Législatives: les Kosovars choisissent entre une nouvelle génération et les ex-commandants

Publié le à Pristina (AFP)

Une nouvelle génération de politiques espère signer la fin du long règne des anciens commandants rebelles avec les législatives dimanche au Kosovo, en capitalisant sur le ras-le-bol d'une population lassée par la stagnation, la corruption et l'instabilité politique.

L'ex-province serbe, qui se bat toujours pour sa pleine reconnaissance sur la scène internationale, connaît son cinquième scrutin anticipé depuis la proclamation d'indépendance en 2008.

Le gouvernement qui sortira des urnes sera le troisième depuis le début de la pandémie du coronavirus voici un an. Celle-ci a aggravé les difficultés économiques du territoire pauvre et a fait plus de 1.500 morts alors que la vaccination est encore loin.

"Les gens attendent le changement, ils attendent la fin des problèmes qui nous ont empoisonné, comme la corruption et le népotisme", dit à l'AFP Sadik Kelemendi, médecin, avant de voter. "Il faut aussi qu'on se consacre à la lutte" contre le virus.

Face aux anciens héros du combat indépendantiste contre l'oppresseur serbe (1998-99), le changement est incarné pour beaucoup par Vetevendosje (VV), le mouvement nationaliste de gauche d'Albin Kurti, parti en guerre contre la captation des ressources publiques.

Certains sondages créditent son parti réformiste de 50% des suffrages mais la question est de savoir si Albin Kurti réussira à obtenir une majorité de gouvernement.

- Fuite des jeunes -

"Les citoyens ont besoin de démocratie et les institutions de légitimité", a lancé en votant Albin Kurti, un orateur redoutable de 45 ans passé par les geôles de Slobodan Milosevic, qui veut être "un Premier ministre pour tous".

Ses partisans accusent les ex-guérilleros d'avoir gâché les premières années d'indépendance dans le territoire d'1,8 million d'habitants, où le salaire moyen est de 500 euros environ. En butte à un taux de chômage de 50%, les jeunes cherchent massivement leur salut dans l'émigration, en Suisse ou en Allemagne.

"Je n'ai aucun espoir de trouver un emploi ici après l'université, même après un master", résume Hanmije Lohaj, étudiante de 17 ans.

L'ex-rébellion part au combat électoral handicapée par l'absence de plusieurs de ses grandes figures, dont l'ancien président Hashim Thaçi, inculpé en novembre pour crimes de guerre par la justice internationale pendant et après le conflit contre les forces serbes.

En face, les chances de VV sont accrues par le ralliement de la présidente par intérim Vjosa Osmani, 38 ans, symbole d'une classe politique nouvelle génération qui a quitté la LDK de centre-droit du Premier ministre sortant Avdullah Hoti.

Les sondages relèguent le PDK de l'ex-président Thaçi et d'autres anciens rebelles à une vingtaine de points derrière VV, tandis que la LDK arriverait en troisième position.

Vetevendosje avait fini en tête aux deux dernières législatives mais avait été évincé par des coalitions conclues par d'autres. En 2020, le gouvernement d'Albin Kurti avait duré une cinquantaine de jours avant d'être renversé.

Cette fois, il espère remporter les 61 sièges sur 120 nécessaires pour prendre les commandes.

Tous ne soutiennent pas la totalité du programme d'un mouvement connu autrefois pour ses manifestations violentes et sa rhétorique anti-occidentale mais les Kosovars en ont assez et veulent des nouvelles têtes, relèvent les analystes.

- "Dernier recours" -

"L'électorat n'est pas forcément d'accord avec VV mais ils veulent un changement des élites politiques", dit à l'AFP Donika Emini, directrice de CiviKos Platform. "Pour beaucoup, VV est le dernier recours".

Albin Kurti, auquel ses partisans sont entièrement dévoués, est accusé par ses adversaires de visées "dictatoriales" et de représenter une menace pour la relation privilégiée entre le Kosovo et les Etats-Unis. Ses rivaux promettent de créer des emplois et d'aider les entreprises face à la pandémie.

Albin Kurti a été interdit par les autorités électorales de se présenter personnellement en raison d'une condamnation pour avoir jeté des gaz lacrymogènes à l'Assemblée. Mais cela ne l'empêcherait pas de former un gouvernement en cas de succès.

Vingt sièges sont réservés aux minorités, dont la moitié à des députés serbes, potentiellement faiseurs de roi.

Quoi qu'il arrive, le nouveau gouvernement devra poursuivre un difficile dialogue avec la Serbie censé normaliser sous l'égide de l'Union européenne les relations avec Belgrade, qui refuse toujours de reconnaître l'indépendance de son ancienne province.

Les bureaux de vote ferment à 18H00 GMT, avec les premiers résultats attendus quelques heures plus tard.

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