La Slovénie vote sur fond d'inquiétudes pour l'Etat de droit

Publié le à Ljubljana (AFP)

Les Slovènes se rendent aux urnes dimanche pour élire leurs députés, avec en jeu la reconduction ou non du controversé Premier ministre conservateur Janez Jansa, accusé de copier le style autoritaire du Hongrois Viktor Orban.

Le dirigeant de 63 ans est donné au coude-à-coude avec le candidat libéral Robert Golob, ex-entrepreneur dans l'énergie solaire récemment converti à la politique.

Pour l'ingénieur de 55 ans, ce vote est "un référendum sur la démocratie en Slovénie", où 1,7 million d'électeurs sur une population de 2 millions sont attendus dans les bureaux ouverts de 07H00 (05H00 GMT) à 19H00 (17H00 GMT).

"Espérons que nos voeux de changement ne s'envoleront pas", confie Iva Babic, venue manifester vendredi dans la capitale Ljubljana. Si M. Jansa reste au pouvoir, "on risque de franchir un point de non-retour", s'inquiète-t-elle.

La trentenaire salue "le réveil de la société civile", alors que les rassemblements ont été nombreux dans le pays alpin depuis le retour au pouvoir en mars 2020 de ce vieux routier.

- Choc des visions -

Au cours de ces deux années, son gouvernement "s'est livré à des atteintes répétées à l'Etat de droit et aux institutions démocratiques", note l'influente ONG américaine Freedom House dans son rapport annuel publié cette semaine, citant "les attaques" contre l'appareil judiciaire et les médias.

Admirateur assumé de l'ancien président américain Donald Trump et allié de l'ultra-conservateur Orban, Janez Jansa a privé pendant des mois de fonds publics l'agence de presse nationale STA, au ton jugé trop critique.

Et face aux avertissements de la Commission européenne, il a étrillé des "bureaucrates surpayés", multipliant les passes d'armes avec Bruxelles.

Interrogé par l'AFP, Uros Esih, commentateur politique du grand quotidien Delo, voit dans ce scrutin "un combat entre les forces libérales et illibérales".

Il craint qu'une victoire de Janez Jansa ne rapproche la Slovénie de la Hongrie, où M. Orban, largement réélu début avril, a muselé les institutions.

La Slovénie, "auparavant perçue comme un modèle en Europe de l'Est", est devenue "un des plus gros semeurs de troubles, avec des libertés qui se restreignent" chaque jour davantage, selon l'analyste Valdo Miheljak.

- Accusations "sans fondement" -

S'il est élu, M. Golob promet de renouer avec la "normalité".

D'après les dernières estimations, son Mouvement de la liberté recueillerait 27,7% des suffrages. Il peut en outre compter sur le soutien de plusieurs formations du centre-gauche pour réunir une majorité au sein du Parlement de 90 sièges.

Pas très loin derrière avec 24% des voix, le Parti démocratique slovène (SDS) de Janez Jansa pourrait au contraire avoir du mal à bâtir une coalition.

Mais "l'incertitude" est grande, "la course s'annonce serrée et la formation d'un nouveau gouvernement difficile", souligne Marjan Kovac, retraité rencontré par l'AFP dans un café, à l'unisson des analystes qui mettent en garde contre des pronostics hâtifs.

Ce partisan de Janez Jansa balaie des critiques "sans fondement" et défend un Premier ministre "qui gère l'Etat avec sérieux et maîtrise".

Si dans la Hongrie voisine, la campagne des récentes législatives avait été dominée par la guerre en Ukraine, elle n'a pas influé sur les débats en Slovénie, où les différents partis s'accordent tous sur un soutien à Kiev.

Janez Jansa, farouchement antirusse, s'est rendu mi-mars sur place avec ses homologues polonais et tchèque, première visite de dirigeants étrangers dans la capitale ukrainienne assiégée.

Mais le sujet a vite été relégué au second plan et pour convaincre, les médias pro-gouvernement ont privilégié l'argument de la continuité.

"En deux ans, nous avons fait beaucoup. Imaginez ce que nous pourrions faire en quatre ans", clame le Premier ministre dans ses clips, vantant une croissance solide malgré la pandémie de Covid-19 et un faible taux de chômage.

Les sondages prédisent une participation en hausse (autour de 60%, contre 52% en 2018), sous l'effet de la mobilisation de nombreux bénévoles qui ont parcouru le pays à la rencontre des jeunes.

"Ce sont les élections les plus importantes depuis l'indépendance" en 1991 de cette nation issue de l'ex-Yougoslavie, assène Jansa Jenull, un des chefs de file du mouvement de contestation.

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