Le procès du quadruple meurtre de la famille Troadec s'ouvre aux assises de Nantes

Publié le à Nantes (AFP)

Des corps dépecés et brûlés, des lingots d'or introuvables et un accusé atteint de "délire paranoïaque": quatre ans et demi après le quadruple meurtre de la famille Troadec à coups de pied de biche, Hubert Caouissin comparaît mardi et pendant trois semaines devant la cour d'assises de Loire-Atlantique.

"Caouissin, Hubert, (né le) 19/12/70 à Brest", s'est présenté à la barre le principal accusé, polo bleu marine et crâne largement dégarni, qui a contesté, comme durant l'enquête, avoir donné "volontairement" la mort à ses victimes. Il encourt la réclusion criminelle à perpétuité pour le meurtre de la famille de son beau-frère, Pascal Troadec.

"Il va s'expliquer pendant trois semaines, comme il l'a fait pendant quatre ans et demi", a assuré son avocat Me Thierry Fillion, lors d'une suspension d'audience, en décrivant un client "calme" à défaut d'être serein.

Après le tirage au sort des douze jurés (dont six suppléants), la cour a commencé à examiner la personnalité de la compagne de M. Caouissin, Lydie Troadec, 52 ans, une brune aux cheveux longs et au haut blanc, qui comparaît libre et encourt trois ans de prison et 45.000 euros d'amende pour modification de scène de crimes et recel de cadavre.

Co-accusée et sœur de Pascal, Lydie Troadec a évoqué sa mère Renée, qui doit témoigner le 1er juillet, "une personne gentille" mais "handicapée des sentiments" qui ne pouvait plus pleurer à cause d'un traitement médical.

"Il y a beaucoup d'appréhension pour ce procès qui est une épreuve" pour les parties civiles "puisque ça fait quatre ans qu'elles attendent", a déclaré avant l'ouverture du procès Me Olivier Pacheu, avocat des familles des victimes.

Ces dernières "ne croient pas à tout ce que dit" Hubert Caouissin, a-t-il ajouté. "Nous verrons ce que démontrent les débats."

Ce n'est que mercredi que la cour se penchera sur le profil de M. Caouissin, ancien ouvrier chaudronnier de l'arsenal de Brest, obsédé par son beau-frère Pascal Troadec, qu'il accusait d'avoir volé un trésor familial de lingots d'or.

Un homme à la personnalité "mystérieuse", selon Me Cécile de Oliveira, avocate des parties civiles. Un "monsieur tout le monde qui n’avait pas vocation à devenir (...) un meurtrier", rectifie son avocat Me Thierry Fillion.

La fin de la première semaine sera consacrée aux auditions des enquêteurs et des parties civiles. La cour entendra notamment Martine V., la première à contacter la gendarmerie le 23 février 2017, après plusieurs jours sans nouvelles de sa sœur et de son beau-frère, Brigitte et Pascal Troadec, 49 ans tous les deux. Leurs enfants Charlotte (18 ans) et Sébastien (20 ans) étaient eux aussi injoignables.

Au domicile familial, un pavillon d'Orvault, dans la banlieue nantaise, la police découvre des traces de sang et plusieurs membres de la famille orientent immédiatement les enquêteurs vers Hubert Caouissin et sa compagne.

- "Délire chronique"-

M. Caouissin ne sera entendu sur les faits qu'au début de la deuxième semaine d'audience. Aux policiers, il avait raconté s'être rendu chez les Troadec dans la nuit du 16 au 17 février pour chercher "des informations" sur leur différend. Se disant assailli par la famille dès son entrée dans le garage, il avait affirmé les avoir tués l'un après l'autre, à coups de pied de biche, pour se défendre.

Il avait aussi raconté avec force détails avoir travaillé "comme un forcené" pendant deux jours et demi, dans un hangar de sa ferme dans le Finistère, pour dépecer les corps au couteau de cuisine. Les muscles et viscères avaient été jetés dans les ronciers, dans l'espoir qu'ils soient mangés par des animaux sauvages. Les os, la peau et le gras étaient incinérés dans la chaudière et les crânes brûlés puis enfouis sur une plage pour que la marée les emporte.

Après cette séquence éprouvante, la défense espère trouver quelque secours dans le témoignage des experts psychiatres, entendus en fin de deuxième semaine. Deux collèges d'experts ont en effet décrit le "délire chronique" de "type paranoïaque" et à "thématique persécutive" dont souffrait l'accusé au moment des faits.

Le trésor de lingots d'or prétendument volé par Pascal Troadec, et censé être le mobile des crimes, n'a ainsi sans doute jamais existé, selon les juges d'instruction.

Si la cour estimait que son discernement était altéré au moment des crimes, M. Caouissin, écroué depuis mars 2017, pourrait échapper à la réclusion à perpétuité.

Le verdict est attendu le 8 ou le 9 juillet.

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