Le président bolivien Evo Morales démissionne et crie à l'injustice

Publié le à La Paz (AFP)

Le président bolivien Evo Morales a démissionné dimanche, criant à l'injustice après trois semaines de protestations contre sa réélection à un quatrième mandat, tandis qu'une foule joyeuse célébrait la nouvelle dans les rues.

"Je renonce à mon poste de président", a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, au terme d'une journée marquée par de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l'ordre ainsi que des démissions en série de ministres et députés.

"Le coup d'Etat a eu lieu", a ajouté, à ses côtés, le vice-président Alvaro Garcia Linera, lui aussi démissionnaire.

Des milliers d'habitants ont déferlé dans les rues du pays pour célébrer cette annonce, agitant le drapeau bolivien entre rires et larmes après cette violente vague de contestation qui a fait trois morts et 383 blessés.

"Cet imbécile (Morales), qui ne sait pas réfléchir, est parti par la fenêtre, quelle bonne nouvelle, on est heureux", confiait à l'AFP Reggina Sojas, commerçante de 61 ans, venue faire la fête sur l'avenue El Prado, la principale de La Paz.

"Quel moment de gloire pour nous, on est vraiment contents, vive la démocratie", se réjouissait aussi Ricardo Revilla, employé de banque de 37 ans.

- "Leçon au monde" -

"Nous avons donné une leçon au monde, demain la Bolivie sera un nouveau pays", s'est exclamé Luis Fernando Camacho, dirigeant le plus visible et radical de l'opposition, qui s'était rendu plus tôt au siège du gouvernement à La Paz pour y remettre symboliquement une lettre de démission à signer par Evo Morales, ainsi qu'un exemplaire de la Bible.

Retranché dans son fief politique, la zone de production de feuille de coca de Chimoré, dans la région de Cochabamba (centre), Evo Morales a finalement cédé aux appels au départ en fin d'après-midi.

Dénonçant comme une "décision politique" l'appel de l'Organisation des Etats américains (OEA) à l'organisation d'un nouveau scrutin, il a affirmé: "Mon péché (est) d'être indigène, d'être producteur de coca".

Né dans la misère, cet ancien berger de lamas avait gravi les échelons syndicaux jusqu'à devenir il y a 13 ans le premier chef d'Etat indigène du pays.

Il est l'un des derniers représentants de la "vague rose" qui a déferlé au tournant des années 2000 sur l'Amérique latine, faisant virer à gauche le Brésil, l'Argentine, le Chili, l'Equateur et le Venezuela, la majorité de ces pays ayant depuis rebasculé à droite.

Dimanche soir, il a d'ailleurs reçu le soutien immédiat des dirigeants cubain et vénézuélien, Miguel Diaz-Canel et Nicolas Maduro, qui ont dénoncé un "coup d'Etat" et exprimé leur solidarité envers leur "frère président" Evo Morales.

Le président élu argentin Alberto Fernandez a également condamné "un coup d'Etat".

Mais dans la journée, le dirigeant bolivien s'était retrouvé de plus isolé alors que la crise politique s'accélèrait brutalement dans le pays andin, où grève générale et manifestations paralysaient l'activité depuis une dizaine de jours.

Le coup fatal a été porté par l'armée et la police, qui lui ont retiré leur soutien dans l'après-midi.

Le commandant en chef de l'armée, le général Williams Kaliman, a demandé au chef de l'Etat de démissionner "pour le bien de la Bolivie".

Le chef de la police, le général Vladimir Yuri Calderon, a fait de même, estimant que cela permettrait de "pacifier le peuple de Bolivie".

- Démissions en série -

L'annonce dans la matinée par le président d'un nouveau scrutin - une option qu'il rejetait jusque-là - visait à "pacifier la Bolivie" mais n'a pas réussi à apporter le calme.

Visé par des manifestants qui ont incendié sa maison à Potosi (sud-ouest), le président de l'Assemblée nationale, Victor Borda, a démissionné, imité selon la télévision bolivienne par une dizaine de députés.

Peu après, le ministre des Mines, César Navarro, a renoncé à son poste, disant vouloir "préserver (sa) famille" après l'incendie de sa maison et l'agression de son neveu.

"Le cours des événements va à l'encontre de mes principes personnels, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques", a aussi écrit le ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, dans sa lettre de démission publiée sur Twitter.

Durant la journée, plusieurs dirigeants de l'opposition avaient exhorté le chef de l'Etat à lui aussi démissionner.

"S'il lui reste une once de patriotisme il devrait se retirer", avait plaidé le centriste Carlos Mesa, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle du 20 octobre.

"Evo Morales a brisé l'ordre constitutionnel et doit démissionner", avait renchéri Luis Fernando Camacho.

Le président avait promis de "renouveler l'ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE)", puis "convoqu(er) de nouvelles élections", sans spécifier la date de ce nouveau scrutin, ni s'il s'y représenterait.

L'Organisation des Etats américains (OEA) avait demandé dimanche matin l'annulation du scrutin, entaché d'irrégularités selon elle.

Elle appelait aussi à la convocation d'un nouveau scrutin avec comme garantie nécessaire "la composition d'un nouvel organe électoral", par allusion au TSE, dont sept membres ont été visés dimanche par des poursuites du parquet pour participation présumée aux irrégularités.

Le gouvernement colombien a demandé dimanche une "réunion urgente" du conseil permanent de l'OEA "afin de chercher des solutions à la complexe situation institutionnelle" qui se présente en Bolivie, a indiqué le ministère colombien des Affaires étrangères.

Le scrutin du 20 octobre avait abouti à la réélection d'Evo Morales pour un quatrième mandat jusqu'en 2025, une option pourtant rejetée par la population lors d'un référendum en février 2016.

Son score annoncé par le TSE, dépassant de plus de 10 points celui de Carlos Mesa, avait aussitôt été qualifié de frauduleux par l'opposition.

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