Les manifestants soudanais épinglent l'ancien régime après des heurts meurtriers

Publié le à Khartoum (AFP)

Les manifestants soudanais, encore sous le choc après la mort de cinq des leurs dans des violences nocturnes à Khartoum, ont mis en cause mardi les partisans de l'ancien régime, qui cherchent toujours selon eux à annihiler leur mouvement.

L'ambiance est lourde en ce mardi matin sur les lieux du sit-in, devant le QG de l'armée à Khartoum. Si de nombreux manifestants sont toujours endormis sous leurs tentes, d'autres s'apprêtent déjà à affronter, endeuillés, une autre journée de protestation en plein jeûne du mois du ramadan, sous un soleil de plomb.

La veille au soir, cinq civils et un militaire ont été tués par des hommes armées non identifiés, qui ont tiré sur les manifestants rassemblés devant le siège de l'armée, selon des sources médicales et militaires.

C'est la première fois depuis la chute de l'ancien président Omar el-Béchir, le 11 avril, qu'ont lieu des violences mortelles sur le sit-in.

Le Conseil militaire, désormais à la tête du pays, a attribué les tirs à des "éléments" désireux de saboter les pourparlers avec les meneurs de la contestation sur un transfert du pouvoir aux civils.

Pour certains manifestants, il n'y a pas de doute: des partisans de l'ancien régime sont responsables de ces violences visant à entraver le processus de transition vers un pouvoir civil.

"Ce qui s'est passé hier (lundi soir, ndlr) était le fait d'un sale boulot du régime évincé", affirme Hicham Ali Sayed, un protestataire. "Ils jouent à diviser les gens pour contrôler la situation. Nous devons veiller à ce que les barricades ne soient pas levées", ajoute-t-il.

Abou Hassan, un autre manifestant, épingle lui directement le général Abdel Fattah al-Burhane, chef du Conseil militaire.

"Si Burhane ne remet pas le pouvoir, nous demanderons au Tribunal pénal international (TPI) de le poursuivre, comme Béchir", assure-t-il.

Détenu et inculpé lundi par la justice soudanaise pour "incitation au meurtre de manifestants", Béchir est également visé par des mandats d'arrêt de la Cour pénale internationale (CPI) pour répondre d'accusations de génocide, crimes contre l'humanité et de guerre lors du conflit au Darfour (ouest), qui a éclaté en 2003.

- "Sang pour sang" -

"J'accuse la Force de soutien rapide (RSF) d'être derrière les attaques d'hier parce que c'est une unité illégale", poursuit M. Hassan.

La RSF, composée de miliciens accusés d'exactions au Darfour par des organisations de défense des droits humains, fait maintenant partie de l'armée soudanaise.

Elle est commandée par le général Mohamad Hamdan Daglo, surnommé "Himeidti", également chef adjoint du Conseil militaire de transition.

Outre les manifestants tués, de nombreux autres ont été blessés et certains ont été hospitalisés.

"Plus de 200 personnes ont reçu des traitements sur place après avoir été blessés par balle ou par des grenades lacrymogènes", a déclaré une infirmière bénévole, Hanna Siddiq.

Des cliniques de fortune sont installées sur les lieux du sit-in, qui a commencé il y a plus d'un mois maintenant, le 6 avril.

"Hier, nous avons reçu l'aide de chirurgiens, de pharmaciens et d'autres Soudanais, qui nous ont fourni des médicaments", indique un médecin officiant dans l'une de ces cliniques, sous couvert d'anonymat.

Certains blessés reçoivent toujours des soins mardi, a constaté un journaliste de l'AFP.

Des participants au sit-in ont eux repris les manifestations, brandissant le drapeau soudanais et scandant: "Sang pour sang" ou encore "Ce ne sont pas les balles qui vous réduisent au silence, mais le silence lui-même".

A Omdourman, ville voisine de Khartoum, des dizaines de contestataires ont bloqué des routes pour dénoncer les morts de la veille. "Protège ta patrie ou prépare toi à mourir", ont scandé les manifestants rassemblés dans les quartiers d'Abbassiya et d'Al-Arbaa.

Certains ont brûlé des pneus pour empêcher la circulation entre différents quartiers de la ville, où des soldats ont été déployés à bord de véhicules.

Dans ce contexte de tensions, les militaires et les meneurs des manifestations doivent reprendre les discussions sur la transition politique, après être parvenus à un accord sur l'établissement d'organes de transition.

Au menu du jour: la délicate question de la composition d'un Conseil souverain, d'un cabinet et d'une assemblée législative. L'armée veut que ce nouveau conseil soit dominé par des militaires alors que les leaders de la contestation réclament une majorité de civils.

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