Macron prend le pouls d'un monde du sport très inquiet

Publié le à Paris (AFP)

Emmanuel Macron va prendre mardi matin le pouls d'un monde du sport français qui se sent délaissé et réclame un plan d'urgence pour ne pas sombrer dans les prochains mois.

Le premier confinement du printemps avait figé toute la France, stades compris au grand dam du football français, le deuxième laisse les professionnels fouler les pelouses et les parquets mais sans spectateurs, et donc sans recettes, laissant présager des mois difficiles.

Depuis une dizaine de jours, c'est Tony Parker, quadruple champion NBA et président de l'Asvel, qui est monté au créneau, prévenant que sans aide, le basket allait mourir de sa belle mort.

Répondant sans doute à ces inquiétudes multiples, l'exécutif a décidé de recevoir mardi matin un échantillon de représentants du sport amateur et professionnel, d'exploitants de salles de sport, et de champions comme Sarah Ourahmoune (boxe), Gwaldys Epangue (taikwondo) ou encore le perchiste Renaud Lavillenie.

Le président de la République, entouré du Premier ministre Jean Castex, du ministre de l'Education Jean-Michel Blanquer, de la ministre déléguée aux Sports Roxana Maracineanu, du ministre de l'Economie Bruno Le Maire notamment vont s'entretenir en visioconférence.

Ils vont ainsi "aborder les effets de la crise sanitaire sur le sport", "travailler à de nouvelles mesures de soutien au secteur" et "veiller à la place que la pratique physique et sportive doit occuper dans notre société", a fait savoir l'Elysée.

A la veille de cette rencontre, les ligues de basket, hand, volley et hockey sur glace, prenaient encore la plume.

"Beaucoup de clubs ne se relèveront pas de cette nouvelle épreuve sans - à la fois - le soutien de leurs partenaires privés et publics, sans la solidarité des fans qui les suivent, sans l’aide des pouvoirs publics", ont-ils lancé lundi soir.

En effet, tous les sports dont l'économie repose plus sur la billetterie que les droits télé, sont inquiets.

C'est aussi le cas du rugby, également reçu mardi. Le président de la Fédération française de rugby (FFR), et ex-secrétaire d'Etat aux Sports, Bernard Laporte a précisé mardi sur France Inter que les pertes étaient de 34 millions d'euros pour la fédération, décrivant "un sport à bout de souffle".

- Plan d'urgence ? -

Entre la fermeture des salles de sport, le huis clos imposé qui laisse les caisses désespérément vides, et la baisse des adhésions dans les clubs amateurs, le sport français est à la peine. Il a reçu 120 millions d'euros lors du plan de relance en septembre. Mais désormais, tous les pans du secteur réclament un plan d'urgence.

Depuis la rentrée, le ministère des Sports travaille à une mesure pour compenser les pertes de billetterie. Quelque 107 millions d'euros sont "sanctuarisés" mais le déblocage de cette somme est suspendue à sa compatibilité avec les règles européennes. Une question de jours, assure-t-on chez Roxana Maracineanu, qui pousse aussi en faveur d'exonérations de cotisations spécifiques au sport.

Au total (chômage partiel, fonds de solidarité, etc), le sport a reçu depuis le début de la crise 4 milliards d'euros d'aides, a calculé le ministère, qui se défend d'être resté les bras ballants.

"On a souvent tendance a minimiser les impacts sociaux", a fait valoir sur France Info le président du comité d'organisation des Jeux Olympiques et paralympiques de Paris 2024, Tony Estanguet, évoquant "la santé publique, l'éducation et le lien social".

Actuellement, seuls les cours d'EPS à l'école et le sport scolaire (Unss) sont assurés.

Du côté du sport amateur, l'inquiétude reste grande.

Le 26 octobre dernier, le Comité national olympique et sportif français (CNSOF) et 95 fédérations sportives avaient déploré, dans une lettre ouverte à Emmanuel Macron, ne pas compter parmi les "priorités" et dénoncé "une stigmatisation aussi violente qu'infondée".

Les derniers chiffres remontés au CNOSF, sur 44.000 clubs sondés sur ses quelque 160.000 associés (sur environ 300.000 clubs recensés en France), montrent une baisse des adhésions de l'ordre de 20%.

Toute une partie du sport, animé par des bénévoles, "passe sous les radars de Bercy", glisse au passage Denis Masseglia, président du CNSOF.

"S'ils s'en vont et s'ils habituent à avoir d'autres occupations alors là le monde sportif va mourir! Le monde sportif ne vit que grâce aux bénévoles, c'est ça le sport! Ce n'est pas que le Paris Saint Germain!", a lancé Bernard Laporte mardi.

"On ne crie peut-être pas assez fort. On ne portera pas un gilet jaune et on ne descendra pas dans la rue avec des pancartes", avait lancé récemment M. Masseglia devant des sénateurs.

Avant de prévenir toutefois: "Par contre, dans tous les clubs, il y a beaucoup de citoyens qui ont envie que leur rôle soit reconnu. A partir du moment où il n'est pas reconnu, on fait d'eux des gens qui sont un petit peu en révolte contre le système".

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