Le Sénat américain à couteaux tirés sur la question cruciale de l'accès au vote

Publié le à Washington (AFP)

Le Sénat américain s'attaque mardi à l'un des sujets les plus importants pour la démocratie et qui divise profondément républicains et démocrates: le droit de vote et les différents modes d'accès aux urnes, au coeur des contestations du résultat de 2020 par Donald Trump.

"Coup de force" démocrate pour s'emparer du pouvoir ou rempart pour lutter contre la tentative "coordonnée" républicaine de restreindre le droit de vote, en visant particulièrement les minorités et les jeunes?

Les deux chefs de partis au Sénat se sont renvoyé mardi leurs visions d'un projet de réforme électorale, présenté par les démocrates dans un pays encore sous le choc de l'assaut meurtrier du Capitole par des partisans de Donald Trump qui niaient, comme lui, la victoire du démocrate Joe Biden.

Des mots particulièrement forts pour un simple vote de procédure, attendu vers 17H30 (21H30 GMT), et dont l'issue est déjà connue.

L'étroite majorité démocrate et l'opposition en bloc des républicains garantissent en effet l'échec de ce vote, censé simplement permettre l'ouverture des débats sur le fond de la réforme.

Sans attendre, la sphère politique s'est déjà enflammée autour de cette priorité de Joe Biden, qui dit ainsi vouloir contrer les attaques "absolument sans précédent" contre le droit de vote des minorités, menées selon lui par les républicains.

"La démocratie est en danger, ici en Amérique", a martelé mardi la Maison Blanche dans un communiqué.

Signe de l'importance que l'administration Biden accorde à cette initiative, c'est sa vice-présidente Kamala Harris qui présidait mardi après-midi la séance menant au vote.

"Le grand mensonge de Donald Trump s'est répandu comme un cancer", avait tonné plus tôt dans l'hémicycle le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer.

Ce "mensonge", ce sont les multiples accusations de fraudes électorales que l'ex-président républicain a lancées à propos de la présidentielle de 2020.

Davantage d'options pour déposer son bulletin --vote anticipé, par correspondance, avec des délais parfois étendus, ou des urnes accessibles dans la rue-- avaient alors été autorisées à cause de la pandémie.

Toutes les accusations de tricheries massives ont été rejetées, y compris par des juges nommés par l'administration Trump.

Mais cinq mois après avoir quitté la Maison Blanche, le milliardaire n'a toujours pas reconnu explicitement la victoire de Joe Biden. "L'élection présidentielle de 2020 était truquée!" a-t-il encore écrit mardi.

Depuis le début de l'année, une quinzaine d'Etats dirigés par des républicains ont promulgué des lois électorales visant, disent-ils, à empêcher ces fraudes supposées.

Pour Chuck Schumer, il s'agit de "la tentative la plus coordonnée de restreindre le vote depuis 80 ans", à l'époque de la ségrégation raciale.

- Union démocrate -

La gigantesque réforme électorale proposée par les démocrates ("For the people Act") prévoit notamment d'élargir les possibilités de s'inscrire sur les listes électorales et d'obliger les Etats à permettre le vote par anticipation.

Un seul sénateur démocrate, le conservateur Joe Manchin, s'opposait à certains points. Après plusieurs jours de négociations, les démocrates ont annoncé mardi après-midi un accord autour de ses propositions, qui incluent l'inscription automatique sur les listes électorales à la demande d'un permis de conduire, ou le jour même du scrutin.

Ce texte inclut aussi un point plus difficile à faire passer auprès de son parti: l'obligation pour les électeurs de présenter des preuves d'identité quand ils votent. Une mesure dénoncée par certains comme discriminatoire dans ce pays où les cartes d'identité ne sont pas obligatoires.

Point plus difficile à faire passer dans son parti, son texte prévoit aussi d'obliger les électeurs à s'identifier quand ils votent, une mesure dénoncée par certains comme discriminatoire dans ce pays où les cartes d'identité ne sont pas obligatoires.

Cet accord permettra en tout cas aux démocrates de voter en bloc mardi soir... et de dénoncer "l'entrave" des républicains à l'ouverture des débats.

Le texte avait été approuvé sans aucun soutien républicain à la Chambre des représentants en mars.

Pour le chef des sénateurs républicains Mitch McConnell, le projet de réforme, qui reprend aussi des propositions démocrates bien antérieures à 2020, n'est qu'une "tentative" des démocrates "de faire pencher toutes les élections américaines en leur faveur pour toujours".

Il a aussi dénoncé ceux qui, chez les démocrates, appellent à pulvériser la règle exigeant 60 voix pour surmonter les votes de procédure, avant de parvenir au vote final à majorité simple (51).

Une option qui reste toutefois très improbable à ce jour.

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