Guatemala: des migrants poursuivent leur route, défiant pandémie et autorités

Publié le à Entre-Ríos (Guatemala) (AFP)

Une caravane de quelque 3.000 migrants honduriens poursuivait vendredi sa route vers les Etats-Unis à travers le Guatemala, sans se soucier pour la plupart de la pandémie de coronavirus ni des menaces d'arrestation du président guatémaltèque.

Environ 300 des candidats au rêve américain ont toutefois décidé de rebrousser chemin après l'ordre d'arrestation et d'expulsion donné par le président du Guatemala, Alejandro Giammattei.

De longues files de migrants fatigués se sont ainsi formées à la frontière entre le Guatemala et le Honduras, au poste frontière de Corinto (nord-est du Honduras).

Angel Martinez, un jeune homme de 19 ans, a ainsi décidé de rentrer. "Le peu (d'argent) qu'il me reste va m'aider à retourner à San Pedro Sula" au Honduras "car le voyage est très dur, je marche depuis trois jours et au Guatemala, les policiers sont des canailles", a-t-il expliqué à l'AFP.

Les autres migrants poursuivaient, eux, leur route par petits groupes dispersés avec l'intention de traverser la frontière avec le Mexique, certains se dirigeant vers la capitale Guatemala, d'autres prenant la direction du nord du pays, ont constaté les journalistes de l'AFP.

"Quoi qu'il arrive, nous allons continuer !", lance provocateur Carlos, qui ne souhaite pas donner son nom de famille. "J'ai quitté le Honduras parce que la situation est mauvaise, il n'y a pas de travail, on nous disait qu'on allait être aidé, qu'on n'aurait pas besoin de partir (...) mais c'est la faim qu'on endure", s'indigne-t-il.

Le président guatémaltèque a annoncé jeudi soir avoir donné l'ordre "que soient arrêtés sur le territoire du Guatemala tous ceux qui sont entrés illégalement" dans le pays, en référence à ce nouveau flux migratoire.

Ils seront "renvoyés à la frontière de leur pays et placés sous la surveillance des autorités honduriennes", a-t-il dit lors d'une allocution à la télévision.

- "Nous contaminer" -

Quelques heures auparavant, les milliers de migrants avaient pour partie forcé le passage à la frontière.

En pleine crise sanitaire, "ni les protocoles d'entrée dans le pays ni les protocoles de santé instaurés pour garantir la protection de nos citoyens n'ont été respectés", s'est indigné le président guatémaltèque.

La caravane s'était élancée dans la nuit de mercredi à jeudi de San Pedro Sula, deuxième ville du Honduras, à 180 km au nord de Tegucigalpa, les candidats au voyage désirant fuir la pauvreté et la violence dans leur pays.

Le Guatemala venait de rouvrir le 18 septembre ses frontières maritimes, terrestres et aériennes, fermées six mois en raison de la pandémie.

Depuis cette date, les étrangers voulant entrer dans ce pays d'Amérique centrale doivent se plier à des protocoles sanitaires pour prouver "qu'ils ne sont pas porteurs du Covid-19, afin de garantir la santé de tous les Guatémaltèques", a rappelé le président Giammattei, estimant que les migrants "violent la loi".

"Nous n'accepterons pas qu'un étranger" entrant illégalement dans le pays puisse croire "qu'il a le droit de venir nous contaminer" et "nous mettre en grave danger", a-t-il souligné.

Jeudi, le pays comptait quelque 92.409 cas de coronavirus et 3.261 décès, selon le ministère de la Santé.

Comme lors de caravanes précédentes, les migrants ont invoqué le chômage, des services défaillants d'éducation et de santé, ainsi que la violence des gangs pour expliquer leur fuite. Raisons auxquelles s'ajoutent désormais les conséquences économiques et sociales du coronavirus.

Cependant, le président mexicain Andres Manuel Lopez Obrador a laissé entendre vendredi que cette nouvelle caravane a été "formée" dans le but d'impliquer le Mexique dans la campagne présidentielle américaine.

"C'est très étrange, c'est très bizarre que cette caravane se mette en route à la veille de l'élection aux Etats-Unis (...) cela a à voir avec l'élection aux Etats-Unis, je n'ai pas tous les éléments, mais je crois qu'il y a des indices (qui montrent) qu'elle s'est formée dans ce but", a déclaré le chef de l'Etat mexicain, en référence à l'élection présidentielle américaine du 3 novembre.

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