L'armée russe occupe la première centrale nucléaire ukrainienne, Moscou accentue la répression

Publié le à Kiev (AFP)

L'armée russe occupe vendredi la plus grande centrale nucléaire ukrainienne, où des bombardements dans la nuit ont fait craindre une catastrophe, au neuvième jour d'une offensive accompagnée d'une répression croissante de toute voix dissidente en Russie.

Dans le sud de l'Ukraine, Zaporojie, plus grande centrale nucléaire d'Europe, touchée dans la nuit par des frappes d'artillerie russe selon les Ukrainiens, a été le théâtre d'un incendie.

Cet incendie a contribué à l'angoisse grandissante des Occidentaux face à un conflit qui embrase désormais tout le pays, avec une liste de plus en plus longue de villes bombardées, au neuvième jour de l'invasion russe.

En début de matinée, le régulateur ukrainien a cependant indiqué que le feu, qui avait touché un laboratoire et un bâtiment de formation, avait été éteint et qu'aucune fuite radioactive n'avait été détectée.

"Le territoire de la centrale nucléaire de Zaporojie est occupé par les forces armées de la Fédération de Russie. Le personnel opérationnel contrôle les blocs énergétiques et assure leur exploitation en accord avec les exigences des règlements techniques de sécurité d’exploitation", a ajouté le régulateur.

L'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA) a confirmé que les niveaux de radioactivité restaient inchangés sur le site de la centrale, qui fournit une grande partie de l'électricité du pays, et affirmé qu'aucun équipement "essentiel" n'a été endommagé.

Son chef, Rafael Grossi, s'est dit prêt à se rendre en Ukraine pour négocier une solution afin de garantir la sécurité des sites nucléaires.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a lui réclamé un renforcement des sanctions occidentales contre Moscou après cette attaque.

"Un renforcement immédiat de sanctions contre l'Etat terroriste nucléaire est nécessaire", a-t-il déclaré dans une adresse vidéo dans la matinée en appelant les Russes à "descendre dans la rue" pour arrêter les attaques contre les sites nucléaires en Ukraine.

"L'attaque contre une centrale nucléaire démontre le caractère irresponsable de cette guerre et la nécessité d'y mettre fin", a déclaré le secrétaire général de l'Otan Jens Stoltenberg, avant une réunion d'urgence des ministres des Affaires étrangères de l'Alliance à Bruxelles.

Plus tôt, le Premier ministre britannique Boris Johnson avait appelé à une nouvelle réunion d'urgence du Conseil de sécurité de l'ONU, tandis que le président américain Joe Biden "exhortait la Russie à cesser ses activités militaires dans la zone" de la centrale.

Zaporojie, située sur le fleuve Dniepr à environ 550 km au sud-est de Kiev, a une capacité totale de près de 6.000 mégawatts, assez pour fournir en électricité environ quatre millions de foyers. Elle a été inaugurée en 1985, quand l'Ukraine faisait encore partie de l'Union soviétique.

Le 24 février, des combats avaient déjà eu lieu près de l'ancienne centrale de Tchernobyl, à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, désormais aux mains des troupes russes.

- "'Un enfer" -

Ailleurs dans le pays, l'Ukraine a notamment accusé Moscou jeudi d'avoir bombardé une zone résidentielle et des écoles à Tcherniguiv, au nord de Kiev, faisant 33 morts. Des combats s'y poursuivaient vendredi, selon les Ukrainiens.

La situation est aussi devenue "un enfer" à Okhtyrka, et "critique" à Soumy, deux villes à quelque 350 km à l'est de Kiev, selon les autorités locales.

Quant au port stratégique de Marioupol, au sud-est, où le maire accusait jeudi les forces russes de vouloir instaurer "un blocus", les autorités régionales indiquent ne disposer d'"aucune communication".

Dans des déclarations à la télévision russe jeudi, le président Vladimir Poutine n'a donné aucun espoir d'apaisement.

"L'opération militaire spéciale se déroule strictement selon le calendrier, selon le plan", a-t-il affirmé. Il a salué le courage des soldats russes qui combattent contre "des néonazis" et "des mercenaires étrangers" qui utilisent les civils comme "boucliers humains".

Moscou a toutefois subi un nouveau revers diplomatique avec le vote, vendredi matin, au Conseil des droits de l'homme de l'ONU, à une écrasante majorité, d'une résolution en faveur d'une commission d'enquête internationale sur les violations des droits humains et du droit humanitaire en Ukraine.

La résolution a été adoptée par 32 votes pour, 2 contre (Russie et Erythrée) et 13 abstentions.

"Le monde entier est contre vous", a lancé l'ambassadrice ukrainienne auprès de l'ONU à Genève, à l'attention du président Poutine.

- Nouvelles lois répressives -

Le Kremlin a durci dans le même temps sa répression de toutes les voix dissidentes face au conflit.

Depuis le début de l'offensive le 24 février, arrestations, fermetures des rares médias indépendants restants et nouveaux textes répressifs s'enchaînent, alors que le Kremlin et les grands médias russes présentent le conflit comme "une opération militaire spéciale" et bannissent le mot "invasion".

Vendredi, les autorités russes ont restreint l'accès aux sites de quatre médias indépendants: l'édition locale de la BBC, la radio-télévision internationale allemande Deutsche Welle, le site indépendant Meduza et Radio Svoboda, antenne russe de RFE/RL.

Les députés russes ont également adopté un texte prévoyant des peines pouvant aller jusqu'à quinze ans de prison pour toute personne publiant des "informations mensongères" qui entraîneraient des "conséquences sérieuses" pour les forces armées.

Alors que Moscou fait face à des sanctions économiques sans précédent infligées par les Occidentaux, un autre texte prévoit de pénaliser les "appels à imposer des sanctions à la Russie".

Des perquisitions sont aussi en cours vendredi dans les locaux moscovites de l'emblématique ONG des droits humains Mémorial, la plus respectée du pays, après sa dissolution ordonnée par la justice, a indiqué Mémorial.

De nombreux Russes tentent de quitter leur pays. Avec la suspension de la quasi-totalité des vols reliant la Russie à l'Europe, les trains reliant Saint-Pétersbourg à Helsinki arrivent bondés dans la capitale finlandaise, a constaté l'AFP.

"Nous avons décidé de rentrer le plus vite possible, car on ne sait pas quelle sera la situation dans une semaine", a dit à l'AFP Polina Poliakova, une Moscovite étudiant à Paris, à son arrivée à Helsinki.

Ces trains ne sont cependant de facto accessibles qu'aux Russes qui vivent ou travaillent déjà en Europe: ne passent que les personnes avec un visa Schengen en règle, et un vaccin anti-Covid reconnu par l'Union européenne, autrement dit pas le vaccin Spoutnik le plus administré en Russie.

- Couloirs humanitaires -

On ignorait pour l'instant si les "couloirs humanitaires", que des négociateurs russes et ukrainiens se sont mis d'accord jeudi pour organiser, se mettaient en place.

Ces négociateurs s'étaient retrouvés à la frontière entre la Pologne et le Bélarus, après une première tentative lundi, dans l'espoir d'obtenir une trêve. "Malheureusement, il n'y a pas encore les résultats escomptés pour l'Ukraine. Il n'y a qu'une solution pour organiser des couloirs humanitaires", a déploré après les discussions un membre délégation ukrainienne, Mikhaïlo Podoliak.

Plus de 1,2 million de réfugiés ont déjà fui le pays, selon l'ONU.

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