. Le jugement est attendu le 7 mars.

Mis en examen pour agressions sexuelles depuis janvier 2016, le père Preynat pourrait lui être jugé cette année.

L'affaire a rattrapé François Ozon, puisque l'un des avocats du père Preynat l'a assigné vendredi en référé pour obtenir un report de la sortie de son film en France, prévue le 20 février.

Cette assignation, qui menace la sortie du film, est intervenue au lendemain de la mise en demeure du cinéaste par Régine Maire, ancienne membre du diocèse de Lyon jugée aux côtés du cardinal Barbarin, pour qu'il retire son nom du film.

"On a des pressions par rapport à la sortie du film, mais tout ce qui est dans le film est déjà connu en France. La plupart des gens qui nous attaquent en plus n'ont pas encore vu le film, donc c'est plus des attaques de principe je pense", a réagi François Ozon lors d'une conférence de presse à Berlin.

- "Film citoyen" -

François Ozon a expliqué à l'AFP n'avoir pas voulu "faire un film sur l'actualité", ni "à charge contre l'Eglise".

"Mon film ne se place pas sur un aspect judiciaire, il se place sur l'aspect humain et sur la souffrance des victimes", a indiqué le prolifique réalisateur de "Swimming Pool" et "Huit femmes", qui dit avoir cherché "un sujet sur le thème de la fragilité masculine".

"Je suis tombé par hasard sur le site de La Parole Libérée, où j'ai lu plusieurs témoignages", avant de rencontrer plusieurs victimes et de mener "une enquête assez journalistique", dit-il.

"Je me suis rendu compte qu'il y avait une histoire très forte, humaine, à raconter, non pas sur l'affaire, qui n'est vraiment qu'un prétexte, mais sur les répercussions de la libération de la parole pour des victimes et leur entourage", poursuit le cinéaste, pour la cinquième fois en lice pour l'Ours d'or à Berlin.

Au final, François Ozon souligne avoir voulu faire "un film citoyen" qui "pose des questions", qui "permette un débat".

- "Bombes à retardement" -

Le cofondateur de La Parole Libérée, François Devaux, incarné dans le film par Denis Ménochet, a estimé que ce film permettait de comprendre à quel point les victimes de pédophilie sont "des bombes à retardement".

"Le gros intérêt de ce film, je crois, et donc de la fiction, c'est que François Ozon a pu prendre des libertés sur la mise en lumière de notre intimité et de nos réactions personnelles, ce qu'on ne s'est jamais autorisé à faire, au nom de l'intérêt commun", a-t-il déclaré à l'AFP.

Ce long métrage, à la mise en scène sobre, est construit en trois parties comme un passage de relais entre ses trois personnages principaux. Il s'appuie largement, du moins dans sa première partie, sur les lettres et les échanges d'emails avec l'institution religieuse de l'une des victimes, Alexandre Hezez-Dussot, incarné par Melvil Poupaud.

"J'ai essayé d'être le plus équilibré, le plus objectif possible", assure François Ozon. "Ce n'est pas un film avec les bons et les méchants, c'est beaucoup plus complexe", développe le réalisateur de 51 ans, pour qui "il y a eu une omerta" dans "toute la société" sur la pédophilie.

"La parole se libère petit à petit", observe-t-il. "Le cinéma suit le regard de la société".

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