Législatives en Irak: avantage au courant du leader chiite Moqtada al-Sadr

Publié le à Bagdad (AFP)

Le courant emmené par l'incontournable leader chiite irakien Moqtada al-Sadr se revendiquait lundi soir première force au sein du nouveau Parlement élu lors des législatives anticipées qui ont peiné à attirer des électeurs las d'un système qu'ils estiment incapables d'améliorer leurs conditions de vie.

"Le peuple doit célébrer cette victoire du plus gros bloc (...) sans causer de désagréments", s'est félicité lors d'une allocution télévisée M. Sadr, ancien chef de milice qui a combattu les troupes américaines et à la réthorique antiIran.

Sous couvert de l'anonymat, un responsable de son parti avait assuré à l'AFP que le courant sadriste avait obtenu un "nombre approximatif de 73 sièges", après un décompte du nombre de candidats victorieux sous leur bannière.

Un responsable de la commission électorale irakienne, qui a requis lui aussi l'anonymat, a indiqué à l'AFP que le courant sadriste était effectivement "en tête", selon des résultats préliminaires.

Les législatives, les cinquièmes depuis 2003 et le renversement du dictateur Saddam Hussein dans le sillage de l'invasion américaine de l'Irak, ont été marquées par une abstention record.

Les analystes estiment toutefois qu'au-delà de la répartition des sièges dans un Parlement qui s'annonce fragmenté, l'absence d'une majorité claire va obliger les différentes factions à négocier des alliances.

Tout au long de la journée, la commission électorale a publié les résultats préliminaires dans chacune des 18 provinces d'Irak, mais il était impossible de connaître le nombre exact de sièges remportés par chaque formation au Parlement unicaméral (329 sièges), la commission ne dévoilant pas les affiliations des vainqueurs.

- "Frictions politiques" -

Si la tendance vers une victoire des sadristes se confirme, cela signifie que ces derniers ont réussi à considérablement augmenter leur nombre au Parlement, passant de 54 députés actuellement à plus de 70.

Cela signifie aussi qu'ils conserveront leur statut de première formation, leur permettant de peser d'autant plus lors de la composition du futur gouvernement et de la désignation du Premier ministre.

Autre tendance, la percée de l'Alliance de l'Etat de droit de l'ancien Premier ministre Nouri al-Maliki. "Nous avons obtenu 37 sièges au Parlement", a assuré à l'AFP un responsable de ce mouvement.

Deuxième force du Parlement sortant, la coalition du Hachd al-Chaabi, entrée au Parlement en 2018 en surfant sur la victoire contre le groupe jihadiste Etat islamique (EI), semble essuyer un net recul, selon des observateurs. Mais ce camp politique, allié à l'Iran, reste un joueur incontournable de l'échiquier politique.

Le politologue Ihsan al-Shamari pronostique des "frictions politiques" et "des luttes pour le poste de Premier ministre et la répartition des ministères", mais in fine, "tous les indicateurs confirment un retour à un consensus politique".

En théorie, quelque 25 millions d'Irakiens étaient appelés aux urnes. La commission électorale a annoncé un taux de participation "préliminaire" de 41% parmi les plus de 22 millions d'électeurs inscrits.

En 2018, la participation s'était établie à 44,52%. A l'époque, des opposants mais aussi des experts avaient estimé ces chiffres officiels gonflés.

- Manque de légitimité -

Les élections de dimanche étaient initialement prévues en 2022. Promises par le Premier ministre Moustafa al-Kazimi, elles ont été avancées pour calmer la contestation née en octobre 2019, pour dénoncer la corruption tentaculaire, une économie en panne, et des services publics défaillants dans un pays pourtant riche en pétrole.

Réprimé dans le sang -au moins 600 morts et 30.000 blessés-, le mouvement s'est essoufflé. Des dizaines de militants ont été victimes d'enlèvements et d'assassinats. Les protestataires pointent les factions armées fidèles à l'Iran, au rôle incontournable en Irak et regroupées au sein du Hachd al-Chaabi.

"Les gens ne sont pas convaincus que les élections entraîneront un changement et une amélioration des performances du gouvernement ou des services publics", explique à l'AFP le politologue Sajad Jiyad.

Après le faible taux de participation, "ce n'est pas seulement la légitimité du prochain Premier ministre qui sera remise en cause. Mais aussi la légitimité du gouvernement, de l'Etat et du système entier".

Si la scène politique reste polarisée sur les mêmes dossiers sensibles --que ce soit la présence des troupes américaines ou l'influence du grand voisin iranien-- les partis entameront de longues tractations pour s'accorder sur un nouveau Premier ministre. Ce poste revient traditionnellement à un musulman chiite.

Le Premier ministre Moustafa al-Kazimi n'est, lui, officiellement pas candidat à sa succession mais il continue de mettre en avant sa politique: il a annoncé lundi l'arrestation de Sami Jasim al-Jaburi, un haut responsable de l'EI recherché par les Etats-Unis.

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