Hong Kong: le cardinal Zen devant le tribunal

Publié le à Hong Kong (AFP)

Le cardinal catholique de 90 ans Joseph Zen a comparu mardi devant un tribunal de Hong Kong, où il a été inculpé pour ne pas avoir correctement enregistré un fonds d'aide aux manifestants pro-démocratie.

Après sa comparution, le cardinal a célébré, en présence de centaines de fidèles catholiques, une messe dédiée aux églises de Chine continentale.

Mgr Zen, un des plus hauts dignitaires de l'Eglise catholique en Asie, a été arrêté début mai avec quatre autres figures de proue du mouvement pro-démocratie, dont la chanteuse Denise Ho et l'avocate Margaret Ng au nom de la loi sur la sécurité nationale.

Ces personnalités étaient les administrateurs d'un fonds, aujourd'hui dissous, proposant de financer une partie des frais judiciaires et médicaux des personnes arrêtées lors des grandes manifestations pro-démocratie de 2019.

Elles ont été arrêtées pour "conspiration de collusion avec des forces étrangères", un chef d'accusation qui fait encourir la prison à vie selon la loi de sécurité nationale imposée par Pékin en 2020.

Mais le tribunal n'a pour l'heure retenu que l'accusation de défaut d'enregistrement du fonds auprès de la police, qui ne découle pas de la loi sur la sécurité nationale et fait encourir une amende de 10.000 dollars de Hong Kong (1.190 euros) pour une première condamnation.

Tous les accusés ont plaidé non coupables mardi. Le procès s'ouvrira le 19 septembre.

Le parquet a assuré disposer de 10 caisses de pièces à conviction et huit heures d'enregistrements vidéo pour étayer les accusations.

L'enquête contre le "612 Humanitarian Relief Fund" a été lancée après qu'un des administrateurs, l'universitaire Hui Po-keung, a été arrêté à l'aéroport alors qu'il s'apprêtait à prendre un poste dans une faculté européenne.

L'arrestation du cardinal Zen a suscité l'indignation dans de nombreux pays occidentaux, qui accusent la Chine de mettre fin aux libertés autrefois promises à Hong Kong.

Des diplomates de plusieurs pays européens, dont l'Allemagne, la France, la Suède et l'Italie, ont assisté à l'audience mardi.

Le ministre de la Sécurité de la ville, Chris Tang, a balayé les critiques lundi dans la presse locale, les qualifiant de "campagne de dénigrement classique".

- Messe -

Le vicaire général de Hong Kong Joseph Chan a assisté à l'audience mardi, mais a assuré qu'il n'y représentait pas le diocèse.

Le cardinal Zen "était mon professeur, donc je suis venu", a-t-il expliqué à l'AFP.

M. Chan s'est dit surtout préoccupé par la santé de Mgr Zen, même si celui-ci paraissait de bonne humeur.

Mardi soir, des centaines de fidèles sont venus assister à une messe célébrée par le cardinal à l'église de la Sainte-Croix à l'est de l'île de Hong Kong.

Le prélat a dédié la messe aux églises de la Chine continentale, où des millions de fidèles ne peuvent pas pratiquer librement leur religion sous le régime du parti communiste officiellement athée qui contrôle strictement les institutions religieuses reconnues par les autorités.

Dans son homélie, le cardinal Zen a critiqué un accord entre le Vatican et la Chine qui permet la nomination d'évêques par Pékin avec l'approbation du pape, estimant qu'il était "malavisé", bien que partant de "bonnes intentions".

Il a également jugé "urgent" de réunifier les fidèles qui se trouvent sous la juridiction de l'Eglise inféodée au régime de Pékin et les croyants de l'Eglise souterraine, illégale aux yeux des autorités chinoises.

Mais "il semble que les temps ne soient pas encore mûrs", a-t-il toutefois souligné, faisant allusion au clergé clandestin qui refuse de se soumettrre aux exigences des autorités.

Il a également invité à prier pour les églises de Birmanie dirigées par le cardinal birman Bo, et pour "les frères et les soeurs qui ne peuvent se joindre (aux fidèles) ce soir car ils ne sont pas libres".

Dans une autre affaire, l'universitaire et militant pro-démocratie de premier plan, Benny Tai, a été condamné à 10 mois de prison pour une campagne dans les médias à l'occasion des élections législatives locales de 2016.

M. Tai a plaidé coupable pour avoir transgressé la loi électorale hongkongaise qui limite la possibilité de publier des publicités électorales.

L'universitaire n'était pas candidat mais a fait la promotion d'un moyen pour coordonner les votes afin que le camp pro-démocratie remporte plus de sièges, a expliqué le juge Anthony Kwok.

"L'action (de M. Tai) a pu entamer l'équité des élections et désavantager les candidats pro-establishment et autres", a-t-il ajouté.

Le juge a déclaré qu'une peine dissuasive était nécessaire compte tenu de la gravité des faits commis par M. Tai, même s'il a admis que le militant n'avait pas agi pour son profit personnel et n'avait pas promu de candidats spécifiques.

Benny Tai, ancien professeur de droit, se trouve déjà en prison après avoir été arrêté avec 46 autres pro-démocrates pour subversion au nom de la loi sur la sécurité nationale.

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