La cheffe de l'opposition bélarusse demande à Poutine "d'écouter le peuple"

Publié le à Vilnius (AFP)

La cheffe de file en exil de l'opposition bélarusse, Svetlana Tikhanovskaïa a appelé les dirigeants russes, dans un entretien avec l'AFP, à "écouter le peuple" qui proteste massivement contre l'emprisonnement de l'opposant Alexeï Navalny.

Mme Tikhanovskaïa, dont le mari a été emprisonné au Bélarus l'année dernière après avoir tenté de se présenter à la présidentielle, a établi un parallèle entre son sort et celui de l'épouse de M. Navalny, Ioulia.

Elle l'a exhortée à "tenir bon, se battre et avoir la foi".

"Lorsqu'ils emprisonnent nos maris pour leur campagne (électorale, ndlr), pour leur désir d'améliorer la vie dans nos pays, nous, les épouses, ne pouvons que les remplacer et les soutenir comme nous le pouvons", a-t-elle déclaré.

Selon elle, les dirigeants russes devraient "avant tout écouter le peuple, ses demandes, découvrir ce qui ne va pas et essayer de résoudre ce problème de manière civilisée, sans matraque ni pistolet paralysant".

L'emprisonnement de M. Navalny, opposant n°1 à Vladimir Poutine qui a accusé le président russe de corruption, a conduit à une vague de manifestations à travers la Russie qui ont été durement réprimées.

Le président Poutine est un proche allié du dirigeant autoritaire bélarusse Alexandre Loukachenko, réélu pour la sixième fois l'année dernière lors d'une élection que l'UE considère comme illégitime.

Mme Tikhanovskaïa, candidate de l'opposition, a alors dû fuir vers la Lituanie voisine.

- 'Le régime va s'effondrer' -

S'exprimant presque six mois après le début des manifestations dans son pays, Mme Tikhanovskaïa a estimé que le système politique bélarusse "tremblait".

"Le régime va s'effondrer de l'intérieur", a-t-elle dit, soulignant qu'un nombre croissant de responsables des forces de l'ordre divulguaient des informations sur des violations présumées des droits de l'Homme par la police.

"Cela n'arrivera pas par magie. Les Bélarusses doivent faire cela étape par étape, maintenir constamment la pression ... C'est le seul moyen", a-t-elle insisté.

Elle a réitéré ses appels à des sanctions supplémentaires "lourdes et de grande envergure" de l'UE, affirmant que les sanctions existantes avaient été "très mesurées et que cela a déçu de nombreux Bélarusses".

Mme Tikhanovskaïa et son équipe ont mis en place une base de données publique en ligne pour enregistrer d'éventuelles violations des droits de l'Homme par les autorités bélarusses qui, espère-t-elle, déboucheront à terme sur des poursuites en justice.

La Lituanie a déjà ouvert une enquête en vertu du principe de compétence universelle, et l'opposante espère que davantage de pays suivront son exemple.

Elle a appelé à de nouvelles élections au Bélarus auxquelles M. Loukachenko, au pouvoir depuis 1994, ne serait pas autorisé à se représenter.

Le dirigeant bélarusse a exclu un nouveau scrutin.

L'opposante, âgée de 38 ans et mère de deux enfants, qui s'était présentée aux élections lorsque son mari a été empêché de le faire, avait dans un premier temps exclu de se présenter à un nouveau scrutin, mais aujourd'hui ne s'oppose plus à une telle possibilité.

"Si on a besoin de moi à ce moment-là, si je suis utile aux Bélarusses (...), alors bien sûr, je serai là", a-t-elle déclaré.

"Mais si je vois que tout est entre de bonnes mains ... je retournerai à une vie normale, la conscience tranquille, avec mes enfants et mon mari."

Jusqu'à présent, son mari Sergueï, un blogueur populaire de 42 ans, reste en prison, accusé d'avoir organisé "des troubles à l'ordre public". Les deux époux ne peuvent communiquer que par l'intermédiaire d'un avocat.

"On ne peut ni s'appeler ni se voir, on s'envoie juste des lettres" portées par l'avocat. "Cela fait huit mois donc, bien sûr, il est fatigué ... Mais il tient bon. Il fait confiance aux Bélarusses et il a confiance en moi."

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