L'Equateur à son tour confronté à la vague de migrants vénézuéliens

Publié le à Quito (AFP)

Les ampoules de ses pieds sèchent encore. A 60 ans, José a fui le Venezuela en crise de Nicolas Maduro. Mais voyant la Colombie voisine débordée face à l'afflux de ses compatriotes, il a marché pendant des jours pour rejoindre l'Equateur.

Son pays "manquait de tout". C'est ce qui a poussé José Carrizales a prendre la route, en compagnie de ses trois enfants et son beau-fils.

Parti de la ville de Valencia (nord) il y a un mois et demi, il a traversé la frontière, où il n'imaginait pas voir autant de personnes comme lui.

"La Colombie est vraiment trop, trop débordée par les Vénézuéliens", assure-t-il.

Il a donc repris son expédition vers Quito, en marchant cette fois, avec l'aide intermittente de quelque conducteurs solidaires.

Une traversée de 15 jours et 1.200 kilomètres, qui s'est arrêtée sous un abri de fortune à proximité de la gare de bus du nord de la capitale équatorienne.

Plus d'une centaine de Vénézuéliens vivent sous des bâches en plastique noir attachées à un arbre. Sous leurs pieds, l'herbe a disparu, et la poussière vole au milieu de tentes, où les enfants se serrent les uns contre les autres pour se réchauffer.

Il sont plus de 4.000 par jour à imiter José, selon le Haut-Commissariat de l'ONU pour les réfugiés. Un peu plus d'un demi-million de Vénézuéliens se sont réfugiés en Equateur depuis le début de l'année, indique cette agence.

La plupart d'entre eux fuient à pied le Venezuela, dans des conditions précaires. Seuls 20% de ceux qui arrivent en Equateur y restent, les autres continuent leur périple vers le Pérou et le Chili, selon le HCR.

Selon William Spindler, porte-parole du HCR "l'exode des Vénézuéliens est un des mouvements de population les plus importants de l'histoire de l'Amérique latine", mais les Nations unies ne disposent toutefois pas de chiffres globaux sur cette crise en raison de la "porosité" des frontières, en particulier avec la Colombie.

- "On était en train de sombrer" -

Bien qu'il dorme dans la rue, José à l'impression de revivre. Au Venezuela, "on était en train de sombrer".

"Tout a dérapé à point inimaginable. J'ai encore du mal à y croire", assure-t-il, profondément triste.

A Venezuela, autrefois un riche pays pétrolier, les habitants, étranglés par la crise économique, souffrent de pénuries qui touchent les produits de première nécessité, notamment les médicaments et les produits alimentaires.

L'inflation pourrait atteindre 1.000.000% fin 2018 selon le Fonds monétaire international (FMI), et le PIB devrait s'effondrer de 18%.

Pour l'heure, assis sur une planche en bois, il attend que les ampoules de ses pieds finissent de sécher.

Nombre de Vénézuéliens ont préféré se rendre en Equateur, après avoir vécu une mauvaise expérience en Colombie, assurent-ils.

Jhony Mora, 23 ans, y a tenté sa chance sept mois durant. Mais "avec ce qu'on me payait, je n'y arrivais plus".

Il a alors mis toutes ses affaires dans un sac à dos pour se rendre au Pérou. Mais en chemin, il a trouvé un travail de maçon à Quito payé en dollars, la monnaie officielle en Equateur.

Un aubaine pour les Vénézuéliens, qui peuvent ainsi envoyer de l'argent dans leur pays, où le salaire minimum est de 5,9 millions de bolivars, soit 1,6 dollars au marché noir, la référence de facto.

"En Colombie, on nous regardait mal, nous les Vénézuéliens", raconte à l'AFP Nazareth Viloria, qui dort avec ses trois enfants de 5, 4 et 1 an dans une tente.

D'autres, inscrivent sur une pancarte "Vénézuélien à la recherche d'un emploi".

La solidarité entre compatriotes s'organise. Assis à une table en plastique devant quelques boîtes de médicaments, Miguel Ochoa, qui travaillait dans un service d'urgences au Venezuela, donne des consultations improvisées.

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