L'Assemblée se plonge dans le dernier budget du quinquennat, incomplet

Publié le à Paris (AFP)

Dans une ambiance de campagne présidentielle, l'Assemblée nationale a entamé lundi son dernier marathon budgétaire du quinquennat, avec un projet de loi de finances 2022 aux dépenses déjà nombreuses, mais encore incomplet, ce que fustigent les oppositions.

En ouverture des débats, le ministre de l'Economie Bruno Le Maire a rehaussé la prévision de croissance du gouvernement en 2021, à 6,25% au lieu de 6%, s'alignant sur celle de l'Insee.

D'entrée, le locataire de Bercy a appelé la majorité à être "fière" du bilan économique du quinquennat. "L'Insee prévoit que nous atteindrons ce semestre un taux de chômage de 7,6%, soit le niveau le plus bas depuis 2008", a-t-il vanté, évoquant la perspective du "plein emploi, soit un niveau de chômage de 5 ou 6%, sous deux ans".

Deux importants volets sont encore attendus par voie d'amendements dans ce budget: le plan d'investissement "France 2030" de plusieurs dizaines de milliards d'euros qu'Emmanuel Macron détaillera mardi et le "revenu" ou "contrat d'engagement" pour les jeunes, encore nimbé d'incertitudes.

- "Electoraliste" -

Très offensif, le LR Gilles Carrez, a attaqué le gouvernement pour son budget "insincère", redoutant une "manipulation". "Ce budget est de courte vision comme s'il y avait une élection en 2022 et met en danger les finances publiques de notre pays", a-t-il tonné.

Auparavant, son collègue de droite Eric Woerth (LR) président de la commission des Finances, a plus posément dénoncé un "budget inachevé" et la "hausse des dépenses ordinaires" qui risque d'aboutir à une "hausse structurelle de la dépense publique".

A gauche, la socialiste Claudia Rouaux a pointé à son tour un "budget électoraliste et à trous". Elle a en outre déploré "l'absence de mesures" de solidarité "pour faire contribuer" les plus aisés. Le communiste Alain Bruneel a condamné "cinq ans d'une politique économique qui a favorisé les nantis et les entreprises".

Dans la matinée, le chef de file des députés LREM Christophe Castaner s'était employé à louer les mesures en faveur du "pouvoir d'achat de ceux qui travaillent" depuis le début du quinquennat: hausse de la prime d'activité, baisse des cotisations sociales sur le revenu du travail, défiscalisation des heures supplémentaires...

Ce texte a valu à l'exécutif des remontrances du Haut conseil des finances publiques, qui n'a pu rendre un avis "pleinement éclairé" sur ce projet de loi de finances et la "plausibilité" du déficit prévu à 4,8% du PIB en 2022, pour une dette toujours vertigineuse, attendue à 114% du PIB.

Bruno Le Maire a promis de saisir à nouveau cette instance le 22 octobre, pour lui soumettre le projet de loi de finances actualisé "notamment avec le chiffre de croissance révisé".

Et "notre déficit public ne dépassera pas 5% en 2022 en incluant le plan d'investissement et les mesures répondant à la hausse du prix de l'énergie", a-t-il assuré.

- "Stabilité fiscale" -

Le gouvernement revendique un budget "de retour à la normale", après le "quoi qu'il en coûte" face au Covid-19. Bercy promet de consacrer à la réduction du déficit une partie des meilleures recettes attendues grâce à une croissance dynamique cette année (+6,25%, puis +4% en 2022 selon le gouvernement).

Les annonces d'Emmanuel Macron et de Jean Castex se sont toutefois multipliées ces dernières semaines, entre plan pour les indépendants, coup de pouce à MaPrimeRénov, Beauvau de la sécurité, plan pour Marseille...

Et l'exécutif compte tenir ses "engagements" des lois de programmation, avec l'augmentation de moyens alloués aux missions régaliennes - Intérieur, Justice, Armées - ainsi qu'à l'Education et à la Recherche.

"Oui nous augmenterons les ministères, notamment celui de l'Intérieur qui avait été dépecé pendant certains quinquennats précédents", a lancé le rapporteur général du Budget Laurent Saint-Martin (LREM), en réponse aux attaques de la droite.

La majorité souligne aussi la "stabilité fiscale" de ce cru 2022, sans changements notables, si ce n'est la poursuite de mouvements engagés avant la crise.

Ainsi, les 20% de ménages les plus aisés qui payent encore une taxe d'habitation verront son montant encore réduit, avant sa suppression totale prévue en 2023.

Lundi, l'Assemblée nationale a démarré la première partie consacrée aux recettes, avec quelque 2.000 amendements à la clé, en vue d'un vote solennel le 19 octobre. Puis viendra le second volet dévolu aux dépenses et la navette parlementaire avec le Sénat, pour une adoption définitive avant Noël.

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