"La fête est finie": début du couvre-feu pour 20 millions de Français

Publié le à Paris (AFP)

"Chacun chez soi de 21h00 à 6h00": quelque 20 millions de Français se préparent à vivre samedi leur première soirée sous couvre-feu, mesure prise par le gouvernement pour enrayer l'épidémie de coronavirus qui rebondit fortement, avec le risque de saturer les hôpitaux.

Ce confinement nocturne frappe les habitants d'Île-de-France et des métropoles de Lyon, Lille, Toulouse, Montpellier, Saint-Etienne, Aix-Marseille, Rouen et Grenoble.

Sont exemptées les personnes qui rentrent du travail ou d'un lieu d'études ou s'y rendent, font valoir un impératif de santé, doivent rendre visite à un proche en situation de dépendance, garder des enfants, répondre à une convocation judiciaire ou administrative ou promener leur animal de compagnie dans un rayon d'un kilomètre. Sur le chemin ou à la sortie des gares et aéroports, les billets d'avion et de train feront foi.

Une mesure qui fragilise une nouvelle fois les restaurateurs, déjà soumis à rude épreuve avec le confinement, et pour qui la deuxième partie de la soirée représente une importante partie de leur chiffre d'affaires.

"Un couvre-feu à 21 heures c’est n’importe quoi, c’est un horaire bâtard", s'insurge Hubert de Faletans, patron du restaurant L'Esprit du Sud-ouest à Blagnac, près de Toulouse, dont les 120 couverts sont passés à 80 en raison du protocole sanitaire déjà mis en place.

"Un restaurant commence à travailler entre 19H00 et 21H00. On ne comprend pas pourquoi on n’a pas mis le couvre-feu à 23H00; au moins que l’on puisse faire vraiment un premier service", ajoute ce restaurateur qui fait le plus gros de son chiffre d'affaires après 21H00.

- "Marre" -

"J’en ai marre, ils changent toutes les cinq minutes. Ils naviguent à vue et ça devient fatigant. Cette fermeture à 21H00 ça n’aura aucun effet (sur l’épidémie). Ils ne s’attaquent pas au bon endroit", s'indigne Gérard, le gérant d'un restaurant toulousain dans le quartier de la gare. "Presque tous les jours, j’ai un ou deux jeunes qui passent me demander du boulot. J’ai jamais vu ça", alerte-t-il, inquiet des conséquences économiques.

Le monde de la culture est lui aussi sous le choc après le veto du Premier ministre de procéder à un assouplissement du couvre-feu pour ce secteur frappé de plein fouet par la crise sanitaire. Et tente de s'adapter en proposant des horaires, tôt le matin ou en fin de journée.

Comme pendant le confinement, les personnes sortant pendant le couvre-feu devront se munir d'attestations de déplacements (à imprimer ou télécharger sur leur téléphone). Tout contrevenant s'exposera à une amende de 135 euros puis, en cas de double récidive (trois fraudes au total), à six mois de prison et 3.750 euros d'amende.

Quelque 12.000 policiers et gendarmes, auxquels s'ajoutent les équipes de police municipale, doivent être déployés pour faire respecter ces règles.

Les policiers ont toutefois été invités à faire preuve de "pédagogie" et de "discernement", en évaluant "la bonne ou la mauvaise foi" des personnes contrôlées, a expliqué à l'AFP une source policière.

- Dernier verre -

Alors que débutent les vacances de la Toussaint, le gouvernement n'a en revanche pas interdit les déplacements dans le pays, mais certains territoires ont voulu anticiper un afflux de touristes, comme la station balnéaire du Touquet, qui va instaurer à son tour un couvre-feu.

Le gouvernement défend les couvre-feux comme la seule mesure qui permette d'éviter un reconfinement, au moment où les indicateurs évaluant l'épidémie de coronavirus se dégradent un peu partout en Europe.

Comme dans une ambiance de réveillon, au centre de Paris et dans les autres grandes villes concernées, des milliers de consommateurs ont savouré vendredi jusqu'à tard, une dernière tournée des bars, un verre en terrasse ou un dîner en ville.

Prévu pour au moins quatre semaines, le couvre-feu pourrait être étendu si l'épidémie ne donne pas de signe d'accalmie. Le président Macron a déjà évoqué la date du 1er décembre.

La France a enregistré entre jeudi et vendredi 122 décès liés au Covid-19, un chiffre qui grimpe, tout comme les entrées en réanimation. Le nombre total de décès s'élève désormais à 33.303, et plus de 20.000 cas positifs en moyenne sont enregistrés par jour.

Le Premier ministre Jean Castex a promis vendredi, en visite au CHU de Lille, l'"appui" du gouvernement à des soignants inquiets face à l'ampleur de la deuxième vague.

En région Rhône-Alpes, les interventions non urgentes ont été déprogrammées pour 15 jours, l'intensification de la circulation du virus impactant "fortement l'offre de soins", selon l'Agence régionale de santé pour qui "le risque de saturation de ces services est désormais réel à court terme".

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