Législatives en Moldavie: victoire des pro-européens, les prorusses conciliants

Publié le à Chisinau (AFP)

Le parti pro-européen de la présidente moldave Maia Sandu a obtenu la majorité parlementaire absolue aux élections législatives de dimanche en écrasant ses rivaux prorusses, lui donnant la possibilité de réformer ce pays parmi les plus pauvres d'Europe.

La formation Action et solidarité (PAS, centre droit) de Mme Sandu a obtenu 52,8% des suffrages, contre seulement 27,2% pour le Bloc des socialistes et communistes (BESC) de l'ex-président prorusse Igor Dodon, selon des résultats définitifs publiés lundi.

Le parti d'un homme d'affaires en exil, Ilan Shor, condamné dans une affaire de fraude bancaire d'un milliard de dollars, a lui aussi franchi le seuil de 5% des voix nécessaires pour entrer au Parlement.

Les trois formations vont obtenir respectivement 63, 32 et six sièges sur 101 au total, selon des estimations des médias.

"J'espère qu'aujourd'hui sera la fin d'une ère difficile pour la Moldavie, j'espère qu'aujourd'hui sera la fin du règne des voleurs", a déclaré Mme Sandu, 49 ans, dans un message sur Facebook dimanche soir. "Les défis sont grands, les gens ont besoin de résultats", a-t-elle ajouté, appelant à "utiliser l'énergie du vote d'aujourd'hui pour transformer la Moldavie".

Le score de son parti a été assuré notamment par la diaspora moldave, qui l'a soutenue massivement.

"Je suis contente que de nouveaux politiciens soient arrivés", a dit à l'AFP Katerina Zhevelik, 57 ans, une vendeuse de tickets de bus à Chisinau. "J'espère qu'ils ne vont pas voler, qu'il resteront des gens honnêtes".

M. Dodon a, lui, annoncé que sa formation allait "travailler dans l'opposition". "Les gens ont voulu des changements et ils les ont obtenus", a-t-il déclaré sur Facebook.

L’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a loué un vote "bien géré" et compétitif, notant cependant "certaines lacunes, notamment en matière de contrôle du financement de campagne".

- Symbole d'intégrité -

Pour beaucoup de ses compatriotes, Mme Sandu, une ex-économiste de la Banque mondiale, est "un symbole de changements" et d'intégrité, atout rarissime dans un système politique gangrené par la corruption, souligne le politologue Alexei Tulbure.

Comptant parmi les pays les plus pauvres d'Europe, cette ex-république soviétique coincée entre l'Ukraine et la Roumanie est secouée depuis son indépendance en 1991 par de nombreuses crises politiques.

Les scandales de corruption n'ont pas manqué. Celui dans lequel était impliqué Ilan Shor, en 2015, portait sur la disparition d'un milliard de dollars - l'équivalent de 15% du PIB - des caisses de trois banques moldaves.

Le pays doit aussi gérer un conflit gelé en Transdniestrie, un territoire séparatiste soutenu par Moscou qui échappe à son contrôle.

Ses habitants sont historiquement divisés entre ceux soutenant un rapprochement avec l'Union européenne et les tenants de relations plus étroites avec la Russie.

- Un test pour Sandu -

Après sa large victoire en novembre 2020 à la présidentielle contre le sortant Igor Dodon, Mme Sandu ne pouvait pas appliquer sa politique face à l'hostilité du Parlement contrôlé par le parti de son prédécesseur.

En avril, elle avait finalement dissous le Parlement et convoqué des élections. Désormais, elle a les mains libres et doit agir vite.

C'est "un examen" pour Mme Sandu et son gouvernement. "Tout le pouvoir est entre leurs mains et en cas d'échec, il n'y aura plus personne d'autre à blâmer", relève le politologue Alexei Tulbure.

"Même avec une majorité parlementaire, ce ne sera pas facile (pour elle) de réaliser ses projets grandioses de changement en profondeur de l'Etat", prévient de son côté l'analyste Victor Ciobanu.

D'autant que la société compte toujours beaucoup de prorusses, le plus souvent nostalgiques de l'URSS. Pour les analystes, le scrutin marque toutefois une nette baisse de l'influence politique de Moscou sur Chisinau.

Maia Sandu a déjà irrité le Kremlin en disant vouloir remplacer la garnison russe basée en Transdniestrie par des observateurs de l'OSCE.

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