Liban: 82 blessés dans de nouveaux heurts entre manifestants et policiers

Publié le à Tripoli (AFP)

Plus de 80 personnes ont été blessées mercredi lors de violents heurts à Tripoli entre policiers et manifestants sortis pour la troisième soirée consécutive dans cette ville du nord du Liban pour protester contre les restrictions sanitaires et les difficiles conditions de vie.

Un des confinements les plus stricts au monde --qui s'accompagne d'un couvre-feu permanent et d'une fermeture des commerces-- est entré en vigueur au Liban le 14 janvier et devrait durer jusqu'au 8 février.

Selon un dernier bilan de la Croix-Rouge libanaise, les heurts entre manifestants et forces de l'ordre ont fait au moins 82 blessés, dont 15 ont été hospitalisés, portant à plus de 150 le nombre de blessés en trois jours dans la grande métropole du Nord.

Les forces de l'ordre ont fait état de neuf blessés dans leurs rangs.

Les protestataires ont lancé des cocktails molotov et des pierres sur les forces de l'ordre qui ont répliqué avec des tirs de gaz lacrymogène, selon une correspondante de l'AFP sur place.

- Tirs à balles réelles -

Des manifestants en colère ont tenté de pénétrer à l'intérieur du Sérail, siège du gouvernorat du Nord, tandis que d'autres se sont rassemblés sur la place al-Nour, l'un des lieux phares des manifestations monstres qu'avait connues le pays à l'automne 2019 contre la classe dirigeante à travers l'ensemble du pays.

Des tirs à balles réelles d'origine inconnue ont été entendus dans le secteur du site de la manifestation, selon la correspondante de l'AFP, tandis que des protestataires ont mis le feu à l'entrée d'un bâtiment de la police.

"Nous sommes ici pour demander de la nourriture, les gens ont faim", a lancé Mohamad Ezzedine, un manifestant de 20 ans. "Il est temps que les gens descendent dans la rue", a-t-il ajouté. "Nous avons pris la décision de poursuivre notre action, quel que soit le prix (...) car nous n'avons plus rien à perdre", a renchéri un manifestant cagoulé.

"Nous vivons dans des conditions misérables. J'ai frappé à toutes les portes, mais n'ai trouvé aucun emploi", a ajouté ce chômeur de 25 ans.

Après plusieurs heures d'affrontements, les forces de l'ordre et l'armée libanaise ont déployé des renforts autour du Sérail et sur la place al-Nour pour disperser les manifestants et les empêcher de prendre d'assaut le siège du gouvernorat.

Mardi soir déjà, des affrontements entre manifestants d'une part et forces de l'ordre et militaires d'autre part avaient déjà fait 45 blessés, contre 30 la veille, selon la Croix-Rouge libanaise.

Tripoli était déjà l'une des villes les plus pauvres du Liban avant la flambée du nouveau coronavirus et les confinements décrétés par les autorités en près d'un an, qui ont aggravé les conditions de vie de ses habitants.

- Chômage -

De nombreux résidents, notamment des journaliers, se sont retrouvés sans revenu depuis le début du dernier confinement.

Outre la situation sanitaire, le Liban est englué dans sa plus grave crise économique avec une dépréciation historique de sa monnaie, une hyperinflation et des licenciements massifs. La moitié de la population vit désormais dans la pauvreté, face à une classe dirigeante accusée d'être aux abonnés absents.

Jusqu'ici limité à la seule ville de Tripoli, le mouvement de protestation anti-confinement s'est étendu mardi et mercredi soir, des manifestants bloquant certains axes routiers dans d'autres régions du pays.

Le petit pays de six millions d'habitants a recensé jusqu'ici 289.660 cas, dont 2.553 décès.

Alors que le secteur hospitalier subit une forte pression avec l'explosion du nombre de contaminations au Covid-19, les autorités cherchent à augmenter le nombre de lits disponibles pour les personnes infectées.

Le pays avait connu à l'automne 2019 un mouvement de contestation inédit par son ampleur contre une classe dirigeante accusée d'être corrompue, incompétente et indifférente.

La contestation s'était progressivement tassée avant de s'estomper totalement avec la propagation du Covid-19 et les confinements imposés par les autorités.

Le pays attend toujours un nouveau gouvernement depuis août, faute d'entente entre les partis au pouvoir, et ce malgré une forte pression locale et internationale.

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