L'anesthésiste de Besançon soupçonné d'empoisonnements présenté à la justice

Publié le à Besançon (AFP)

Après 48 heures de garde à vue, l'anesthésiste Frédéric Péchier a été déféré jeudi matin au tribunal de Besançon, où il pourrait être mis en examen dans la journée pour de nouveaux empoisonnements.

"M. Péchier a été déféré au tribunal de grande instance de Besançon en vue de sa présentation aux magistrats instructeurs", a indiqué à l'AFP le procureur de la République Etienne Manteaux.

Vers 08H30, une voiture a quitté en trombe le commissariat de Besançon, où le médecin de 47 ans était interrogé depuis mardi matin par les enquêteurs de la police judiciaire. A l'arrière du véhicule qui a rejoint le palais de justice, un homme se dissimulait le visage, ont constaté des journalistes de l'AFP, sans être en mesure de l'identifier.

Le docteur Frédéric Péchier, déjà mis en examen en 2007 pour sept cas d'empoisonnements présumés, "a été déféré ce matin au parquet après la fin de sa garde à vue et il est présenté au procureur de la République", a annoncé peu après l'un de ses avocats, Me Randall Schwerdorffer, à l'AFP.

Le procureur de la République à Besançon a prévu de tenir une conférence de presse à 17H30.

Anesthésiste reconnu localement et exerçant dans plusieurs cliniques de Besançon, Frédéric Péchier a été mis en examen en 2017 pour sept empoisonnements. Il avait été laissé libre sous contrôle judiciaire, avec l'interdiction d'exercer sa profession.

- Une cinquantaine de cas -

"Le Dr Péchier conteste tout acte d'empoisonnement de quelque nature que ce soit", a réaffirmé à son arrivée au palais de justice Me Schwerdorffer à la presse, indiquant que son client était "très fatigué".

Après une enquête préliminaire parallèle de deux années, pour les besoins de laquelle quatre corps ont notamment été exhumés en 2018, la justice cherche désormais à faire la lumière sur son éventuelle implication dans une cinquantaine d'autres incidents médicaux suspects qui pourraient dissimuler des "faits d'empoisonnement potentiels".

Parmi ces "événements indésirables graves", il y aurait 15 décès, a affirmé mercredi le quotidien Le Parisien-Aujourd'hui en France.

Un enfant de quatre ans, opéré des amygdales en 2016 et qui a survécu à deux arrêts cardiaques, figure sur la liste de ces événements, a indiqué Me Jean-Michel Vernier, l'avocat des parents qui ont porté plainte.

Pour les parents de l'enfant, "aujourd'hui il y a une phase de colère, une attente de reconnaissance de leur parole, une volonté de trouver une vérité judiciaire", a dit jeudi l'avocat, qui compte se porter partie civile si le Dr Péchier était de nouveau mis en examen.

Pour Frédéric Berna, l'un des avocats des parties civiles, "il y a une convergence d'éléments à (l')encontre" de Frédéric Péchier.

Parallèlement à l'interrogatoire de Frédéric Péchier, la direction de la clinique Saint-Vincent, des personnels médicaux, ainsi que des victimes potentielles et des proches ont été entendus mercredi par les enquêteurs.

Parmi les sept cas d'empoisonnements pour lesquels l'anesthésiste est mis en examen depuis 2017, deux personnes sont décédées. Tous ces patients, âgés de 37 à 53 ans, étaient en clinique pour subir des interventions chirurgicales sans difficultés particulières. Ils avaient pourtant tous fait des arrêts cardiaques et seuls cinq ont pu être réanimés.

Le docteur Péchier avait été appelé pour en secourir certains.

Ces arrêts cardiaques avaient été provoqués par l'administration de doses potentiellement létales de potassium et d'anesthésiques, a établi l'enquête.

Privilégiant la thèse du "pompier pyromane", les enquêteurs le soupçonnent d'avoir sciemment modifié les poches d'injection de confrères afin de provoquer des incidents opératoires pour exercer ensuite ses talents de réanimateur.

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