Israël/Gaza: Paris distribue son projet de résolution à l'ONU malgré une menace de veto américain

Publié le à Nations unies (Etats-Unis) (AFP)

La France et les Etats-Unis ont engagé à l'ONU un bras de fer sur le conflit israélo-palestinien, première crise ouverte entre les deux alliés depuis l'arrivée au pouvoir de Joe Biden qui avait promis un réengagement américain dans la diplomatie multilatérale et auprès de ses partenaires traditionnels.

Après une dizaine de jours de blocage des Etats-Unis au Conseil de sécurité à toute déclaration condamnant les violences au Proche-Orient, la France, avec le concours de l'Egypte, la Jordanie et la Tunisie, a dégainé mardi un projet de résolution d'une page et demie qui "exige une cessation immédiate des hostilités" et "appelle à la fourniture et à la distribution sans entraves d'une aide humanitaire dans tout Gaza".

Selon le texte obtenu par l'AFP, le projet "demande instamment l'intensification et l'accélération des efforts diplomatiques et le soutien à une solution négociée à deux États", Israël et la Palestine, vivant en paix côte à côte.

Remis mardi à un très petit nombre de pays, le projet a été distribué mercredi soir au reste des 15 membres du Conseil qui ont jusqu'à jeudi soir pour proposer des commentaires, selon des diplomates.

La France, qui affirme chercher "un cessez-le-feu immédiat", n'a donné aucune indication sur une date de vote.

Son objectif est-il un coup de bluff à l'égard de Washington en espérant son appui? Une pression accrue sur les Etats-Unis pour qu'ils durcissent leur position à l'égard d'Israël?

Le président américain a réclamé mercredi une désescalade sans tarder tandis que peu après les Etats-Unis faisaient sèchement savoir qu'à ce stade, ils étaient prêts à mettre leur veto au texte français.

"Nous avons été clairs et cohérents sur le fait que nous nous concentrons sur les efforts diplomatiques intensifs en cours pour mettre fin à la violence et que nous ne soutiendrons pas les actions qui, selon nous, sapent les efforts en faveur d'une désescalade", a dit à l'AFP une porte-parole de la mission américaine à l'ONU.

- "Jeu risqué" -

"La position américaine sera tout à fait déterminante" mais "c'est vrai qu'on a constaté des Etats-Unis un peu en retrait de tout cela", a commenté à Paris le chef de la diplomatie française, Jean-Yves Le Drian. "Il faut absolument éviter une offensive terrestre israélienne qui ouvrirait une phase vraiment incontrôlable", a-t-il plaidé.

Si la menace d'un veto américain se précise, "la France n'ira pas jusqu'à mettre son texte au vote", prédit un diplomate sous couvert de l'anonymat. En proposant un projet de résolution, "c'est un jeu risqué" face aux Etats-Unis, estime-t-il, en reconnaissant à Paris le mérite d'avoir secoué avec une initiative un Conseil de sécurité paralysé.

Depuis dix jours, malgré les pressions et son isolement croissant, Washington, premier allié d'Israël, n'a pas varié d'un iota à l'ONU.

Les Etats-Unis ont rejeté trois propositions de déclarations présentées par la Chine, la Tunisie (représentant le monde arabe au Conseil) et la Norvège. Et ont aussi rechigné à l'organisation de réunions du Conseil, quatre depuis le 10 mai, provoquant même le report de l'une d'entre elles finalement tenue dimanche en public.

Du côté des alliés européens traditionnels des Etats-Unis, et même au-delà, l'incompréhension est palpable depuis le début de la semaine dernière.

"Les membres du Conseil ont une responsabilité collective pour la paix et la sécurité internationales. Il est grand temps que le Conseil intervienne, brise son silence et s'exprime", s'est agacée mardi l'ambassadrice d'Irlande, membre non permanent, Geraldine Byrne Nason.

"Nous demandons simplement aux Etats-Unis de soutenir une déclaration du Conseil de sécurité qui dirait des choses similaires à celles qui sont dites bilatéralement par Washington", relevait récemment un de ses homologues européens, sous couvert de l'anonymat.

"C'est un peu étrange si l'on pense à l'attente que nous avions tous d'un retour des Américains dans la diplomatie multilatérale", indique à l'AFP un troisième ambassadeur, également sous anonymat. "Nous avions pensé aussi que les Etats-Unis seraient désireux de montrer la pertinence du Conseil de sécurité dans des situations comme celle-ci", confie-t-il.

La confrontation rare entre les Etats-Unis et la France à l'ONU pourrait laisser des traces et affecter d'autres dossiers. Mardi, les deux pays ont affiché deux positions à l'opposé sur le soutien onusien à apporter à la force antijihadiste G5 Sahel, poussé par Paris alors que Washington veut privilégier l'aide bilatérale.

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