Irak: offensive kurde contre les jihadistes, raids américains accrus

Publié le à Badriyah (Irak) (AFP)

Les combattants kurdes et les forces irakiennes, appuyés par des raids américains, poursuivaient lundi leur offensive contre les jihadistes après avoir repris le principal barrage d'Irak, un pays menacé d'éclatement où Washington et Londres ont renforcé leur engagement militaire.

Face aux dangers pesant sur les chrétiens et d'autres minorités menacées par les jihadistes, le pape François a appelé à une action collective de l'ONU pour "stopper l'agression injuste", jugeant indirectement insuffisants les raids américains, et s'est dit "disponible" à se rendre en Irak "si nécessaire" pour apporter son soutien aux dizaines de milliers de déplacés.

La reprise du barrage de Mossoul, dans le nord irakien, est le revers le plus important infligé aux combattants de l'Etat islamique (EI) depuis que ceux-ci ont lancé le 9 juin une offensive fulgurante qui leur a permis de s'emparer de larges pans de territoire face à une armée irakienne en déroute.

Ces extrémistes, qui sèment également la terreur en Syrie voisine, sont aussi sous le feu de l'aviation du régime de Bachar al-Assad qui a mené ces dernières 48 heures des dizaines de raids contre leurs positions dans le Nord et l'Est.

Accusé de multiples exactions -exécutions sommaires, viols et persécutions- le groupe ultra-radical de l'EI a proclamé fin juin un califat islamique à cheval sur des territoires qu'il contrôle en Irak et en Syrie.

Après avoir repris dimanche le barrage de Mossoul, les forces kurdes combattaient les jihadistes dans la localité de Tal Kayf, au sud-est du site, où se trouvait encore un "petit nombre" d'entre eux, a indiqué un officier kurde.

"Les avions bombardent et les peshmergas (combattants kurdes) avancent", a déclaré un combattant kurde.

Des journalistes de l'AFP ont vu des colonnes de fumée se dégager d'un secteur visé après un survol d'avions de combat près du barrage situé à 50 km de Mossoul, place forte de l'EI conquise au deuxième jour de leur offensive.

Selon l'armée américaine, 15 raids ont visé dans la journée des positions de l'EI aux environs du barrage. Dimanche, 14 raids ont été lancés dans le secteur, l'un des bombardements les plus massifs contre l'EI depuis le début des frappes américaines le 8 août.

- 'Toutes les capacités militaires' -

Des équipes d'experts parcouraient de leur côté le site à la recherche d'éventuels engins explosifs laissés par l'EI, après que le porte-parole irakien pour la sécurité, le général Qassem Atta, a confirmé la reprise totale du barrage.

Début août, les combattants kurdes d'Irak, de Syrie et de Turquie ont uni leurs forces dans une rare alliance pour faire face à la progression jihadiste qui menaçait le Kurdistan irakien autonome, à l'est de Mossoul.

Le président Barack Obama a indiqué avoir autorisé les frappes aériennes pour soutenir les opérations des forces irakiennes et protéger les intérêts américains en Irak.

Outre l'engagement américain, le Premier ministre britannique David Cameron a affirmé que son pays devait employer toutes ses "capacités militaires" pour stopper l'EI, et son ministre de la Défense Michael Fallon a dit que Londres et "d'autres pays en Europe" étaient déterminés à agir pour aider l'Irak "à combattre cette forme nouvelle et très radicale de terrorisme".

Après un peu plus de deux mois de violences ayant plongé le pays dans la tourmente, les puissances occidentales, soulagées par le départ du très contesté Premier ministre Nouri al-Maliki, ont envoyé de l'aide humanitaire aux centaines de milliers de réfugiés ayant fui les jihadistes, ainsi que des armes aux Kurdes.

- Soulèvement tribal dans l'ouest -

M. Maliki était accusé d'avoir alimenté le chaos après huit ans au pouvoir, surtout la montée en force des jihadistes, en menant une politique autoritaire excluant la minorité sunnite dans un pays majoritairement chiite.

Après le départ de ce chiite honni par les sunnites surtout dans la province occidentale d'Al-Anbar, des puissantes tribus sunnites ont pris les armes pour aider les forces irakiennes à chasser les jihadistes de cette région, reprenant la localité d'Al-Uqda, selon la police.

Au plan humanitaire, un grand nombre d'Irakiens appartenant aux minorités des Yazidis, chrétienne, des Shabaks et des Turcomans, sont toujours menacés d'être tués ou enlevés par les jihadistes, selon des ONG.

Des dizaines de milliers de la minorité kurdophone des Yazidis avaient fui leur bastion de Sinjar pris le 3 août par l'EI, se réfugiant dans les montagnes environnantes ou dans le Kurdistan. Leur situation désespérée avait déclenché un élan international pour la livraison d'aide et participé à la décision américaine de lancer des frappes.

Enfin, après le Conseil de sécurité de l'ONU, les Etats-Unis ont mis sur leur liste noire de "terroristes internationaux" le porte-parole de l'EI, Abou Mohamed al-Adnani, qui avait annoncé au nom de son groupe le rétablissement du califat et appelé à prendre Bagdad.

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