Le Salvador élit ses députés, le parti du président Bukele favori

Publié le à San Salvador (AFP)

Le Salvador vote dimanche pour renouveler ses députés et ses maires, des élections sous tension et cruciales pour le jeune président Nayib Bukele qui vise la majorité absolue à l'Assemblée législative.

Après une campagne marquée par des violences, les 1.595 centres de vote du pays ont ouvert à 7H00 locales (13H00 GMT) pour accueillir dix heures durant les 5,4 millions d'électeurs inscrits.

Des bureaux de vote, devant lesquels se sont formées des queues d'électeurs portant des masques de protection, ont ouvert avec du retard, ce qui suscité la colère de M. Bukele qui a dénoncé sur Tweeter de possibles fraudes, accusant le Tribunal électoral suprême de "corruption et d'incompétence".

Quelque 40.000 membres des forces de sécurité et d'observateurs internationaux veillent sur le scrutin. Un observateur, Otto Madrid, a indiqué ne pas avoir détecté de signes de fraude dans le bureau qu'il surveille et qui a ouvert avec une demi-heure de retard. C'est "un vote tranquille", a-t-il dit à l'AFP.

La mission d'observateurs de l'Organisation des Etats Américains (OEA) a appelé dirigeants et partis politiques à ne pas diffuser d'informations fausses sur les réseaux sociaux et dans les médias.

"Nous espérons vivre aujourd'hui une journée électorale pacifique, une vraie fête civique", a déclaré Dora Martinez, la présidence du Tribunal électoral suprême peu avant le lancement du scrutin.

Des résultats provisoires devraient être connus dans la nuit mais l'annonce des résultats officiels pourrait prendre jusqu'à quinze jours. Les nouveaux députés ne prendront leurs fonctions que le 1er mai.

Dix partis sont en lice. Les électeurs doivent choisir 84 députés, 262 maires et 20 députés au Parlement centro-américain (Parlacen, une assemblée d'intégration régionale). Tous seront élus pour trois ans.

Le scrutin pourrait marquer la consolidation du pouvoir de M. Bukele, accusé d'autoritarisme par ses détracteurs, s'il remporte, comme le prédisent les sondages, une majorité à l'Assemblée avec les partis qui le soutiennent: Nuevas Ideas qu'il a fondé et la Grande Alliance Nationale (Gana, centre droit) qui l'avait présenté à l'élection présidentielle en 2019.

Les sondages tablent sur la fin de la prédominance établie depuis 2018 au parlement unicaméral par les deux partis d'opposition, à droite l'Alliance républicaine nationaliste (Arena) et à gauche le Front Farabundo Marti de Libération Nationale (FMLN, ex-guérilla marxiste).

Ils ont dominé la vie politique au Salvador depuis les accords de paix de 1992 qui avaient mis fin à 12 ans de guerre civile. Elu en 2019 pour cinq ans comme alternative au bipartisme, M. Bukele, 39 ans, s'est heurté aux députés pendant les deux premières années de son mandat.

Voilà un an, le 9 février 2020, il n'avait pas hésité à faire irruption au Parlement avec le soutien de policiers et de militaires armés de fusils d'assaut, pour faire voter un emprunt destiné à financer son plan de lutte contre le crime organisé. Le chef de l'Etat avait menacé à la tribune de dissoudre l'assemblée mais y avait renoncé après une courte prière silencieuse.

- "Atmosphère de confrontation" -

Selon la dernière enquête d'opinion de l'influente Université Centroaméricaine (UCA, contrôlée par les jésuites), Nuevas Ideas pourrait obtenir une confortable majorité de 55 députés.

M. Bukele, qui a encore trois années de mandat, non renouvelable, pourrait alors "approuver, réformer ou supprimer des lois à sa convenance", selon le directeur de la Fondation salvadorienne d'Etudes pour l'application du droit (Fespad), Saul Banos.

Il pourrait également faire nommer des juges à la Cour suprême et au parquet général, deux institutions avec lesquelles il a déjà eu maille à partir.

Avant le scrutin, la Conférence épiscopale du Salvador a dénoncé la violence de la campagne qui a coûté la vie à deux militants du FMLN.

Les détracteurs de M. Bukele lui reprochent d'avoir utilisé des fonds publics pour distribuer des colis alimentaires pendant la pandémie ou d'avoir ignoré l'interdiction de publier des messages politiques trois jours avant le vote.

L'UCA a averti que les élections vont se dérouler "dans une atmosphère de tension et de confrontation qui pourrait déboucher sur de la violence et jeter le doute sur les résultats".

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