La guerre entre dans Kiev, "crime de guerre majeur" à Marioupol selon l'UE

Publié le à Kiev (AFP)

La guerre entre dans Kiev: un centre commercial de la capitale ukrainienne a été ravagé par un bombardement meurtrier russe, Moscou affirmant avoir ciblé une cache d'armes, tandis que l'Union européenne a qualifié lundi la dévastation de la ville assiégée de Marioupol de "crime de guerre majeur".

Au 26e jour de l'invasion de l'Ukraine décidée par le président russe Vladimir Poutine, les bombardements se poursuivent sur nombre de villes: Kiev, Kharkiv, Marioupol, Odessa, Mykolaïv...

Le maire de la capitale, Vitali Klitschko, a annoncé un nouveau couvre-feu entre lundi 20H00 (18H00 GMT) et mercredi 07H00 (05H00 GMT). Il a appelé les habitants à porter des masques et ne pas ouvrir les fenêtres, à cause de la pollution causée par les incendies dus aux bombardements.

Les Russes "n'ont pas réalisé d'avancées majeures" dimanche, mais "se préparent à déployer davantage" d'artillerie autour de la capitale, a estimé l'Institute for the study of war (ISW), un think-tank américain.

Selon le ministère de la Défense britannique, l'armée russe, qui tente d'encercler Kiev, a "calé" au nord-est de la ville et a été "repoussée par une résistance ukrainienne féroce" au nord-ouest.

Tard dimanche soir, une puissante frappe russe, vraisemblablement un missile, a détruit l'immense centre commercial "Retroville", dans le nord-ouest de Kiev, secouant toute la ville.

Selon Moscou, le centre commercial "inopérant" servait de dépôt d'armements. "Une batterie de lance-roquettes multiples et une base de stockage de leurs munitions a été détruite avec des armes de précision à longue portée", a déclaré le ministère russe de la Défense.

L'AFP a vu, sous leur linceul de plastique, six cadavres sortis des décombres. Il s'agissait d'hommes vêtus d'effets militaires, laissant à penser que des soldats dormaient sans doute là. Les restes d'un énorme bloc moteur, fiché dans le sol, et des morceaux de carcasses d'acier vert caractéristiques font inévitablement penser à des engins blindés.

"Mon appartement a vacillé sous le souffle de l'explosion, j'ai cru que l'immeuble allait tomber", s'étonne encore Vladimir, 76 ans, tandis que les secours recherchaient des restes humains dans les décombres.

De l'avis de tous sur le site, il s'agit de l'attaque la plus violente contre Kiev depuis le début de la guerre.

L'explosion a détruit les vitres de tout le quartier et endommagé une dizaine d'immeubles. Débris, véhicules anéantis et ferrailles tordues jonchaient la scène sur des centaines de mètres, a constaté l'AFP.

D'un immeuble de 10 étages carbonisé, il ne reste que la structure en béton - "les bureaux du centre commercial, heureusement il n'y avait personne", explique un riverain.

- Marioupol ravagée -

Dans la région de Donetsk (est), au moins un civil a été tué et deux blessés à Avdiivka, petite ville industrielle bombardée par l'artillerie et l'aviation russes, selon Pavlo Kyrylenko, chef militaire ukrainien de la région.

A Marioupol, grande ville portuaire du sud, majoritairement russophone, assiégée et bombardée depuis des semaines par les Russes, 350.000 habitants restent bloqués dans des ruines jonchées de cadavres, manquant de tout.

Moscou avait demandé dimanche aux défenseurs de la ville de "déposer les armes", mais l'Ukraine "ne peut accepter aucun ultimatum de la Russie", a rétorqué lundi le président ukrainien Volodymir Zelensky. "Il faut d'abord tous nous détruire".

Selon Mikhail Mizintsev, directeur du Centre national russe de gestion de la défense, Moscou a ouvert lundi matin "des corridors humanitaires depuis Marioupol vers l'est, et en accord avec la partie ukrainienne, vers l'ouest".

Mais "les occupants continuent à se comporter comme des terroristes", a répliqué la vice-Première ministre ukrainienne Iryna Verechtchouk sur Telegram. "Ils disent qu'ils sont d'accord (pour instaurer un) corridor humanitaire et le matin, ils bombardent le lieu d'évacuation".

