Les soutiens aux Palestiniens s'apprêtent à manifester à Paris malgré l'interdiction

Publié le à Paris (AFP)

L'interdiction des autorités, confirmée en justice, ne les a pas arrêtés. Les soutiens aux Palestiniens s'apprêtent à manifester à Paris samedi après-midi, tandis que plusieurs autres rassemblements ou défilés, autorisés, sont prévus à travers la France.

"Parce que nous refusons de taire notre solidarité avec les Palestiniens, et que l'on ne nous empêchera pas de manifester, nous serons présents (au métro) Barbès" samedi "à 15h", a affirmé l'Association des Palestiniens en Ile-de-France, ainsi qu'une petite trentaine d'autres organisations, telles Attac, l'Action Antifasciste Paris-Banlieue, le Nouveau Parti Anticapitaliste.

Après une conférence de presse prévue à 13H00, les organisateurs comptent manifester "pacifiquement" jusqu'à Bastille, a précisé à l'AFP l'un des organisateurs Walid Atallah.

"En raison des risques sérieux de troubles à l'ordre public liés au rassemblement de personnes qui braveraient" l'interdit, la préfecture de police a pris un arrêté de fermeture des commerces dans le secteur de Barbès-Rochechouart, à partir de midi.

Ce, pour "éviter au maximum les dégradations", et que "des éléments de mobilier" puissent être utilisés contre les forces de l'ordre, est-il précisé dans un communiqué.

Sur place et sous la pluie, le déploiement policier massif est visible dans tout le quartier à la mi-journée. Certaines rues sont entièrement occupées par de longues files de camions de CRS et la circulation est coupée par endroit, et de nombreux commerces sont encore ouverts malgré l'interdiction, a constaté un journaliste de l'AFP.

L'interdiction de manifester dans la capitale a été prise jeudi soir par le préfet de police de Paris, Didier Lallement, à la demande du ministre de l'Intérieur, Gérald Darmanin pour des "risques de troubles". Il a été mis en avant le précédent de 2014, lorsqu'une manifestation pro palestinienne à Paris avait dégénéré en violences urbaines.

- Verbalisation -

Saisi en référé-liberté par l'Association des Palestiniens en Ile-de-France, le tribunal administratif a confirmé vendredi cette interdiction.

Un autre association, qui avait aussi prévu une manifestation dans un autre quartier de Paris, dont l'interdiction a également été confirmée par le tribunal administratif, a déposé un recours devant le Conseil d'Etat, examiné à partir de 13H00.

Le tribunal administratif a justifié sa décision en avançant que le contexte "tant international qu'intérieur" ne permettait pas "d'estimer que les risques de troubles graves" ne "seraient pas aussi importants voire supérieurs à ceux avérés en 2014".

Sur Twitter, la préfecture de police de Paris a prévenu que "participer à une manifestation interdite fait l'objet d'une verbalisation à hauteur de 135€".

"La France est le seul pays démocratique à interdire ces manifestations", ont protesté Me Sefen Guez Guez, Me Dominique Cochain et Me Ouadie Elhamamouchi, avocats de l'Association des palestiniens en Ile-de-France.

La manifestation était au départ prévue pour commémorer la Nakba, l'exode de centaines de milliers de Palestiniens à la création d'Israël en 1948. Avant que la flambée de violences en Israël et dans la bande de Gaza ces derniers jours ne vienne dessiner la perspective d'un rassemblement important.

D'autres manifestations ont été interdites, comme à Nice, ou à Aubervilliers et Montreuil en Seine-Saint-Denis. En revanche, des rassemblements - statiques - ou des manifestations sont autorisés, à Lyon, Bordeaux, Montpellier, Marseille, Nantes, Rennes, Strasbourg, Toulouse, Lille, Metz ou Saint-Etienne.

Gérald Darmanin a demandé aux préfets de suivre de près les rassemblements de soutien au peuple palestinien et d'assurer la protection des lieux fréquentés par la communauté juive.

- "Jeu de provocation" -

Le porte-parole du gouvernement a justifié une décision "pragmatique". "On ne veut pas qu'il ait des scènes de violences, on ne veut pas d'importation d'un conflit sur le sol français, on ne veut pas de crise de haine dans les rues de la République française", a déclaré Gabriel Attal, en visite à Marseille.

L'affaire divise la classe politique, entre soutiens de la demande du gouvernement - essentiellement dans la majorité, à droite et à l'extrême droite - et ceux qui dénoncent une interdiction "inacceptable", menés par La France insoumise (LFI).

"Je n'irai pas manifester", a cependant dit Alexis Corbière, député LFI de Seine-Saint-Denis, sur franceinfo samedi matin. "Je vois bien le jeu de provocation qui va avoir lieu. Sans aucun doute que le gouvernement aura à coeur de faire en sorte que les plus ultras soient peut-être là cet après-midi pour créer ce qui justifie véritablement l'interdiction de manifester", estimant qu'on avait créé "les conditions d'une tension."

Les appels à manifester interviennent sur fond d'une escalade militaire inédite ces derniers jours depuis 2014 entre Israël et le mouvement palestinien Hamas, dans et autour de la bande de Gaza, et de violences dans des villes israéliennes mixtes arabes et juives.

Ce conflit a fait depuis lundi plus de 130 morts palestiniens dont une quarantaine enfants, et des centaines de blessés dans la bande de Gaza, selon un dernier bilan palestinien. En Israël, neuf personnes ont été tuées dont un enfant et près de 600 blessées.

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