Inondations: l'Europe se mobilise, le bilan s'alourdit

Publié le à Erftstadt (Allemagne) (AFP)

L'Europe se relevait lentement samedi des crues meurtrières des derniers jours, entamant de colossaux travaux de déblaiement et de reconstruction, malgré les bilans de victimes qui ne cessent de s'alourdir en Allemagne et en Belgique.

Au moins 165 personnes au total ont trouvé la mort dans ces inondations d'une rare ampleur, provoquées par des pluies diluviennes dans l'Ouest du continent, selon le dernier décompte.

En Belgique, les autorités ont fait état samedi de 24 morts lors de ces crues, qui ont également causé des dégâts au Luxembourg ainsi qu'aux Pays-Bas ou en Suisse.

Mais c'est l'Allemagne qui paie le plus lourd tribut, avec au moins 141 décès et des centaines de blessés, selon un nouveau bilan donné par la police samedi, alors que des sauveteurs de plusieurs pays accourent pour apporter leur aide.

Les habitants qui ont pu se mettre à l'abri mercredi soir, lorsque les inondations ont débuté, regagnent progressivement leur domicile.

Des scènes de désolation les attendent: maisons défoncées, arbres arrachés, voitures retournées, routes et ponts effondrés, réseaux coupés.

"J'ai passé toute ma vie ici, j'y suis né, et je n'ai jamais vu quelque chose de tel", s'attriste auprès de l'AFP Gregor Degen, boulanger de la petite ville d'Ahrweiler, en Rhénanie-Palatinat, défigurée par la violence des crues.

"C'est un scenario d'horreur (...). Je n'ai pas dormi depuis deux jours. Mes parents sont sans-abri maintenant", se désole Michael Kossytorz, 40 ans, lui aussi natif de la ville.

"Leur destin nous déchire le coeur", a lancé samedi le chef de l'Etat Frank-Walter Steinmeier, à propos des victimes de la catastrophe, lors d'une visite à Erftstadt, une ville éventrée par un glissement de terrain près de Cologne.

La chancelière Angela Merkel doit se rendre, elle, dimanche sur les lieux. Elle ira dans le village de Schuld, en Rhénanie-Palatinat, qualifié de "martyr" car tout ou presque y a été détruit.

-"Ampleur historique"-

Dans toutes les localités sinistrées, pompiers, protection civile, responsables communaux, militaires, ont débuté le colossal travail de déblaiement et nettoyage des amas de débris boueux qui obstruent souvent les rues.

Les médias locaux diffusaient samedi des images de chars militaires sur les routes de la ville sinistrée d'Erftstadt. Dans cette région de Rhénanie du Nord-Westphalie, 22.000 sauveteurs ont été mobilisés, selon les médias allemands.

"La tâche est immense", a reconnu le maire de Solingen, une ville du Sud de la Ruhr. L'ampleur de la catastrophe commence seulement à apparaître.

Les perturbations des réseaux de communication, qui rendent de nombreuses personnes injoignables, compliquent tout chiffrage du nombre de disparus.

Le gouvernement a indiqué travailler à la mise en place d'un fond d'aides spéciales, alors que le préjudice devrait atteindre plusieurs milliards d'euros.

Les dégâts sont "si importants qu'ils nous occuperont pendant longtemps", a prévenu la dirigeante de Rhénanie-Palatinat, Malu Dreyer, tandis que son homologue de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet, a parlé d'une "catastrophe d'ampleur historique".

- "Sans aucun précédent" -

Chef du parti conservateur CDU, candidat à la succession de la chancelière Angela Merkel et favori des sondages pour les législatives du 26 septembre, M. Laschet a réclamé, à l'instar de l'ensemble de la classe politique, "d'accélérer le rythme" dans la lutte contre le changement climatique.

Ces intempéries sont "sans aucun doute" les conséquences du dérèglement climatique, a abondé Mark Rutte, Premier ministre des Pays-Bas, également touchés mais qui n'ont pour le moment pas enregistré de décès.

Cette catastrophe "change la campagne électorale", replaçant la question du climat au centre des débats, affirme le journal Spiegel.

Dans l'Ouest de l'Allemagne traversé par l'axe du Rhin, ce sont surtout de petits cours d'eau, peu protégés, qui sont sortis brutalement de leur lit sous l'effet de pluies en forme de déluge, envahissant des dizaines de zones habitées construites souvent sur des zones inondables.

En Belgique également, à mesure que l'eau se retire, "nous allons probablement encore trouver des situations catastrophiques", a jugé la bourgmestre de Liège, Christine Defraigne.

Les habitants d'Angleur, au sud de Liège, entreposaient samedi des meubles trempés le long des trottoirs, pendant que d'autres pompaient l'eau et raclaient les flaques, maculant encore les rez-de-chaussée.

Deux personnes sont mortes dans cette localité bordée par l'Ourthe, affluent de la Meuse. Les voitures cabossées, certaines encastrées dans des murets, témoignent de la violence des intempéries.

"Je ne sais pas quand je pourrai rouvrir ma boutique. Ici, il n’y a toujours pas de courant et tout est à jeter", raconte John Theunis, 33 ans, gérant du salon de coiffure Studio 87, où l’eau est montée jeudi à plus d’un mètre.

Dans ce pays, le bilan encore provisoire est "sans aucun précédent", a affirmé le Premier ministre Alexander de Croo qui a décrété une journée de deuil national mardi.

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