Hong Kong: l'Apple Daily combatif au lendemain d'une nouvelle perquisition

Publié le à Hong Kong (AFP)

Le quotidien pro-démocratie hongkongais Apple Daily s'est affiché combatif dans les kiosques vendredi matin, au lendemain d'une spectaculaire perquisition dans ses locaux, avec en Une un message de défi au pouvoir pro-Pékin: "Nous devons continuer".

Le journal et son propriétaire, le magnat de la presse Jimmy Lai, actuellement incarcéré, sont depuis longtemps dans le collimateur de Pékin pour leur soutien au camp pro-démocratie et leurs critiques récurrentes des dirigeants chinois.

Mais ces derniers apparaissent désormais déterminés à museler cet organe de presse, dans le cadre de la reprise en main de l'ex-colonie britannique, pourtant censée jouir d'une large autonomie.

Plus de 500 policiers se sont rendus jeudi à la rédaction du quotidien pour une perquisition qui était selon les autorités en lien avec des articles accusés d'appeler à des sanctions contre la Chine.

Cinq des dirigeants du journal, dont son rédacteur en chef Ryan Law et son directeur général Cheung Kim-hung, ont été arrêtés pour des faits de collusion avec des forces étrangères, en vertu de la loi draconienne sur la sécurité nationale que Pékin a imposée l'été dernier.

MM. Law et Cheung ont tous les deux été inculpés vendredi. En vertu de cette loi, la plupart des personnes inculpées se voient refuser la libération sous caution et passent des mois derrière les barreaux avant d'être jugés.

A l'issue de cette perquisition, les journalistes ont regagné la salle de rédaction où manquaient de nombreux ordinateurs et disques durs qui avaient été saisis par la police.

- "Tout a été vendu" -

Mais la rédaction a travaillé toute la nuit, sous les yeux de nombreux journalistes d'autres médias, pour permettre au quotidien créé en 1995 de paraître vendredi.

La rédaction en chef a décidé d'une Une sobre présentant le visage des cinq personnes arrêtées avec une ligne purement informative: "La police de la sécurité nationale perquisitionne l'Apple, arrête cinq personnes, saisit 44 disques durs de la rédaction".

En dessous, en très gros caractères jaunes, on pouvait lire "Nous devons continuer", la phrase lancée à ses employés par M. Cheung quand il a été emmené menotté par la police.

Le groupe a décidé d'imprimer 500.000 exemplaires, ce qui est six fois supérieur à son tirage normal, pariant que les Hongkongais, qui s'étaient massivement mobilisés en 2019 pour soutenir le combat démocratique, s'arracheront ce numéro historique.

Et dans le quartier populaire de Mongkok, des dizaines de personnes ont fait la queue très tôt vendredi pour acheter le journal avant même qu'il ne soit livré.

"Normalement, nous vendons une soixantaine d'exemplaires mais nous en avons cette fois vendu 1.800", a déclaré à l'AFP sous couvert de l'anonymat le propriétaire d'un kiosque.

"Tout a été vendu. Nous en avons commandé 3.000 et nous attendons d'être livré."

- "Une voix unique à Hong Kong" -

Polly, une femme de 40 ans qui n'a donné que son prénom, a confié en avoir acheté 10.

"Pendant des années, nous avons bénéficié de la liberté de la presse, nous pouvions dire ce que nous voulions", a-t-elle dit à l'AFP.

"Mais en un an, tout a changé", a-t-elle poursuivi. "La situation s'est détériorée, et tout s'est passé si rapidement."

Un autre client, Steven Chow, âgé de 45 ans, est reparti avec trois exemplaires.

"Les médias parfaits n'existent pas. Mais l'Apple Daily est une voix unique à Hong Kong", a-t-il expliqué.

"On n'est pas obligé d'aimer, mais je crois qu'on doit les laisser s'exprimer et leur permettre de survivre. C'est important."

L'Apple Daily avait déjà été l'été dernier la cible d'un spectaculaire raid mené par des centaines de policiers qui avaient notamment arrêté M. Lai, un milliardaire ayant fait fortune dans l'habillement.

C'est après la rétrocession de l'ex-colonie britannique à la Chine en 1997 que l'Apple Daily est devenu vraiment visible. Au moment où de nombreux Hongkongais s'inquiétaient pour leurs libertés futures, il est devenu la voix des partisans de la démocratie et des sceptiques envers Pékin.

Soutien du "Mouvement des parapluies" de 2014, M. Lai est devenu la bête noire de Pékin, que les médias officiels qualifiaient régulièrement de "traître" et de "mafieux".

Le soutien du journal aux gigantesques manifestations pro-démocratie à Hong Kong en 2019 a encore intensifié l'hostilité de Pékin.

Le pouvoir chinois a profité en 2020 de la pandémie pour engager une répression implacable contre le camp pro-démocratie, avec pour instrument essentiel la loi sur la sécurité nationale.

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