La France prépare son épineux déconfinement, la récession se confirme

Publié le à Paris (AFP)

Après l'envolée spectaculaire du chômage, la chute historique du PIB et de la consommation des ménages: la récession liée à la pandémie de Covid-19 se confirme en France, à l'heure où le gouvernement consulte les partenaires sociaux sur les délicates modalités du déconfinement.

Les deux premières semaines de confinement ont suffi à plonger la France dans la récession, avec une contraction de 5,8% du PIB au premier trimestre, selon une estimation dévoilée jeudi par l'Insee. Il s'agit de la baisse la plus forte dans l'historique des évaluations trimestrielles du PIB débutées en 1949, dépassant largement les reculs du premier trimestre de 2009 (-1,6%) lié à la crise financière de 2008, ou du deuxième trimestre de 1968 (-5,3%), marqué par les mouvements sociaux de mai.

La chute de l'activité "est principalement liée à l'arrêt des activités +non essentielles+" avec l'instauration du confinement à partir de la mi-mars", pour endiguer l'épidémie de Covid-19, explique l'Institut national de la statistique.

Autre indicateur qui confirme la récession: les dépenses de consommation des ménages ont chuté de 17,9% en mars par rapport à février en raison du confinement, soit la plus forte baisse mensuelle enregistrée depuis 40 ans que cet indicateur est mesuré

Ces mauvaises nouvelles, qui étaient attendues, sont tombées au moment où le Premier ministre Edouard Philippe consulte patronat et syndicats sur les modalités du déconfinement qui doit débuter le 11 mai. L'enjeu est immense: remettre les Français au travail pour relancer une économie asphyxiée sans déclencher une deuxième flambée de l'épidémie, redoutée dans les hôpitaux.

- Un bilan toujours lourd -

D'une façon ou d'une autre, pour Bruno Le Maire, le ministre de l'Economie, "il faut qu'un maximum de Français reprennent le travail", alors que le chômage a connu une envolée historique en mars (+7,1%).

Dans ce contexte, le secrétaire général de Force ouvrière Yves Veyrier a réclamé que le dispositif du chômage partiel soit prolongé, alors que le gouvernement prévoit de réduire la voilure à partir de juin.

Le Premier ministre a prévenu que "si les indicateurs (épidémiologiques) ne sont pas au rendez-vous, nous ne déconfinerons pas le 11 mai" ou alors "plus strictement".

Car, sur le front sanitaire, le bilan reste lourd, avec 427 décès supplémentaires en France au cours des dernières 24 heures, faisant grimper le bilan à 24.087 morts depuis le 1er mars. Pour la première fois, un décès lié au Covid-19 est survenu mercredi en Lozère, dernier département épargné jusqu'alors.

Cependant, la décrue amorcée depuis trois semaines en réanimation se confirme, avec 180 patients en moins mercredi.

Dans cette situation fragile, Edouard Philippe a demandé "avec insistance" aux entreprises de maintenir le télétravail autant que possible et de veiller à équiper les salariés en masques dans le cas contraire.

- Vert ou rouge: une carte cruciale -

Avant de réunir les partenaires sociaux, le Premier ministre s'était entretenu mercredi avec les élus locaux et acteurs de terrain, désormais en première ligne dans la mise en oeuvre du déconfinement, en particulier sur la question sensible de la réouverture des écoles.

Facteur clé de la reprise, le gouvernement doit publier dans la soirée une première carte dévoilant les fameux départements verts et rouges, et donnera un début de visibilité aux Français.

Cette carte, qui sera présentée désormais tous les soirs par le directeur général de la santé, dira dans quels départements la circulation du virus est moindre, passeport pour un déconfinement plus large (vert), et ceux où le virus est à l'inverse plus répandu (rouge), obligeant à plus de retenue.

Elle pourra ensuite évoluer tous les jours avant d'être "cristallisée" le 7 mai: chaque département sera alors fixé sur sa catégorie "rouge" ou "verte".

Sur le front de l'éducation, des mesures strictes d'hygiène pourraient régir le retour à l'école à compter du 11 mai, selon un document de travail du protocole sanitaire obtenu par l'AFP: lavage de mains à répétition durant la journée, jeux proscrits, désinfection du matériel entre chaque enfant.

Autre détail de la vie quotidienne: les joggeurs et les cyclistes pourront pratiquer leurs activités sans attestation et sans limitation de durée, mais en respectant dix mètres minimum de distance.

Quoi qu'il en soit, les Français vont devoir "vivre avec le virus", avait prévenu M. Philippe en présentant sa feuille de route devant les députés, soulignant que le déconfinement était "une partie redoutable", dans laquelle aller "trop loin", d'un côté comme de l'autre, pouvait mener à "la catastrophe".

- Arrêt de la saison en Ligue 1 ? -

La reprise économique prendra ainsi "du temps", estime l'Insee, et la sortie du confinement ne s'accompagnera pas d'un retour immédiat à la normale", selon Julien Pouget, le chef de son département de la conjoncture.

Certains secteurs sont particulièrement durement touchés, comme l'hôtellerie-restauration ou les métiers de l'événementiel. Et le monde de la culture, sonné depuis que le rideau s'est baissé à la mi-mars sur les musées, concerts, théâtres, cinémas et festivals, restera encore gelé après le déconfinement, avec une reprise programmée seulement pour les petits musées.

Dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron publiée jeudi dans Le Monde, un collectif de personnalités et acteurs dont Jeanne Balibar, Catherine Deneuve, Jean Dujardin et Omar Sy, ont demandé une prolongation des droits des intermittents du spectacle d’une année au-delà des mois où toute activité aura été impossible.

Ces artistes regrettent notamment qu'Edouard Philippe ait "oublié" de parler du secteur culturel, lors de sa conférence de presse du 19 avril, et rappellent que "le secteur fait vivre 1,3 million de personnes".

Sur le front du sport, lui aussi frappé de plein fouet par la crise, la Ligue de football professionnelle a convoqué dans l'après-midi son conseil d'administration, qui doit acter l'arrêt définitif de la saison en Ligue 1 et Ligue 2, suspendue mi-mars.

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