"Gilets jaunes": encore des blocages, Philippe monte au créneau

Publié le à Paris (AFP)

Au lendemain de la mobilisation des "gilets jaunes", qui a rassemblé près de 290.000 personnes contre la hausse des taxes sur les carburants, le Premier ministre s'exprimera sur le mouvement de grogne dimanche soir sur France 2, alors que blocages et barrages filtrants se poursuivent dans plusieurs régions.

Dimanche, la mobilisation était plus faible mais de nombreux barrages filtrants ou blocages étaient signalés, comme à Montélimar, Chalon-sur-Saône, au Mans et ailleurs dans l'Ouest, en Nouvelle-Aquitaine ou encore en Vaucluse ou dans le Var. A Caen, les gendarmes sont intervenus dans l'après-midi pour disperser un millier de gilets jaunes sur un échangeur au sud de la ville.

Sur environ 150 sites, les manifestants avaient appelé à reconduire le mouvement, selon l'Intérieur. Contrairement à samedi, Beauvau n'a pas communiqué de chiffre sur le nombre de manifestants, estimés à environ 40.000 selon des médias.

Le gouvernement entend le "ras-le-bol fiscal" mais son "devoir" est de transformer l'économie pour la rendre moins dépendante du pétrole, a plaidé le ministre de l'Action et des Comptes publics Gérald Darmanin.

Les manifestants ont bloqué samedi autoroutes, ronds-points, hypermarchés ou organisé des opérations de péage gratuit. Des "gilets jaunes" se sont aussi rendus près de l'Elysée, où les forces de l'ordre ont utilisé des gaz lacrymogènes.

Le bilan humain est lourd avec un mort, une manifestante de 63 ans percutée par une conductrice prise de panique, et plus de 400 blessés - dont 14 gravement y compris parmi les forces de l'ordre - et les dégradations ont été nombreuses. 282 personnes ont été interpellées.

Dimanche, un manifestant a été grièvement blessé près de Saint-Quentin (Aisne) lorsqu'un automobiliste a forcé un barrage.

Si les gilets jaunes n'ont pas réussi à paralyser la France, tout le territoire a été touché par leurs actions, organisées en dehors des partis et des syndicats.

"Il y a une mobilisation qui est là, il ne faut pas la nier" mais "ce n'est pas le raz-de-marée attendu", selon un conseiller de l'exécutif. Les chiffres sont comparables à certaines grandes manifestations organisées ces dernières années par les syndicats.

- "Faire beaucoup de pédagogie" -

Samedi, Emmanuel Macron et Édouard Philippe avaient laissé Christophe Castaner monter au front tout le long de la journée.

Changement de pied dimanche: le Premier ministre monte au créneau et sera l'invité du 20 heures de France 2, ont annoncé la chaîne et Matignon.

En déplacement dimanche à Berlin, Emmanuel Macron lui, ne s'exprimera pas sur le sujet. "Ce jour du 18 novembre est un jour de deuil national en Allemagne. Il y a un devoir de décence qui s'impose", justifie l'Élysée.

Le chef de l'État "s'est déjà exprimé et s'exprimera de nouveau", "il sait quand il y a urgence et il le fera", a toutefois indiqué la ministre de la Cohésion des territoires Jacqueline Gourault.

Sur le fond, le gouvernement poursuivra "la trajectoire prévue" en matière de fiscalité écologique, a affirmé le ministre de la Transition écologique François de Rugy, appelant à "faire beaucoup de pédagogie" et à multiplier les "contacts directs" des membres du gouvernement avec les Français.

Selon un sondage publié par le Journal du Dimanche, 62% des Français jugent qu'il faut "donner la priorité au pouvoir d'achat quitte à aller moins rapidement sur la transition énergétique" dans les prochaines années.

La présidente du RN Marine Le Pen, qui n'a pas manifesté samedi, a salué "un très grand succès" de la mobilisation et appelé le gouvernement à des "prises de décisions rapides" pour "ramener la paix".

"Les +gilets jaunes+ doivent poursuivre leur action tant que le gouvernement poursuit la sienne", a pour sa part affirmé Geoffroy Didier, secrétaire général délégué des Républicains. "Il faut une initiative sur la fiscalité", d'après François Baroin, président (LR) de l'Association des maires de France.

De l'extrême droite à l'extrême gauche, des élus parfois vêtus de gilets jaunes s'étaient rendus samedi auprès de manifestants, notamment le patron de LR Laurent Wauquiez au Puy-en-Velay et le leader de la France Insoumise Jean-Luc Mélenchon place de la Concorde.

"Ce qui compte maintenant, c'est ce que le président de la République va entendre et comprendre. Et le sentiment que j'ai, c'est qu'ils n'ont pas compris", a lancé M. Wauquiez dimanche. Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) a demandé au président Macron "d'entendre le cri des Français", affirmant qu'entre 500.000 et 1 million de personnes étaient dans la rue samedi.

L'ancien ministre de l'Intérieur Gérard Collomb, dont la démission en octobre avait mis l'exécutif dans un profond embarras, s'est fendu d'un conseil au gouvernement: être davantage "à l'écoute de nos territoires et rassembler nos concitoyens".

Côté syndical, le patron de la CFDT Laurent Berger a appelé Emmanuel Macron à "réunir très rapidement" syndicats, patronat et associations "pour construire un pacte social de la conversion écologique".

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