Italie: après les sénateurs, Draghi demande la confiance aux députés

Publié le à Rome (AFP)

Le nouveau chef du gouvernement italien Mario Draghi sollicite jeudi la confiance des députés, après avoir obtenu à une écrasante majorité la veille celle des sénateurs, désormais fort d'un large consensus pour "reconstruire" le pays frappé par la crise sanitaire et économique.

M. Draghi a obtenu mercredi soir au Sénat 262 voix en sa faveur, 40 contre et deux abstentions. La Chambre des députés votera la confiance à partir de 20H00 (19H00 GMT) jeudi, ultime étape pour conférer une pleine légitimité à son gouvernement "sans adjectif: ni technique, ni politique", comme le définit le quotidien La Stampa.

Perçu comme l'homme providentiel qui relancera le moteur économique de la troisième économie de la zone euro, M. Draghi, ancien chef de la Banque centrale européenne (BCE), a appelé au Sénat à "reconstruire" son pays mis à genoux par le virus, promettant de "combattre la pandémie par tous les moyens".

"Comme les gouvernements de l'immédiat après-guerre, nous avons la responsabilité de lancer une Nouvelle Reconstruction", a-t-il affirmé. "C'est cela notre mission en tant qu'Italiens: laisser un pays meilleur et plus juste à nos enfants et petits-enfants", a-t-il ajouté.

- Plongeon du PIB -

Mario Draghi, un homme très discret de 73 ans éduqué chez les jésuites, a succédé samedi à Giuseppe Conte, contraint à la démission après l'explosion de sa coalition, alors que l'Italie approche de la barre des 100.000 morts dues au Covid et a enregistré en 2020 l'une des pires chutes du PIB de la zone euro (-8,9%).

"Le principal devoir auquel nous sommes tous appelés (...) est de combattre par tous les moyens la pandémie et de sauver les vies de nos concitoyens", a-t-il souligné, alors que moins de 1,3 million d'Italiens sur une population de 60 millions ont reçu les doses nécessaires à l'immunisation.

"Après avoir obtenu des quantités suffisantes de vaccins, notre premier défi est de les distribuer rapidement et efficacement", a-t-il précisé.

Il a aussi plaidé pour une "Union européenne plus intégrée qui aboutira à un budget public commun, capable de soutenir les Etats-membres durant les périodes de récession", tout en proclamant "l'irréversibilité du choix de l'euro".

"Sans l'Italie, il n'y a pas d'Europe", a estimé Mario Draghi, qui dirige une coalition hétéroclite allant de la gauche à l'extrême droite du tribun souverainiste Matteo Salvini. Il a aussi affirmé sa volonté de "renforcer" les relations "stratégiques" avec la France et l'Allemagne.

L'Italie, qui a perdu 444.000 emplois en 2020, compte beaucoup sur la manne du plan de relance européen, dont le versement est lié à la présentation à Bruxelles d'ici à fin avril d'un plan détaillé de dépenses, l'une des missions du nouveau gouvernement.

- "Equilibre fragile " -

"Nous aurons à notre disposition environ 210 milliards d'euros sur une période de six ans. Ces ressources devront être dépensées pour améliorer le potentiel de croissance de notre économie", a souligné M. Draghi, qui a cité comme priorités "les énergies renouvelables, la lutte contre la pollution de l'air et de l'eau, le train à grande vitesse (...), la production et distribution d'hydrogène, la numérisation et la 5G".

Depuis que le président de la République Sergio Mattarella a fait appel à lui le 3 février, Mario Draghi a formé une majorité allant du Parti démocrate (PD, centre gauche) à la Ligue d'extrême droite de Matteo Salvini en passant par le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème jusqu'à son arrivée au pouvoir).

"Aujourd'hui l'unité n'est pas une option, l'unité est un devoir", a martelé M. Draghi, alors que les débuts de son gouvernement ont été marqués par une virulente polémique contre le ministre de la Santé Roberto Speranza, qui a annoncé dimanche soir seulement l'interdiction de rouvrir lundi matin les pistes de ski.

Ces premières bisbilles augurent un parcours accidenté pour Mario Draghi comme l'explique Teresa Coratella, analyste au sein de European council of foreign relations (ECFR), dans un entretien avec l'AFP : "nous avons un gouvernement très fort du point de vue de la compétence des ministres, mais avec un équilibre politique très fragile, avec des interlocuteurs politiques qui changent d'opinion et ne sont pas très fiables".

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