Joe Biden élu président, l'Amérique tourne la page Trump

Publié le à Washington (AFP)

Joe Biden a été élu samedi, à 77 ans, président des Etats-Unis, l'emportant face à Donald Trump et mettant fin à une séquence politique inédite qui a secoué l'Amérique et le monde.

Après quatre jours de suspense, l'ancien vice-président de Barack Obama a, selon les projections des grands médias, franchi le seuil "magique" de 270 grands électeurs.

Il a immédiatement promis d'être le président "de tous les Américains".

"Il est temps de laisser derrière nous la colère et la rhétorique enflammée et de nous rassembler", a-t-il tweeté, avant un discours prévu dans la soirée depuis son fief de Wilmington, dans le Delaware.

Donald Trump, qui briguait un second mandat de quatre ans, n'a, à ce stade, pas reconnu sa défaite. Dans un tweet rageur, épinglé comme "trompeur" par le réseau social, il a encore revendiqué une victoire qui lui aurait été volée.

L'annonce de la consécration de Joe Biden a provoqué des scènes de liesse à travers les Etats-Unis.

A Washington, des milliers de personnes ont afflué vers la Maison Blanche et la Black Lives Matter Plaza, une partie de l'artère menant à la résidence présidentielle renommée au printemps dernier pour dénoncer les violences policières contre les Africains-Américains.

"Soulagée. Très soulagée", disait Alex Norton, jeune femme 31 ans, son nourrisson dans les bras sous un soleil quasi estival. "On sait enfin qu'on ne va pas avoir quatre ans de plus de Donald Trump!".

A New York, ville natale du président républicain, un concert de klaxons a accueilli l'annonce de sa défaite. "Je suis ravi, c'est vraiment un moment très américain, tous ces klaxons, ces gens aux balcons", s'exclamait J.D. Beebe, 35 ans.

Kamala Harris entrera elle dans l'Histoire en devenant la première femme à accéder à la vice-présidence. "Mettons nous au travail" pour restaurer "l'âme de l'Amérique", a-t-elle déclaré.

Nombre de dirigeants de premier plan ont rapidement félicité Joe Biden, renforçant encore l'idée que personne - ni aux Etats-Uni, ni ailleurs - ne prenait véritablement au sérieux les recours en justice annoncés par l'équipe Trump.

La chancelière allemande Angela Merkel, qui a entretenu des relations difficiles avec Donald Trump, a insisté sur la relation transatlantique "irremplaçable".

L'Union européenne, malmenée par l'actuel locataire de la Maison Blanche, a dit par la voix de Charles Michel espérer un "partenariat solide" avec les Etats-Unis.

- 46e président de l'histoire -

Barack Obama, 44e président américain, a salué samedi la victoire "historique" de son "ami", qui deviendra dans un peu plus de deux mois le 46e.

La date de la passation de pouvoir est inscrite dans la Constitution: le 20 janvier à midi. D'ici là, les Etats certifieront leurs résultats, et les 538 grands électeurs se réuniront en décembre pour formellement désigner le président.

Donald Trump se trouvait, au moment de l'annonce des résultats, dans son club de golf de Virginie, non loin de Washington.

Dans un bref communiqué, il a accusé Joe Biden de se "précipiter pour se présenter faussement" en vainqueur.

Rien n'oblige le président républicain à le faire formellement, mais admettre sa défaite fait partie de la tradition à Washington.

Il a dès mardi soir adopté une posture très belliqueuse, promettant une véritable guérilla judiciaire.

A l'issue d'une campagne d'une agressivité inouïe, chamboulée par la pandémie de Covid-19, le tempétueux président de 74 ans a échoué à se faire réélire, contrairement à ses trois prédécesseurs Barack Obama, George W. Bush et Bill Clinton.

A la fois révélateur et amplificateur des profondes fractures de l'Amérique, il aura, pendant quatre ans, provocations et tweets à l'appui, brisé tous les codes et piétiné tous les usages.

- Consécration tardive -

Pour Joseph Robinette Biden Jr., "lion de l'histoire américaine" selon les termes de Barack Obama, la consécration suprême sera arrivée tard, à l'issue d'une riche vie en politique jalonnée de tragédies.

Les drames personnels qu'il a traversés ont façonné cet homme au ton chaleureux. Ses douleurs et ses doutes, qu'il n'hésite pas à partager en public sur le ton de la confidence, font partie intégrante de son personnage.

