Le parti néonazi grec Aube dorée qualifié d'"organisation criminelle", la foule exulte

Publié le à Athènes (AFP)

Le parti néonazi grec Aube dorée a été qualifié pour la première fois d'"organisation criminelle" mercredi par la justice grecque, dans un verdict historique acclamé par la foule mais brièvement ponctué d'incidents.

Devant le tribunal, plus de 15.000 manifestants, selon la police, s'étaient rassemblés à l'appel du mouvement antifasciste, de syndicats et de partis de gauche, pour réclamer que "les nazis" aillent en prison.

Après 5 ans et demi de procès, le chef et fondateur d'Aube dorée Nikos Michaloliakos, négationniste et admirateur du national-socialisme, a été reconnu coupable d'avoir "dirigé" et "appartenu à une organisation criminelle" ainsi que six autres cadres du parti, dont l'eurodéputé Yiannis Lagos, qui a quitté Aube dorée l'an dernier, et l'ancien porte-parole Ilias Kassidiaris, qui a formé un nouveau parti d'extrême droite.

Au total, 43 personnes ont été condamnées pour "appartenance" à une telle organisation, dont les deux meurtriers d'un jeune Pakistanais, Sahzat Luckman, en 2013.

Une dizaine des 68 accusés ont été acquittés.

Hurlant de joie à l'énoncé du verdict au mégaphone, des manifestants ont lancé des cocktails Molotov, auxquels les forces anti-émeutes en nombre ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogène, des grenades assourdissantes et l'utilisation de canons à eau pendant une vingtaine de minutes, a constaté une journaliste de l'AFP.

Le verdict a été salué par le Premier ministre Kyriakos Mitsotakis. "La démocratie a gagné aujourd'hui", a-t-il déclaré, estimant que le jugement mettait fin à une ère "traumatisante" de la vie publique grecque.

La présidente de la République Katerina Sakellaropoulou s'est aussi félicitée d'un arrêt "historique" qui "confirme que la démocratie et ses institutions pourront toujours l'emporter".

Le verdict susceptible d'appel a été rendu en l'absence des principaux accusés. Ils connaîtront leur peine lors d'une audience ultérieure, mais les cadres du parti encourent entre 5 et 15 ans de prison.

- "Mon fils, tu as réussi" -

La cour pénale d'Athènes a également reconnu Yorgos Roupakias, membre d'Aube dorée, coupable du meurtre d'un rappeur antifasciste en 2013. Il avait reconnu le meurtre et risque la prison à perpétuité.

Le militant de gauche Pavlos Fyssas, 34 ans, avait été poignardé devant un café de la banlieue d'Athènes. C'est cet assassinat qui a poussé les autorités à poursuivre Aube dorée, responsable de nombreuses violences depuis les années 90 mais mais qui bénéficiait d'une quasi impunité.

"Pavlos mon fils, tu as réussi", s'est exclamée la mère de la victime, Magda Fyssas, vêtue de noir, très émue.

Quand Aube dorée a été qualifiée d'"organisation criminelle" sous une ovation d'applaudissements, Mme Fyssas, les poings serrés, s'est levée, frappant frénétiquement la barre d'escalier devant elle, avant de quitter la salle pour fumer.

- "Une grande victoire" -

"C'est une grande victoire", s'est félicité parmi les manifestants Giorgios Papanikolaou, militant de gauche. "C'est très important que le parti soit qualifié d'organisation criminelle" mais "la lutte contre les idées nazies et racistes continue", a-t-il ajouté.

La cour a également condamné quatre membres d'Aube dorée pour "tentative d'homicide" contre des pêcheurs égyptiens en 2012 et trois autres pour "lésions corporelles graves" contre des syndicalistes communistes.

A la sortie du tribunal, les avocats des parties civiles ont salué une "décision historique". "Justice a été rendue", a déclaré à l'AFP Me Kostas Papadakis, avocat des pêcheurs égyptiens.

"C'est un très grand jour pour la justice grecque (...) et pour l'Europe", s'est réjoui aussi Naïm Elgadour, qui préside l'union grecque des musulmans.

Depuis avril 2015, la présidente de la cour Maria Lepenioti a vu défiler 150 témoins et une cinquantaine d'avocats au cours de plus de 400 audiences.

La débâcle socio-politique après la crise financière de 2010 a profité au parti néonazi, dont des représentants étaient entrés en 2012 au Parlement.

A l'époque, des groupes d'hommes en noir sillonnaient les rues d'Athènes, tabassant leurs opposants à coups de pied ou de barres de fer et scandant "Sang, honneur, Aube dorée".

Ce procès a entraîné progressivement le déclin de la formation, qui n'a obtenu aucun député aux dernières législatives de juillet 2019.

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