Jonas Gahr Støre, un millionnaire à l'assaut des inégalités en Norvège

Publié le à Oslo (AFP)

Il a fait une campagne tournée vers "les gens ordinaires". Multimillionnaire diplômé de Sciences Po Paris, le travailliste Jonas Gahr Støre, probable prochain Premier ministre en Norvège, n'a lui-même pas grand-chose à voir avec le commun des mortels.

Après la victoire de l'opposition de gauche aux législatives lundi, cet homme svelte et élégant de 61 ans va selon toute vraisemblance prendre les rênes du riche royaume scandinave à la tête d'un gouvernement dont les contours exacts et l'assise parlementaire restent à négocier.

Pour l'emporter, il a pris son bâton de pèlerin contre les "inégalités sociales" en Norvège, un des pays les plus égalitaires selon l'OCDE mais où le nombre de milliardaires a plus que doublé sous l'équipe de droite sortante.

"Maintenant, c'est au tour des gens ordinaires", a-t-il martelé.

Une croisade un peu contre-nature pour quelqu'un qui dispose d'une fortune considérable, supérieure à 140 millions de couronnes (environ 14 millions d'euros) selon le magazine Kapital, et qui se fait souvent égratigner pour ses "airs d'homme de droite".

"Mes finances ne sont pas ordinaires, mais beaucoup de choses chez moi le sont", assure-t-il à l'AFP.

- L'héritier -

Marié et père de trois enfants, Støre est un héritier à plus d'un titre.

Sa fortune, il la doit à la vente de l'entreprise familiale, un fabricant de poêles sauvé de la faillite par son grand-père.

Un héritier politique aussi, qui inscrit ses pas dans ceux de Jens Stoltenberg, dont il a été ministre des Affaires étrangères (2005-2012) puis de la Santé (2012-2013).

Quand son ami et mentor est nommé patron de l'Otan en 2014, c'est naturellement lui, son protégé, qui le remplace à la tête des travaillistes.

Naturellement ou presque... Son arrivée à la tête du parti historique des travailleurs n'est pas au goût de tous.

Ses millions, ses études brillantes --l'IEP de Paris puis un bref passage à la London School of Economics et un poste de chercheur à Harvard--, son allure de technocrate chic et même le fait qu'il soit francophone lui donnent un côté élitiste qui fait tiquer, surtout l'aile gauche du parti.

Contraint à un "voyage de classes à l'envers" comme l'a un jour résumé un éditorialiste, ce fils d'un courtier maritime et d'une bibliothécaire met désormais un point d'honneur à hisser le drapeau norvégien chez lui pour la fête des travailleurs le 1er mai, après avoir été pris en faute.

"C'est un dirigeant politique dont on s'est un peu moqué, un intellectuel que certains considèrent comme un peu détonant au parti travailliste mais il s'en sort bien dans cette campagne", décryptait le politologue Johannes Bergh avant le scrutin.

- "Super-Jonas" -

Tout le monde ou presque lui reconnaît une fine éloquence, certains pour s'en féliciter, d'autres pour regretter qu'elle serve à cultiver l'ambiguïté.

"Jonas est une personne extraordinaire", témoignait Jens Stoltenberg lors du passage de relais. "Il sait beaucoup de choses et a une grosse capacité de travail, qu'il combine avec le don de rendre les gens autour de lui heureux".

Fraîchement diplômé, Støre fait ses classes en tant qu'assistant de la "matriarche" du pays nordique, Gro Harlem Brundtland, quand elle était Première ministre puis directrice de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Au ministère des Affaires étrangères après un interlude à la tête de la Croix Rouge norvégienne, il gagne le surnom --qu'il n'aime pas-- de "Super-Jonas" pour ses réussites.

Ayant fait du Grand Nord sa priorité, il s'applique à resserrer les liens avec la Russie voisine. "Je le vois presque plus souvent que ma femme", plaisantait son homologue russe, Sergueï Lavrov.

En 2010, les deux hommes dénouent un long différend sur les frontières maritimes, ouvrant ainsi de nouvelles eaux de la mer de Barents à la prospection pétrolière.

L'époque est aussi marquée par des drames.

Celui de l'hôtel Serena à Kaboul attaqué par des talibans en 2008 alors qu'il y séjourne. S'il en réchappe en se réfugiant dans une pièce sécurisée, six personnes y laissent la vie.

Celui d'Utøya également quand Anders Behring Breivik ouvre le feu sur un rassemblement de la Jeunesse travailliste le 22 juillet 2011, au lendemain d'une visite de Støre, une des cibles déclarées de l'extrémiste de droite.

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