Marioupol, cible stratégique pour les Russes, constitue un pont terrestre entre leurs forces en Crimée, au sud-ouest, et les territoires qu'ils contrôlent au nord et à l'est.

Selon l'administration militaire de la région de Donetsk, "plus de 80% des infrastructures de la ville sont endommagées ou détruites". La situation humanitaire y est "extrêmement grave", selon l'ONU, avec "une pénurie critique et potentiellement mortelle de nourriture, d'eau et de médicaments".

Pour le chef de la diplomatie de l'UE, Josep Borrell, "ce qui se passe à Marioupol est un crime de guerre majeur".

"Les bombardements indiscriminés dévastent la ville et tuent tout le monde", a-t-il dénoncé.

Pour le ministre ukrainien de la Défense Oleksii Reznikov, "aujourd'hui Marioupol sauve Kiev, Dnipro (centre) et Odessa" (sud) en bloquant les Russes.

Mais "la situation est très difficile" face à "un ennemi très supérieur numériquement et la menace d'une invasion terrestre de l'armée" du Bélarus, allié de Moscou, a-t-il ajouté.

L'armée ukrainienne a affirmé lundi que les Russes ont perdu 15.000 soldats, tandis que M. Zelensky annonçait 1.300 militaires ukrainiens tués le 12 mars - des chiffres impossibles à vérifier. Des sources du renseignement américain citées par le New York Times avancent plus de 7.000 Russes tués.

- Moscou fustige Biden -

Cherchant à mobiliser toujours plus la communauté internationale, M. Zelensky a appelé lundi l'UE à cesser tout commerce avec la Russie, notamment concernant "les ressources énergétiques". "Sans commerce avec vous, sans vos entreprises et vos banques, la Russie n'aura plus d'argent pour cette guerre", a-t-il lancé.

Les Européens, très dépendants des hydrocarbures russes, ont jusqu'ici exclu de sanctionner ce secteur, très important pour l'économie de la Russie.

Le Kremlin a de son côté averti qu'un embargo européen sur le pétrole russe frapperait "tout le monde".

Les prix du Brent, référence du pétrole en Europe, et du WTI américain ont bondi lundi de plus de 6%, dépassant les 110 dollars le baril.

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense de l'UE étaient néanmoins réunis à Bruxelles pour examiner de nouvelles sanctions contre Moscou.

L'UE devrait aussi approuver la constitution d'une force de 5.000 combattants et s'engager sur une augmentation de ses dépenses militaires - afin d'être en mesure de mener seule des interventions d'ici 2025.

L'UE a déjà adopté plusieurs trains de sanctions contre Moscou, ciblant massivement entreprises, banques, hauts responsables et oligarques, et interdisant les exportations vers la Russie.

Les Européens se préparent également à une intense activité diplomatique cette semaine avec l'arrivée mercredi du président américain Joe Biden qui participera jeudi à un sommet extraordinaire de l'Otan, une réunion du G7 et un sommet de l'UE. Il se rendra vendredi et samedi en Pologne, principal pays d'arrivée des réfugiés ukrainiens.

Près de 3,5 millions de personnes - essentiellement des femmes et des enfants - ont fui l'Ukraine depuis le 24 février, selon le décompte de l'ONU publié lundi.

Dès ce lundi, une visioconférence était prévue à 15H00 GMT entre M. Biden et les dirigeants français Emmanuel Macron, britannique Boris Johnson, allemand Olaf Scholtz et italien Mario Draghi.

A Moscou, le ministère russe des Affaires étrangères a lui estimé que le président Biden avait conduit les relations russo-américaines "au bord de la rupture" par ses déclarations "indignes" visant Vladimir Poutine, qu'il a qualifié de "criminel de guerre". L'ambassadeur américain a été convoqué lundi.

Victime collatérale de la guerre en Ukraine: les négociations russo-japonaises sur le sort de quatre petites îles de l'archipel des Kouriles. Moscou a annoncé lundi abandonner les pourparlers, arguant de la "position inamicale" de Tokyo face au conflit en Ukraine.

En russie, ce sont les géants américains des réseaux sociaux Facebook et Instagram qui ont été interdits lundi pour "extrémiste". Moscou vise un contrôle total de l'information en ligne.

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