Israël: Netanyahu recule sur la colonisation mais ferme sur l'Iran

Publié le à Jérusalem (AFP)

En pleine crise diplomatique avec Washington, Benjamin Netanyahu a été forcé de reculer en gelant un projet de colonisation pour ne pas se mettre à dos la communauté internationale au moment où il veut la convaincre de durcir le ton contre l'Iran.

Le Premier ministre israélien a dû publiquement désavouer, tard mardi soir, son ministre du Logement Uri Ariel qui avait lancé, "sans coordination préalable", un plan de construction de 20.000 logements dans les colonies de Cisjordanie occupée, un chiffre record.

L'annonce de M. Ariel, un dirigeant du Foyer juif, parti d'extrême droite proche du lobby des colons, a soulevé les critiques des Etats-Unis, qui répètent que la colonisation est "illégitime", et la colère des Palestiniens qui ont menacé de mettre fin aux négociations si Israël ne revenait pas sur sa décision.

"Cette action provoque une confrontation non nécessaire avec la communauté internationale au moment où nous nous efforçons de persuader des membres de la même communauté de parvenir à un meilleur accord avec l'Iran", a reproché M. Netanyahu à son ministre.

"Nous vivons des jours ultra sensibles. Une annonce comme celle du ministre Ariel sape non seulement les négociations de paix (avec les Palestiniens) qui connaissent des difficultés mais aussi les efforts majeurs que le Premier ministre conduit maintenant sur la question iranienne", a renchéri le ministre des Sciences Yaacov Peri, un centriste, à la radio.

Ce n'est d'ailleurs pas tant le principe même du projet de bâtir en Cisjordanie -- sur lequel il y a un consensus au sein de la droite nationaliste au pouvoir - qui est remis en cause que le choix du moment.

Comme lors de l'annonce d'un programme massif de construction dans un quartier de colonisation de Jérusalem-Est annexée pendant une visite du vice-président américain Joe Biden en 2010 qui avait provoqué - déjà - un sérieux coup de froid dans les relations israélo-américaines.

Un proche de M. Netanyahu, le ministre des Affaires stratégiques Youval Steinitz, a appelé mercredi à une poursuite de la colonisation "de façon intelligente et coordonnée".

M. Netanyahu "a raison lorsqu'il dit que dans une période aussi sensible, alors que nous essayons de persuader les Américains, les Européens et les Russes de corriger l'accord tellement problématique avec l'Iran, les choses doivent se faire en coordination avant tout avec le Premier ministre", a plaidé M. Steinitz à la radio publique.

Colonisation illégitime

Le Premier ministre israélien est engagé dans un bras-de-fer avec le secrétaire d'Etat américain John Kerry sur le programme nucléaire controversé de l'Iran, le premier accusant le second de vouloir conclure à tout prix "un très mauvais accord" avec Téhéran, en dépit des assurances américaines de ne jamais laisser l'Iran se doter de l'arme atomique.

"Il n'y a pas seulement deux options sur l'Iran, un mauvais accord ou une guerre. C'est faux. Il y a une troisième option à savoir continuer à faire pression avec les sanctions", a estimé mercredi M. Netanyahu devant le Parlement.

"Il n'y a aucune raison de se soumettre aux diktats de l'Iran ni de se précipiter (...) Il est possible de parvenir à un bon accord et démanteler la capacité nucléaire militaire iranienne. Mais on n'y arrivera pas avec la proposition qui est discutée actuellement à Genève", a-t-il insisté.

M. Netanyahu s'est attirée les critiques de l'influent New York Times qui, dans un éditorial au vitriol mardi, l'accuse d'engendrer une opposition "hystérique" aux efforts des puissances occidentales pour sceller un accord avec le régime iranien.

Israël a même l'intention de jouer de son influence au Congrès américain pour faire pression sur l'administration Obama avant la reprise des négociations avec Téhéran le 20 novembre.

"Nous allons mener une campagne aux Etats-Unis auprès de dizaines de membres du Congrès à qui j'expliquerai moi-même que la sécurité d'Israël est en jeu", a expliqué le ministre de l'Economie Naftali Bennett avant de se rendre mardi aux Etats-Unis.

Mais cette offensive diplomatique soulève aussi le scepticisme.

"S'ils (les Américains) ne nous laissent pas bombarder l'Iran, nous bombarderons les Etats-Unis. Il semble que ce soit la nouvelle stratégie israélienne face à la menace nucléaire iranienne", écrit mercredi l'éditorialiste du quotidien de gauche Haaretz.

"Aucun doute, le temps est venu d'occuper Washington. Il est le véritable ennemi qui mène le monde au précipice et menace l'existence d'Israël. Nous sommes donc prêts à nous suicider dans une bataille contre les Etats-Unis pourvu que nous soyons persuadés d'avoir eu raison", ironise-t-il.

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