Macky Sall, l'"entêté" qui veut rester aux commandes du Sénégal

Publié le à Dakar (AFP)

Depuis dix ans, dans sa "longue marche" de dissident puis au pouvoir, il sillonne le Sénégal. Macky Sall, dont le camp a revendiqué la victoire dans la nuit de dimanche à lundi, s'est méthodiquement dégagé la route d'un second mandat, quitte à utiliser la justice contre ses concurrents, selon l'opposition.

A 56 ans, cet ingénieur géologue né à Fatick (centre) dans une famille modeste originaire du nord du pays, qui se définit comme un libéral social, après un épisode de jeunesse maoïste, veut amener le Sénégal "plus loin et plus haut", vers "l'émergence" à l'horizon 2035.

Depuis son élection en 2012 face à son ancien mentor Abdoulaye Wade, il se targue d'avoir augmenté la production agricole et poursuivi une ambitieuse politique de grands travaux: nouvel aéroport, ville nouvelle de Diamniadio, ou encore un train express régional, inauguré en janvier plusieurs mois avant son entrée en service...

La litanie d'inaugurations d'ouvrages parfois inachevés a d'ailleurs valu au président sortant les piques des quatre autres candidats, à l'image d'Issa Sall, proche d'une mouvance religieuse, qui l'a qualifié de "poseur de première pierre".

A son actif, Macky Sall peut également citer l'accalmie durable dans la région de Casamance (sud), en proie à une rébellion indépendantiste depuis 1982, et en Gambie voisine, le départ du président Yahya Jammeh, contraint par la pression militaire et diplomatique à reconnaître sa défaite électorale et à quitter le pays en 2017.

Macky Sall, homme enrobé à la carrure solide et surnommé "Niangal" (visage sévère, en langue nationale wolof), qui a eu raison de l'obstination de l'ancien lutteur Yahya Jammeh après 22 ans de pouvoir, a répété sa conviction de terrasser ses adversaires dès le premier tour, se donnant même le luxe de leur faire la leçon.

- Chute brutale -

"Il ne peut y avoir de combat parce qu'il n'y a pas photo", a-t-il lancé lors de son ultime meeting de campagne au stade Léopold Sedar Senghor à Dakar, le plus grand du pays (60.000 places), estimant "ne pas boxer dans la même catégorie" selon la traduction de ses propos en wolof.

Pour être élu, "il faut aller dans le Sénégal des profondeurs, rencontrer les populations à la base", a répété au fil de la campagne Macky Sall qui, après une rapide ascension, a dû repartir pratiquement de zéro.

En 2001, il est directeur général de la Société des pétroles du Sénégal (Petrosen) quand le président Wade le fait entrer au gouvernement, comme ministre de l'Energie, des Mines et de l'Hydraulique.

Il deviendra ensuite ministre de l'Intérieur, puis Premier ministre et directeur de campagne d'Abdoulaye Wade pour sa réélection en 2007, et président de l'Assemblée nationale au début du second mandat de celui-ci.

Un "casus belli" survient en 2008, quand Macky Sall convoque son fils, Karim Wade, alors chef d'une agence de travaux pour le sommet de l'Organisation de la coopération islamique (OCI) à Dakar, afin de s'expliquer devant les députés sur l'utilisation des fonds.

Malgré les pressions, il refuse de quitter son poste. Finalement chassé par un vote des députés en novembre 2008, il démissionne de tous ses mandats électifs acquis sous la bannière du parti au pouvoir et crée sa propre formation.

- "Lignée de guerriers" -

"C'est à ce moment que ma vie a pris un tournant essentiel", raconte Macky Sall dans son livre autobiographique "Le Sénégal au coeur" publié en novembre. Commence alors pour lui une "longue marche" dans les régions les plus reculées du pays, avec en ligne de mire la présidentielle de 2012.

Il s'ancre dans l'opposition et refuse tout compromis avec Abdoulaye Wade. "Je suis issu d'une lignée de guerriers. Ils préfèrent mourir que de perdre la face", déclarait-il lors de la présentation du livre, où il revendique deux traductions de son nom de famille: "entêté" et "qui refuse".

De fait, sous l'allure débonnaire de ce mari et père de deux garçons et une fille, perce un homme d'Etat madré.

L'opposition accuse le président sortant d'avoir instrumentalisé la justice pour éliminer ses deux rivaux potentiels les plus dangereux, Karim Wade, et le maire déchu de Dakar, Khalifa Sall, dont les candidatures ont été invalidées en raison de condamnations pénales.

Il s'en défend, plaidant la stricte séparation des pouvoirs. Mais dans une interview en novembre à la télévision France 24, il affirme ne pas exclure une amnistie en faveur de Karim Wade et Khalifa Sall, cette hypothèse "dans la circonstance nouvelle d'une réélection".

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