Hong Kong: pas de fête nationale taïwanaise par peur des représailles

Publié le à Hong Kong (AFP)

A Hong Kong, les anciens partisans du camp vaincu de la guerre civile chinoise craignent d'être arrêtés s'ils célèbrent la fête nationale de Taïwan ce dimanche, en vertu de la nouvelle loi drastique sur la sécurité nationale.

La fête nationale taïwanaise du 10 octobre, connue sous le nom de "Double Dix", marque l'anniversaire le 10 octobre du soulèvement de 1911 qui a conduit au renversement de la dynastie Qing et à la naissance à la nouvelle République de Chine.

Après sa défaite face au parti communiste en 1949, le Kuomintang (KMT) s'est réfugié à Taïwan, où la république a survécu, tout comme sa fête nationale.

À Hong Kong, les partisans du KMT ont longtemps arboré des drapeaux taïwanais pour célébrer cette journée en grande pompe.

La Chine communiste reconnaît depuis longtemps l'importance historique de cette date, mais les autorités de Hong Kong sont désormais peu enclines à autoriser les manifestations de sentiments pro-Taïwan, dans le cadre des efforts déployés pour étouffer toute velléité d'opposition publique.

Le mois dernier, le chef de la sécurité de Hong Kong, Chris Tang, a averti que la célébration du "Double Dix" pourrait constituer un soutien à l'indépendance de Taïwan, un crime en vertu de la nouvelle loi draconienne sur la sécurité nationale.

Ng Hong-lim, vétéran du KMT, a dirigé les célébrations du "Double Dix" à Hong Kong pendant plus de 50 ans et assure que cette fête n'a aucun lien avec le séparatisme.

"Maintenant, nous ne sommes plus autorisés à l'exprimer, mais nous nous en souvenons toujours dans nos coeurs", déclare l'AFP cet octogénaire dans un bureau syndical pro-KMT à Hong Kong, où sont exposés un drapeau de la "République de Chine" et un portrait du révolutionnaire chinois Sun Yat-sen.

Né sur le continent chinois, Ng Hong-lim a fui à Hong Kong dans les années 1950.

À l'âge de 15 ans, il est parti pour Taïwan et s'est engagé dans l'armée dans l'espoir de défendre la "République de Chine", à laquelle il prête toujours une allégeance indéfectible.

- "Vraiment regrettable" -

Lee Kwok-keung, président d'un syndicat pro-KMT, se souvient des célébrations bruyantes du "Double Dix" de son enfance, lorsque Hong Kong était une colonie britannique.

"De nombreux drapeaux bleu ciel avec un soleil blanc étaient accrochés, couvrant les montagnes et les rues", évoque-t-il, en référence au drapeau du KMT.

Ces drapeaux ont disparu des rues après la rétrocession de Hong Kong à la Chine en 1997, mais étaient autorisés lors des mini-galas, où les fidèles du KMT entonnaient des chants nationaux et s'inclinaient devant le portrait de Sun Yat-sen.

A Taïwan, le KMT - aujourd'hui dans l'opposition - est considéré comme un parti plus ouvert au dialogue avec Pékin que le gouvernement actuel.

"Nous avons toujours soutenu l'unification et nous nous sommes opposés au séparatisme", assure à l'AFP M. Lee.

MM. Lee et Ng ont tous les deux déclaré qu'ils ne "testeraient pas les lignes rouges" de la loi sur la sécurité nationale, mais espèrent pouvoir à nouveau commémorer cette journée à l'avenir.

Ng Hong-lim, triant des piles de photos des jours où il était soldat à Taïwan, est résigné: il n'y aura pas d'autre choix que de ne rien faire le 10 octobre.

"Je ne pense pas qu'il y aura une autre chance", soupire l'octogénaire.

"C'est vraiment regrettable".

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