La crise politique au Népal relance les affaires des fabricants de drapeaux

Publié le à Katmandou (AFP)

Depuis la dissolution du parlement népalais par le Premier ministre en décembre, le parti au pouvoir est déchiré en deux factions, ce qui entraîne de nombreuses manifestations dans le pays himalayen et fait les bonnes affaires des fabricants de drapeaux, fanions et autres bannières.

Quand en décembre, le Premier ministre K.P. Sharma Oli a brusquement dissous le Parlement après avoir accusé les membres du Parti communiste, sa propre formation, de ne pas coopérer, le Népal a aussitôt été plongé dans une nouvelle période d'incertitude politique, après des années d'instabilité et de gouvernements éphémères.

Mais pour le propriétaire d'une imprimerie, Umesh Babu Shrestha, cette crise politique s'est traduite par un rebond salvateur de ses ventes après neuf mois à tirer le diable par la queue en raison de la pandémie de Covid-19.

Sa boutique de Katmandou déborde désormais de drapeaux de toutes les formations, factions comprises, de l'éventail politique complexe du pays de 29 millions d'habitants.

"Les affaires se sont vraiment améliorées. Cela nous donne l'espoir de pouvoir payer nos factures à présent, sinon, il n'y a pas beaucoup d'autre activité", a confié M. Shrestha à l'AFP.

- Signe distinctif idéologique -

L'odeur de l'encre emplit l'air tandis que des étoiles rouges sont estampées sur des pièces de tissu taillées les unes après l'autre. Ensuite, les drapeaux sont suspendus à sécher partout où il reste de la place.

Depuis décembre, plus d'une dizaine d'ordonnances ont été déposées devant la Cour suprême pour contester la dissolution et les manifestations se sont multipliées, marquées par des affrontement avec les forces de l'ordre.

Les manifestants, qu'ils soient pour ou contre le Premier ministre K.P. Sharma Oli, 69 ans, ancien prisonnier politique au pouvoir depuis 2018, sont tous munis de drapeaux ou fanions aux couleurs de leur groupe politique.

Pour Hem Bahadur Shrestha, un leader politique local, les drapeaux sont "une marque de (son) identité et un signe distinctif de (son) idéologie".

"Les partisans d'autres partis politiques brandissent un drapeau différent. Nous sommes avec le Parti communiste népalais et c'est notre drapeau", s'est-il exclamé en exhibant ses couleurs lors d'une récente manifestation.

Kailash Shah, un autre propriétaire d'imprimerie, ne faisait plus tourner son affaire depuis un an, comme ses confrères. Mais la demande, en provenance de tout le pays, est si bien repartie qu'il a dû embaucher quatre nouveaux ouvriers pour l'aider à faire face.

- 3.000 drapeaux vendus par jour -

Les principaux magasins de drapeaux vendent maintenant jusqu'à 3.000 drapeaux par jour, et la demande devrait rester forte malgré l'annulation par la Cour suprême du Népal mardi de la dissolution du Parlement, qualifiée d'"inconstitutionnelle", et la convocation d'une session d'ici treize jours.

Cette annonce a aussitôt été saluée par l'opposition mais aussi par les membres de la faction dissidente du parti du Premier ministre.

La dissolution du parlement était intervenue après des mois de conflit entre M. Oli et Pushpa Kamal Dahal, ancien chef rebelle maoïste l'ayant aidé à accéder au pouvoir en 2018, lorsque leurs partis ont fusionné.

Les deux hommes s'étaient précédemment affrontés sur leur accord de partage du pouvoir et au sujet d'un manque de consultation.

"Nous sommes obligés de descendre dans la rue pour protester contre cet acte anticonstitutionnel", avait déclaré à l'AFP Bishnu Rijal, un leader du Parti communiste, au début du mois, lors d'une grève générale appelée pour protester contre la dissolution.

Le gouvernement de K.P. Sharma Oli essuie en outre des accusations de corruption et a été critiqué pour sa gestion de la pandémie de Covid-19.

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