"Gilets jaunes": le gouvernement maintient la taxe carbone, annonce des mesures d'accompagnement

Publié le à Paris (AFP)

Elargissement du chèque énergie, super prime à la conversion : à trois jours des manifestations de grogne sociale sur le pouvoir d'achat, Edouard Philippe est resté ferme sur la taxe des carburants, annonçant une augmentation des aides aux plus modestes pour changer de véhicules et payer ses factures d'énergie.

Sans convaincre les collectifs de citoyens, baptisés "gilets jaunes", qui ont maintenu leur appel à une journée de blocage des routes et de points stratégiques samedi pour protester notamment contre la hausse du prix des carburants.

Comme le ministre de l'Intérieur Christophe Castaner la veille, le Premier ministre a mis en garde ce mouvement. "La loi s'applique" et "l'entrave à la circulation, c'est sanctionné", a-t-il affirmé sur RTL, avertissant ceux qui veulent "mettre le bobolo partout", un synonyme de "bordel".

Il s'est dit "par nature pas inquiet" mais "attentif" face aux centaines d'actions répertoriées sur les réseaux sociaux qui catalysent le mouvement.

"On ne va pas annuler la taxe carbone, nous n'allons pas changer de pied, nous n'allons pas renoncer à être à la hauteur de cet enjeu (écologique) qui est considérable", a martelé Edouard Philippe, en annonçant quelque 500 millions d'euros de mesures d'accompagnement centré sur les foyers modestes.

Une fermeté qu'Emmanuel Macron devrait assumer dans le 20H00 de TF1 mercredi.

"Evidemment que si on peut convaincre des Français de se saisir de ces possibilités plutôt que de rester dans une posture de mécontentement, tant mieux!", a souhaité pour sa part le ministre de l'Ecologie, François de Rugy.

Le gouvernement veut utiliser deux leviers : le chèque énergie et une "super prime" à la conversion des véhicules.

Le chèque énergie, versé aux ménages modestes pour les aider à payer leurs factures d'énergie (gaz, électricité, etc.), sera élargi pour toucher 5,6 millions de foyers. "On va passer de 3,6 millions à 5,6 millions" de foyers, a déclaré M. Philippe, confirmant la hausse déjà prévue de 150 à 200 euros de ce chèque l'an prochain. Soit un coût supplémentaire de 140 millions d'euros.

Le gouvernement a également décidé de créer une "super prime" à la conversion pour les véhicules pour 20% des ménages les plus modestes ou ceux qui roulent plus de 60-70 km par jour et qui sont non imposables, qui atteindra jusqu'à 4.000 euros doublant ainsi la prime existante.

Autre engagement: faire disparaître les chaudières individuelles au fioul d'ici la fin du prochain quinquennat.

- "Petites mesurettes" -

Si le centriste François Bayrou a salué "une recherche de ce qui est juste", des associations de lutte contre la pauvreté et de défense de l'environnement, dont le WWF, la FNH et la Fondation Abbé-Pierre ont elles aussi applaudi le maintien de la taxe carbonne, mais estimé qu'il était "temps de s'attaquer aux racines du problème qui nous enferment dans le piège du pétrole".

En revanche, les "gilets jaunes" ne décolèrent pas. Ni les partis d'opposition qui rivalisent de contre-propositions visant notamment à créer un chèque-carburant, taxer les constructeurs, le kérosène ou encore mettre le paquet sur l'hydrogène.

"Ce gouvernement est sourd, aveugle et ne voit pas l'état actuel du pays", dénonce Fabrice Schlegel, coordonnateur du mouvement des "gilets jaunes" à Dole où près de 1.500 véhicules sont attendus samedi, denonçant de "l'enfumage".

"Pour les automobilistes, la seule issue possible est la baisse des taxes", a réagi Daniel Quéro, président de "40 millions d'automobilistes".

Même message des partis de droite, d'extrême droite et d'extrême gauche qui soutiennent le mouvement, se défendant de toute "récupération politique" dont les accuse le gouvernement.

Le chef des Républicains, Laurent Wauquiez, a fustigé des "petites mesurettes" du gouvernement.

Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France), qui va jusqu'à distribuer lui-même, gilet jaune sur le dos, des tracts dans les stations-service, avait dès fin octobre appelé à "bloquer toute la France le 17 novembre".

La présidente du Rassemblement national Marine Le Pen dénonce "une punition injuste" : "La taxe carbone actuellement de 44,60 euros par tonne atteindra 65,40 euros en 2020 et 86,20 euros en 2022. Cette trajectoire est intenable pour le budget des ménages", estime-t-elle.

A gauche, Eric Coquerel, député LFI de Seine-Saint-Denis, dit sentir "la fébrilité du gouvernement" face à "un ras-le-bol général qui s?exprime !".

Coté écologistes, Yannick Jadot, tête de liste EELV pour les élections européennes de 2019, regrette que les constructeurs soient "tranquilles : aucun compte ne leur sera demandé concernant leurs fraudes à la pollution !".

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