Le déséspoir des chiites afghans après le carnage de l'EI dans une mosquée

Publié le à Kunduz (Afghanistan) (AFP)

Shuja s'agenouille pour murmurer une prière, les doigts posés sur le petit tas de terre qui recouvre désormais le corps de son frère de 12 ans, Shaia, tué dans l'attentat-suicide de vendredi contre une mosquée chiite de Kunduz, ville du nord de l'Afghanistan.

Shaia était allé à la mosquée Sayed Abad de Kunduz pour la prière hebdomadaire, quand un kamikaze du groupe Etat islamique (EI) a déclenché sa veste explosive, tuant au moins 62 fidèles et blessant 200 personnes réunies dans le bâtiment bondé.

"C'est tellement dur maintenant", dit son frère, assommé par l'émotion, "il n'y a pas de mots pour décrire ce que j'ai dans le coeur".

Il s'agit de l'attentat le plus meurtrier depuis le départ des derniers soldats américains et étrangers d'Afghanistan, le 30 août. Et de la dernière attaque en date contre la minorité chiite du pays.

"Nous avons maintenant quatre martyrs dans notre famille et toutes les familles ont désormais un martyr", dit en tremblant Suja.

"On ne peut plus supporter ca, c'est fini, nous avons vécu trop d'année dans cette souffrance", ajoute-t-il.

Le jeune chiite de 19 ans, avait décidé de ne pas aller à la prière ce vendredi. Mais arrivé immédiatement après l'explosion, il s’est retrouvé face au corps de son frère mort. Et Suja s'est évanoui.

"Il y a des corps qui n'ont pu être retrouvés. Il y a des corps sans tête ou sans bras", assure-t-il.

- "en insécurité" -

Au cimetière de Sar-e-Dawara, le cliquetis des pelles des fossoyeurs résonne sur la terre aride.

Plus de 60 tombes ont dû être creusées à la hâte dans la matinée de samedi, pour que, conformément au rite funéraire musulman, les défunts puissent être enterrés au plus vite.

Les familles affluent, par petits groupes, auprès des dépouilles enroulées dans des linceuls blancs. Autour du trou fraîchement creusé dans la terre, plus de 70 personnes se pressent pour accompagner la dépouille d'un adolescent de 17 ans.

Certains sont agenouillés à même la fosse, pressant dans un ultime geste d'affection la silhouette enroulée de tissu contre eux.

Ahmadshah Hashemy, un des cousins du petit Sayed, mort dans l'attentat à 12 ans, explique à quel point il se sent désormais "en insécurité".

"C'est un désastre pour notre peuple et encore plus pour nous les chiites qui avons toujours été pris pour cibles", dit-il.

Les talibans, qui considèrent eux-mêmes les chiites comme "hérétiques", se sont pourtant portés garants dans de multiples déclarations de la sécurité de toutes les minorités du pays: chiites ou encore hindous.

- "des rêves" -

"Mais on voit que malheureusement cette attaque a visé les pauvres de notre communauté, la jeune génération qui n'avait rien à voir avec la politique", s'emporte cet ingénieur de 35 ans, dont cinq autres membres de la famille, blessés, sont soignés dans différents hôpitaux de Kunduz.

Ahmadshah Hashemy y voit "un crime contre les enfants": "Parmi cette jeune génération, certains prévoyaient de se marier, d'autres de continuer à étudier". "Maintenant ils sont tous enterrés ici", dit-il.

"Nous sommes tous des être humains, nous avons des rêves", notamment celui de "prendre part à la construction du pays, des infrastructures, de la société", ravagés par des décennies de guerre, poursuit-il.

"Mais (...) ces criminels apportent les ténèbres dans nos vies".

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