Géorgie: un chef de l'opposition arrêté lors d'une opération policière

Publié le à Tbilissi (AFP)

La police géorgienne a arrêté mardi un leader de l'opposition lors d'un violent raid au siège de son parti, dans un pays plongé dans une crise politique depuis les élections législatives de l'année dernière.

Nika Melia, le chef du principal parti d'opposition en Géorgie, le Mouvement national uni (MNU), a été extirpé des locaux de sa formation politique, à Tbilissi, pour être placé en détention provisoire, selon les images en direct de la télévision Mtavari.

Des centaines de policiers anti-émeute ont alors utilisé des gaz lacrymogènes contre ses partisans et des dirigeants de tous les partis d'opposition qui campent devant le bâtiment depuis près d'une semaine.

Des dizaines de soutiens de l'opposition ont également été interpellés.

L'opération policière intervient après la démission jeudi du Premier ministre, Giorgi Gakharia, qui a cité un désaccord au sein du parti au pouvoir concernant l'application d'une ordonnance judiciaire visant à placer M. Melia en détention provisoire.

Le raid a suscité l'indignation de l'opposition et les avertissements des alliés occidentaux de l'ex-pays soviétique.

L'un des dirigeants du MNU, Giorgi Pataraia, a affirmé à l'AFP que la police avait "volé des serveurs informatiques" présent à l'intérieur du siège du parti.

Dans un communiqué, le ministère géorgien de l'Intérieur a rétorqué que la police avait fait "un usage de la force proportionné et utilisé des moyens spéciaux" lors de cette opération.

"Choqué par les scènes au siège du MNU ce matin", a écrit l'ambassadeur britannique Mark Clayton sur Twitter. "La violence et le chaos à Tbilissi sont la dernière chose dont la Géorgie a besoin en ce moment".

- "Système démocratique brisé" -

L'ordre de d'arrêter M. Melia, 41 ans, a aggravé une crise politique qui sévit dans la nation du Caucase depuis les législatives d'octobre.

Les partis d'opposition ont affirmé que ce scrutin avait été truqué après que le Rêve géorgien, la formation au pouvoir, a revendiqué une courte victoire.

Dans la foulée de la démission du Premier ministre, jeudi, l'opposition a appelé à des élections anticipées.

Nika Melia est accusé d'avoir organisé des "violences de masse" lors des manifestations d'envergure qui ont secoué pendant près d'une semaine le pays en 2019 et encourt neuf ans de prison. Il rejette ces accusations et estime qu'elles sont de nature politique.

Lundi, le Parlement a confirmé la nomination au poste de Premier ministre du ministre de la Défense, Irakli Garibachvili.

Lors d'un discours devant les députés, ce dernier a indiqué que le gouvernement allait arrêter M. Melia, affirmant qu'il "ne réussirait pas à échapper à la justice".

Le nouveau Premier ministre est considéré comme un fidèle de Bidzina Ivanichvili, le fondateur du parti Rêve géorgien et l'homme le plus riche du pays. Il est suspecté de contrôler le pouvoir en sous-main.

Pour l'expert Matthew Bryza, du cercle de réflexion américain Atlantic Council, la Géorgie est arrivée à un point où "les partis d'opposition disent ne plus pouvoir siéger au Parlement car le système démocratique géorgien est brisé".

"Sans une médiation plus grande de l'Ouest, la situation pourrait devenir très dangereuse", ajoute cet ancien diplomate.

La semaine dernière, les Etats-Unis et l'Union européenne avaient exprimé leur inquiétude face à la décision d'arrêter un dirigeant de l'opposition, appelant le gouvernement géorgien à résoudre la crise de manière pacifique et à garantir que son système judiciaire reste libre de tout parti pris politique.

Au pouvoir depuis 2012, le parti Rêve géorgien a vu sa popularité décliner sur fond de stagnation économique et d'accusations d'atteinte aux principes démocratiques dans cette ancienne république soviétique.

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