Les masques: pénurie, polémiques et volte-face

Publié le à Paris (AFP)

Depuis plus d'un an, le masque est l'un des symboles de la crise du Covid-19. D'"inutile" pour tout un chacun au début de l'épidémie, il est devenu obligatoire partout pendant des mois. A partir de jeudi, les Français pourront désormais s'en passer en extérieur.

Priorité soignants

Au début de l'épidémie, le message des autorités sanitaires est clair: les masques sont destinés aux soignants et aux malades du Covid-19.

"C'est vraiment une denrée rare, une ressource précieuse pour les soignants, et totalement inutile pour toute personne dans la rue", déclare le directeur général de la Santé Jérôme Salomon le 18 mars 2020, lendemain du début du premier confinement.

Pour les promoteurs de la première heure de son port généralisé, ce discours, en France comme dans d'autres pays occidentaux, est avant tout destiné à éviter que le grand public ne s'accapare les masques chirurgicaux --les seuls alors disponibles et dont manquent cruellement les professionnels de santé.

Mi-juin 2020, devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale, Jérôme Salomon se justifie, assurant que pour le grand public, la France a "toujours suivi les recommandations internationales", notamment de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Cette dernière recommande toujours aujourd'hui de réserver le port des masques chirurgicaux à certaines catégories: soignants, malades, personnes à risque, plus de 60 ans.

Volte-face et masques "grand public"

Au fil des semaines, le discours change, renforcé par le fait qu'une part significative des personnes contaminées développent peu de symptômes, voire aucun.

Mais il y a toujours des tensions sur ce produit convoité.

Alors fin mars 2020, le gouvernement met en avant la production de masques alternatifs, en tissu, avec des normes pour la confection et l'usage de ces masques grand public.

Et le 11 mai, date du premier déconfinement, le masque devient obligatoire dans les transports en commun et les collèges, et recommandé dans les commerces.

"Les scientifiques ont eux-mêmes évolué", et jugent maintenant le port du masque "préférable dans de nombreuses circonstances", justifie Edouard Philippe, alors Premier ministre.

Mais certains préconisent déjà d'aller plus loin et d'inclure tout l'espace public.

Inquiétudes et obligation élargie

L'OMS recommande alors au grand public de porter un masque lorsque la transmission est généralisée et la distanciation physique difficile, comme par exemple dans les transports publics, les magasins ou d'autres milieux fermés ou très fréquentés.

Au début de l'été 2020, alors que plusieurs pays élargissent le port obligatoire du masque, les appels à faire de même en France se multiplient face au relâchement observé des Français.

Et finalement Emmanuel Macron annonce que le masque sera obligatoire "dans tous les lieux publics clos", comme les commerces. La mesure entre en vigueur le 20 juillet, avec une amende de 135 euros pour les contrevenants.

Rapidement, certaines municipalités rendent obligatoire le masque dans les centre-villes. Le ministre de la Santé Olivier Véran indique alors que des décisions similaires pourront être prises aussi localement par les préfets.

Au vu de la complexité de la situation, avec parfois le port obligatoire dans certaines rues et pas dans d'autres, l'obligation est généralisée dans de nombreuses communes. Comme à Paris où le rectangle de tissu ou de polypropylène devient obligatoire dans la totalité de l'espace public le 28 août.

Depuis l'été dernier, les règles ont peu changé, tandis que la France faisait face à une deuxième puis une troisième vague de l'épidémie.

Assouplissement

Ces dernières semaines, avec le ralentissement de l'épidémie et l'accélération de la vaccination, les appels à tomber le masque à l'extérieur se multipliaient. D'autant que pour nombre de scientifiques, cette mesure était avant tout psychologique, puisque les contaminations ont surtout lieu en milieu clos.

Le gouvernement a finalement décidé d'aller dans ce sens, non sans une nouvelle salve de signaux contradictoires émis cette semaine.

Alors que des propos de Jérôme Salomon lundi ont suscité chez beaucoup l'espoir de la fin du port du masque en extérieur au 1er juillet, le ministre de la Santé s'est empressé d'assurer qu'aucune décision n'était prise.

"Dans les prochaines semaines, le port du masque reste la règle telle qu'elle a été fixée, il n'y a pas lieu d'en changer", insistait également Olivier Véran mardi.

Mercredi, s'appuyant sur une situation sanitaire qui "s'améliore plus vite que nous l'avions espéré", le premier ministre Jean Castex a finalement annoncé la levée de l'obligation du masque en extérieur dès jeudi, sauf dans certaines situations (regroupements, lieux bondés, files d'attente, marchés...). Car sans masque, il faut toujours garder ses distances, même dehors.

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