Les pro-européens largement en tête des législatives en Moldavie

Publié le à Chisinau (AFP)

La présidente pro-européenne de la Moldavie, Maia Sandu, était en passe de remporter son pari dimanche et de prendre le contrôle du Parlement, selon les résultats partiels des législatives anticipées qu'elle avait convoquées.

Le parti Action et solidarité (PAS, centre droit), dont Mme Sandu est issue, a obtenu près de 47% des suffrages contre 31% pour le Bloc prorusse des socialistes et communistes (BESC) de l'ex-président prorusse Igor Dodon, après le dépouillement de presque 70% des bulletins.

Après sa large victoire en novembre 2020 à l'élection présidentielle face à Igor Dodon, Mme Sandu, 49 ans, sera en mesure de mettre en oeuvre sa politique centrée sur la lutte contre la corruption et le rapprochement avec l'Union européenne alors que la situation était jusque-là bloquée.

"J'ai voté pour qu'on mette de l'ordre dans notre pays, pour qu'on se débarrasse de ceux qui ont pillé notre pays pendant tant d'années", a déclaré la présidente aux journalistes à la sortie de son bureau de vote de la capitale Chisinau, où elle a été accueillie par des applaudissements.

Après la fermeture des bureaux de vote, M. Dodon s'est déclaré confiant du "très bon score" de sa formation. "On décidera si on conteste les résultats des élections", a-t-il ajouté, cité par les médias moldaves.

Comptant parmi les pays les plus pauvres d'Europe, la Moldavie, coincée entre l'Ukraine et la Roumanie, est secouée depuis son indépendance en 1991 par les crises politiques à répétition et doit gérer un conflit gelé en Transdniestrie, un territoire séparatiste soutenu par Moscou qui échappe à son contrôle.

Ses 2,6 millions d'habitants sont historiquement divisés entre ceux souhaitant des relations étroites avec la Russie et ceux qui tournent leur regard vers l'UE.

Mais les Moldaves sont unanimes à se dire fatigués des scandales de corruption dont le plus retentissant en 2015 portait sur la disparition d'un milliard de dollars - l'équivalent de 15% du PIB - des caisses de trois banques.

- "Ce ne sera pas facile" -

"Après tant d'années, ce pays a finalement l'espoir de chasser les voleurs qui s'y sont bien installés grâce à l'argent russe et d'élire les gens qui serviront le pays honnêtement", a lancé à l'AFP Natalia, une habitante de Chisinau de 29 ans, après avoir voté pour le parti de Mme Sandu.

La diaspora, qui représente plus d'un tiers des électeurs dans ce pays touché par une très forte émigration, pourrait considérablement augmenter le score de Mme Sandu après l'avoir largement soutenue à la présidentielle.

Dimanche, celle-ci s'est largement mobilisée avec plus de 206.000 votes, moins toutefois que le chiffre record de 262.000 au second tour de la présidentielle.

Vingt partis et deux blocs étaient en course pour se partager les 101 sièges du Parlement. Les médias moldaves, citant la police, ont fait état de 242 "possibles violations" électorales, le plus souvent peu significatives.

Mme Sandu, une ex-économiste de la Banque mondiale, est pour beaucoup d'électeurs la première personnalité politique à arriver au pouvoir en "préservant une réputation d'honnêteté" et en étant "un symbole de changements", explique le politologue Alexei Tulbure.

Depuis son investiture en décembre, elle n'avait toutefois pas pu nommer son gouvernement faute d'accord avec le Parlement contrôlé par Igor Dodon. Elle a finalement réussi à dissoudre l'assemblée en avril.

"Même avec une majorité parlementaire, ce ne sera pas facile (pour Mme Sandu) de réaliser ses projets grandioses de changement en profondeur de tout l'Etat", prévient l'analyste Victor Ciobanu. "Il lui faut des partenaires. Or il y aura une opposition sévère", ajoute-il.

Le scrutin de dimanche devrait dans tous les cas diminuer le poids de la Russie, estiment les observateurs. "La majorité parlementaire sera pro-européenne et l'influence russe faiblira", prédit le politologue basé à Kiev Sergiy Gerasymchuk.

Maia Sandu a déjà irrité le Kremlin en disant vouloir remplacer la garnison russe basée en Trandniestrie par des observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE).

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