Le budget de la Sécu plombé pour des années par le Covid

Publié le à Paris (AFP)

Le Covid-19 n'a pas fini de peser sur la Sécu: après un déficit record cette année, une lourde perte est encore attendue en 2021, sans perspective de retour à l'équilibre, selon le projet de budget que le gouvernement a dévoilé mardi.

Plongée dans des abysses insondés à cause du confinement et de la récession, la Sécurité sociale s'apprête à passer encore plusieurs années en apnée.

Maigre consolation, le déficit devrait être moins lourd que prévu en 2020: 44,4 milliards d'euros, au lieu des 52 milliards prédits en juin, grâce à une récession moins profonde que redouté (-10% tout de même).

Mais le choc économique va réduire "durablement" les rentrées d'impôts et de cotisations, tandis que les dépenses vont continuer d'augmenter. Même avec le retour de la croissance en 2021 (+8%) et un tassement espéré du coût de l'épidémie, une nouvelle perte de 27,1 milliards est projetée l'an prochain.

La situation ne devrait pas s'arranger par la suite, puisque le gouvernement table sur "un déficit persistant, qui pourrait encore dépasser 20 milliards à horizon 2024", tout en envisageant "une réflexion sur les mesures nécessaires à une trajectoire de maîtrise des dépenses sociales (...) une fois le pic de la crise surmonté".

Pour l'heure, les quatre branches historiques de la Sécu (santé, retraite, famille, accidents du travail) se retrouvent dans le rouge cette année, pour la première fois depuis 2012.

Plus mal en point que les autres, l'assurance maladie (-30 milliards en 2020, -16,4 milliards en 2021) paie l'addition du coronavirus: au moins 10 milliards d'euros cette année pour les masques, les tests, les arrêts de travail...

Une facture qui devrait s'allonger l'an prochain, avec déjà 4,3 milliards provisionnés, dont 1,5 milliard pour une éventuelle campagne de vaccination.

S'y ajouteront 7,9 milliards de hausses de salaires et d'investissements, dans le cadre du "Ségur de la santé" censé concrétiser le "plan massif" qu'Emmanuel Macron a promis à l'hôpital public.

Au bout du compte, les dépenses de santé bondiront de 7,6% en 2020 - du jamais-vu - et progresseront encore de 3,5% en 2021 - un niveau inédit depuis plus de dix ans.

Elle aussi grevée par le Covid, l'assurance vieillesse (-7,9 milliards en 2020, -8 milliards en 2021) ne fera pas l'objet d'économies dans le projet de budget.

- Accumulation de dépenses -

Ce répit pourrait toutefois être de courte durée, car une nouvelle évaluation du déficit global des caisses de retraite est attendue début octobre, l'exécutif se tenant prêt à relancer sa réforme controversée afin d'instaurer le "système universel" voulu par le chef de l'Etat.

Même accalmie pour la branche accidents du travail (-0,3 milliard en 2020, +0,5 milliard en 2021), alors qu'une négociation entre syndicats et patronat sur la santé au travail doit s'achever en fin d'année.

Le gouvernement s'est en revanche ménagé une bouffée d'air avec le doublement du congé paternité (de 14 à 28 jours dont 7 obligatoires) annoncé par le président de la République la semaine dernière.

Cette mesure, qui doit entrer en vigueur en juillet 2021, coûtera 260 millions l'an prochain puis 520 millions en 2022, qui n'empêcheront pas la branche famille de revenir dans le vert (-3,3 milliards en 2020, +0,9 milliard en 2021).

La création d'une cinquième branche "autonomie" est également au programme, pour regrouper une grande partie des crédits destinés aux personnes handicapées et aux personnes âgées dépendantes.

Le ministre de la Santé, Olivier Véran, s'est engagé à la doter d'"au moins un milliard d'euros" supplémentaires en 2021, tandis que la loi "grand âge" promise depuis deux ans par M. Macron a de nouveau été repoussée au "début de l'année prochaine".

Face à l'accumulation de nouvelles dépenses, l'exécutif a exclu de "demander aux Français un effort fiscal", a prévenu le Premier ministre, Jean Castex. A une exception près: les complémentaires santé devront payer une "contribution exceptionnelle" (un milliard d'euros en 2021, 500 millions en 2022) au titre des sommes qu'elles n'ont pas dépensées pendant et après le confinement.

L'avant-dernier budget du quinquennat creusera donc un peu plus la dette. Un choix assumé par le gouvernement, qui a fait voter cet été la possibilité d'ajouter au "trou de la Sécu" jusqu'à 92 milliards de déficits cumulés sur la période 2020-2023. En deux ans, plus de 70 milliards auront déjà été soufflés par le Covid.

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