Fuyant le dernier réduit de l'EI en Syrie, deux Françaises racontent

Publié le à Baghouz (Syrie) (AFP)

Deux Françaises qui ont fui le dernier réduit du groupe Etat islamique (EI) dans l'est de la Syrie ont indiqué à lundi l'AFP que de nombreux étrangers se trouvaient toujours dans la poche jihadiste, assurant que l'organisation ultra-radicale empêche leur sortie.

Les deux femmes, qui se disent originaires de Bordeaux et de Lyon, ont payé des passeurs pour pouvoir sortir avec leurs enfants en bas-âge du dernier carré jihadiste dans la province de Deir Ezzor.

L'alliance arabo-kurde des Forces démocratiques syriennes (FDS) a lancé samedi son assaut "final" contre ce secteur, où quelque 500 à 600 jihadistes sont retranchés, tout près de la frontière irakienne.

"Il y a beaucoup de mouhajirines (étrangers qui ont rallié l'EI, ndlr), parmi lesquels des Français ou d'autres qui essaient de sortir, mais on nous en empêche, on sert de boucliers humains", confie une Française interrogée par l'AFP, à une position des FDS près du village de Baghouz.

La jeune femme, la vingtaine, se présente sous le nom de Christelle et se dit originaire de Bordeaux.

Sur la plateforme d'une camionnette où femmes et enfants en pleurs sont entassés, elle attend d'être transférée dans un camp de déplacés du nord syrien, où les familles de jihadistes sont installés dans une zone sous haute sécurité.

"Ils font partir tous les Irakiens, tous les Syriens, mais nous, ils nous bloquent. Ils les font sortir à l'aide de passeurs, par contre ils nous laissent là-bas", lâche-t-elle.

L'AFP n'a pas pu vérifier de manière indépendante le récit des deux Françaises. Toutes deux ne souhaitent pas nécessairement rentrer dans l'Hexagone, alors que Paris semble désormais envisager le retour de ses ressortissants en Syrie. Une source proche du dossier en France a évoqué le cas de 150 Français, des adultes et 90 mineurs.

- "Garder mes enfants" -

Le mari de Christelle a été tué dans un raid aérien, dit-elle. Ses deux enfants, un an et trois ans, sont allongés sur ses genoux. En cas de retour en France, elle espère ne pas être séparée d'eux.

"Qu'est-ce que je demande au gouvernement? Juste qu'il me laisse mes enfants. je veux garder mes enfants", plaide-t-elle.

"Moi j'aurais préféré rentrer dans un pays où il y a plus d'islam, parce qu'en France, on ne peut pas forcément vivre notre religion comme on veut", ajoute-t-elle.

Les forces kurdes détiennent aujourd'hui des centaines d'étrangers, des hommes mais aussi des femmes et des enfants.

Les autorités kurdes refusent de juger les jihadistes et réclament leur rapatriement vers leurs pays d'origine, mais dans leur ensemble, les Occidentaux sont réticents.

Comme tout le monde dans la camionnette, Christelle a gardé son niqab noir qui la recouvre de la tête au pied. Seules ses mains squelettiques et sales sont visibles, avec au doigt une bague en argent bon marché.

Elle ne cache pas sa désillusion face aux chefs de l'EI, et surtout son "calife", Abou Bakr al-Baghdadi.

"on l'a jamais vu ce type-là. On l'a vu une fois en vidéo. En tout cas, sa famille n'est pas en train de se faire massacrer. Il n'y a que des femmes et des enfants qui se font massacrer", lâche-t-elle.

A bord de la même camionnette, une deuxième Française veut elle aussi rester avec ses deux enfants -- et pas nécessairement en France.

"Ils interdisent le niqab, ils interdisent de vivre: on a pas de droits. Et même (Nicolas) Sarkozy, l'a dit, +soit vous restez comme ça, soit vous quittez le pays+. On a quitté le pays", assène-t-elle en référence à l'ancien président français.

Convertie à l'islam, elle dit avoir quitté la France en 2012. Son voile intégral ne laisse apparaître que ses yeux bleus.

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