Les dirigeants de l'UE en quête d'influence face à Washington et Pékin

Publié le à Château de Brdo (Slovénie) (AFP)

Quelle place pour l'Europe face aux deux superpuissances rivales que sont les Etats-Unis et la Chine ? Après l'Afghanistan et la crise des sous-marins, les dirigeants de l'UE se sont retrouvés mardi en Slovénie pour la première fois, avec la volonté de renforcer leur influence.

Les 27 chefs d'Etat et de gouvernement échangeaient encore tard dans la nuit autour d'un dîner au château de Brdo, non loin de la capitale Ljubljana, à la veille d'un sommet informel consacré à l'élargissement aux pays des Balkans occidentaux.

C'est "l'occasion, après les récents événements géopolitiques (...) de voir comment on peut veiller à ce que l'Union européenne exerce davantage d'influence sur le plan international", a résumé le président du Conseil européen Charles Michel à son arrivée en Slovénie, qui exerce la présidence semestrielle de l'UE.

- "Etre clairs" -

Le président français Emmanuel Macron, toujours ébranlé par la rupture d'un mégacontrat d'achat de sous-marins français par l'Australie qui a préféré nouer un partenariat stratégique avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni, a appelé les Européens à "être clairs" avec eux-mêmes.

Clairs "sur ce que nous voulons pour nous, pour nos frontières, pour notre sécurité".

Au menu du dîner, une question centrale: comment "travailler de bonne foi avec les partenaires historiques" de l'UE tout en "accroissant indépendance et souveraineté", a-t-il souligné.

Avant de partir pour la Slovénie, M. Macron avait pu s'expliquer avec le secrétaire d'Etat américain Antony Blinken, de passage à Paris.

Au sein de l'Union européenne, les pays nordiques et baltes exhortent toutefois à la prudence, insistant sur la préservation de la relation transatlantique.

"L'UE ne peut pas se refermer sur elle-même", a commenté le Premier ministre suédois Stefan Löfven, cité par l'agence de presse nationale TT, souhaitant "développer la coopération à la fois avec la Chine et les Etats-Unis".

Joe Biden, soucieux de donner des gages après cet épisode, a qualifié l'UE de "partenaire fondamental" dans une conversation téléphonique lundi avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, selon la Maison Blanche.

- Bouleversements géopolitiques -

L'affaire des sous-marins est intervenue quelques semaines après le retrait chaotique de l'armée américaine d'Afghanistan en août, qui a relancé la réflexion sur l'autonomie des Européens.

La création d'une force européenne de réaction rapide de 5.000 militaires est en discussion depuis plusieurs mois et le récent fiasco afghan a relancé le débat en soulignant les carences militaires du Vieux Continent, la France menant la charge.

"Les événements récents sont les symptômes de profonds changements géopolitiques. En réponse, nous devons développer notre capacité à agir", a commenté sur Twitter le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

La chancelière Angela Merkel était également présente, pour l'un de ses derniers rendez-vous au sommet, à un moment où de difficiles tractations ont commencé en Allemagne pour former un nouveau gouvernement.

Son départ laissera le champ libre à d'autres dirigeants, comme M. Macron, l'Italien Mario Draghi et le Néerlandais Mark Rutte, désireux d'imprimer leur marque.

- L'énergie aussi au menu -

A l'égard de la Chine, un marché convoité par les puissantes industries allemandes, Mme Merkel a oeuvré à un rapprochement, mais l'accord sur les investissements conclu fin 2020 entre Bruxelles et Pékin a été suspendu sine die sur fond de tensions autour des droits humains.

Autre thème du dîner, selon la présidence française, "la hausse des prix de l'énergie", un sujet de préoccupation de plusieurs pays européens comme l'Espagne, la Grèce et la Pologne.

Face à cette flambée redoutée pour ses conséquences sociales, la Commission européenne devrait proposer la semaine prochaine des solutions de court terme, avec une discussion plus approfondie au sommet de l'UE des 21 et 22 octobre.

En marge de la réunion, les opposants à la vaccination contre le Covid-19 ont fait entendre leur voix : plusieurs milliers de personnes se sont rassemblées dans le centre de Ljubljana, la police usant de canons à eau et de gaz lacrymogène pour les disperser.

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