Après avoir échoué en 1988 et 2008, puis hésité en 2016, celui qui a débuté sa carrière politique nationale au Sénat il y a près d'un demi-siècle - et connaît le fonctionnement de Washington sur le bout des doigts - obtient enfin les clés de la Maison Blanche.

A la faveur d'une campagne inédite, le démocrate a pris l'avantage sur l'ancien homme d'affaires en se contentant d'apparitions limitées et en faisant à l'Amérique une promesse de calme.

"Nous pouvons mettre fin à cette présidence qui, depuis le début, a cherché à nous diviser, à nous déchirer", martelait-il dans les dernières heures de la campagne.

M. Biden sera le président le plus âgé de l'histoire des Etats-Unis au début de son mandat.

Dans un contraste saisissant avec l'énergie déployée sur les estrades de campagne par Donald Trump, celui que le président a affublé du surnom moqueur de "Joe l'endormi" a parfois donné l'image d'un homme frêle, fragile.

En fin stratège, il a réussi son pari en remportant la Pennsylvanie, le Michigan et le Wisconsin, trois Etats industriels traditionnellement démocrates que Donald Trump avait arrachés à Hillary Clinton en 2016.

Mais dans une Amérique profondément divisée, et face à un Sénat qui pourrait rester aux mains des républicains, il devra trouver le ton juste.

Au total, malgré la pandémie, la participation a atteint un niveau record dans l'ère moderne: autour de 66% des électeurs ont voté, selon le US Elections Project. Joe Biden a obtenu plus de 74 millions de voix, contre 70 millions pour Donald Trump.

- L'ombre de la pandémie -

Pour Donald Trump, entré avec fracas en politique en remportant la présidentielle en 2016 à la stupéfaction générale, cette défaite marque selon toute vraisemblance la fin de sa carrière politique.

Pour un homme qui martèle quotidiennement son souci de "gagner, gagner, gagner" et moque sans relâche les "losers", la claque est rude.

Si la vague démocrate annoncée par certains n'a pas eu lieu, et s'il a montré qu'il disposait d'un très solide socle d'électeurs, son refus obstiné d'élargir son audience a fini par lui coûter cher.

Sa gestion de la pandémie, qu'il a sans cesse minimisée en dépit d'un lourd bilan de plus de 236.000 morts, lui a valu de vives critiques, jusque dans son propre camp.

Le fait qu'il ait lui-même été touché par le Covid-19 lui offrait une occasion inespérée de changer de ton dans la toute dernière ligne droite. De faire enfin preuve d'empathie, de trouver les mots pour dire l'angoisse que suscite ce virus. Il ne l'a pas saisie.

Cette défaite étroite aurait aussi pu lui permettre de quitter le pouvoir en revendiquant une forme d'héritage politique.

Très amer, il a cependant choisi une autre voie, agressive. Ces derniers jours, il n'a cessé de crier à la fraude, sans apporter le moindre élément concret.

"Si vous comptez les votes légaux, je gagne facilement. Si vous comptez les votes illégaux, ils peuvent essayer de nous voler l'élection", a-t-il lancé jeudi dans une tirade brouillonne, truffée de contre-vérités sur le décompte en cours.

Ses avocats ont lancé de multiples actions judiciaires.

Les démocrates estiment ces plaintes sans fondement, mais ces recours pourraient retarder de plusieurs jours ou semaines l'homologation des résultats.

- Trump isolé dans son camp -

Le 45e président des Etats-Unis apparaît isolé au sein de son propre parti dans sa croisade contre un "vol" du scrutin dont il aurait été la victime.

Au-delà de Donald Jr et Eric, deux de ses fils, lancés depuis plusieurs jours dans une campagne de désinformation évoquant des tricheries massives, peu de figures de premier plan le soutenaient.

Le sénateur et ex-candidat à la présidentielle américaine Mitt Romney a été le premier poids lourd républicain à féliciter Joe Biden et Kamala Harris, des personnes "de bonne volonté et de caractère admirable".

Le Wall Street Journal a encouragé le président républicain à accepter sa défaite "avec dignité". "Le bilan de M. Trump serait nettement abîmé si sa dernière action consistait à refuser avec amertume de concéder une défaite légitime", a écrit le quotidien conservateur.

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