Grèce: procès pour viol d'un entraîneur de voile, un an après l'éveil du mouvement #MeToo

Publié le à Athènes (AFP)

Le procès emblématique d'un entraîneur de voile accusé de viol sur mineure s'est ouvert mercredi à Athènes, un an après le début du mouvement #MeToo en Grèce enclenché par les révélations d'une championne olympique de voile.

L'affaire jugée devant la cour pénale d'Athènes fait partie des nombreuses dénonciations d'agressions sexuelles en Grèce depuis que la médaillée d'or de voile Sofia Bekatorou a brisé le tabou en décembre 2020.

L'entraîneur Triantafyllos Apostolou, 38 ans, est accusé d'avoir violé une sportive de la fédération de voile quand elle avait 11 ans. La veille du procès, la plaignante, 21 ans, a déclaré à la chaîne grecque Antenna TV, avoir été "systématiquement violée" par l'accusé et "physiquement et verbalement abusée" par lui depuis l'âge de 9 ans.

"Cela m'a pris dix ans pour comprendre qu'un enfant n'est pas en faute", a-t-elle dit, alors que sa famille avait initialement décidé de ne pas porter plainte pour éviter la stigmatisation.

La jeune femme a "eu le courage" de sortir de l'ombre grâce aux révélations de Sofia Bekatorou et espère que son propre cas servira à son tour à d'autres victimes.

"Nous devons rompre le silence, punir les agresseurs et mettre fin à toute stigmatisation des victimes d'abus sexuels", a-t-elle déclaré.

- "Pleines de rage" -

A l'extérieur du palais de justice, mercredi, des femmes solidaires brandissaient des pancartes proclamant "nous sommes pleines de rage".

A son arrivée au tribunal mercredi matin, Sofia Bekatorou, appelée à la barre comme témoin de l'accusation, ne s'est pas exprimée devant les journalistes.

Dans la société patriarcale grecque, où le sujet des violences sexuelles peine à sortir de la sphère privée, les révélations de Sofia Bekatorou ont libéré la parole de nombreuses femmes agressées, déclenchant le mouvement #MeToo en Grèce, plus de trois ans après les États-Unis.

Il y a un an, la médaillée d'or aux JO d'Athènes en 2004 avait déclaré publiquement avoir été agressée sexuellement à l'âge de 21 ans par un haut responsable non identifié de sa fédération en 1998, lors des préparatifs pour les Jeux Olympiques de Sydney.

Les faits étaient prescrits mais elle avait rapporté au procureur qui l'auditionnait en janvier 2021 le cas de la toute jeune victime présumée d'Apostolou, désormais au coeur du procès. Elle avait son accord préalable.

La plaignante a dit avoir eu plusieurs rapports sexuels non consentis avec son entraîneur d'alors, de 18 ans son aîné.

Apostolou, qui a révélé lui-même son identité dans une interview, a affirmé que les relations sexuelles étaient consenties et qu'il comptait épouser la jeune fille.

"Nous allions nous marier et sa mère était d'accord", a-t-il affirmé l'an dernier au quotidien Proto Thema.

- "Violences sexuelles et psychologiques" -

Selon le procureur, l'accusé "a eu recours à des violences sexuelles mais aussi psychologiques contre la mineure afin qu'elle ne révèle pas son viol à ses parents".

Pour le Premier ministre grec Kyriakos Mitsotakis, "la décision de Sofia Bekatorou de dénoncer avec audace les violences sexuelles qu'elle a subies" a permis d'"éveiller les consciences".

Face à l'ampleur du mouvement, le gouvernement conservateur a pris dès février 2021 une série de mesures allant du durcissement des peines pour les agresseurs sexuels à l'allongement du délai de prescription pour les abus sur mineurs.

Une plateforme numérique permettant de dénoncer les faits et des lignes téléphoniques d'aide aux victimes ont été créées pour "briser le silence".

Depuis la rentrée de septembre 2021, des cours d'éducation sexuelle comprenant notamment la notion de consentement sont dispensés dans les écoles publiques.

Dans une interview le 23 décembre au magazine Marie-Claire, Sofia Bekatorou estime que "le mouvement #MeToo continue. Il est vivant en raison du grand nombre de victimes d'abus".

"#MeToo est venu comme une rivière pour nettoyer les plaies, aider à guérir, motiver les gens à parler", estime la championne, qui estime toutefois que beaucoup reste à faire en Grèce.

© 2022 AFP. Tous droits de reproduction et de représentation réservés. Toutes les informations reproduites dans cette rubrique (dépêches, photos, logos) sont protégées par des droits de propriété intellectuelle détenus par l'AFP. Par conséquent, aucune de ces informations ne peut être reproduite, modifiée, rediffusée, traduite, exploitée commercialement ou réutilisée de quelque manière que ce soit sans l'accord préalable écrit de l'AFP.

A lire également

Notre sélection d'annonces

Fil info